‹ OEuvres complètesChapitre 105 sur 655 · FÉERIE · texte numérisé non relu

FÉERIE

oir val — et cours d’eau ombreux — et bois pareils

IN à des nuages, dont on ne peut découvrir les formes à cause des larmes qui s’égouttent partout — là croissent et décroissent d’énormes lunes ■ — encore — encore — encore à tout moment de la nuit — changeant à jamais de lieu — elles éteignent la lumière des étoiles avec l’haleine de leurs faces pâles. Vers minuit au cadran lunaire, une plus nébuleuse que le reste (d’une espèce qu’à l’épreuve elles ont trouvé être la meilleure) descend, — bas, plus bas, et son centre à la cime d’une éminence de montagnes, pendant que la vaste circonférence retombe en draperies aisées sur les hameaux, sur les résidences (partout où il peut y en avoir), sur les bois étranges

LES POEMES D’EDGAR POE

— sur la mer — sur les esprits au vol — sur toute chose assoupie — et les ensevelit dans un labyrinthe de lueur. Profonde, oh ! profonde alors la passion de leur sommeil. Au matin Elles se lèvent, et le voile lunaire prend vers les Cieux un essor, avec les tempêtes qui s’y agitent, comme... presque comme tout — ou un pâle Albatros. Elles n’emploient plus cette lune aux mêmes fins que devant, videlicet une tente — ce que je crois extravagant : ses atomes donc se séparent en une averse, dont ces papillons de la Terre, qui cherchent les Cieux et redescendent (êtres jamais satisfaits !) apportent un spécimen par leurs ailes frissonnantes.

Page 1