‹ OEuvres complètesChapitre 106 sur 655 · LE LAC · texte numérisé non relu

LE LAC

u printemps de mon âge ce fut mon destin de hanter

de tout le vaste monde un lieu, que je ne pouvais moins aimer — si aimable était l’isolement d’un vaste lac, par un roc noir borné, et les hauts pins qui le dominaient alentour.

Mais quand la Nuit avait jeté sa draperie sur le lieu comme sur tous, et que le vent mystique allait murmurer sa musique — alors — oh ! alors je m’éveillais toujours à la terreur du lac isolé.

Cette terreur n’était effroi, mais tremblant délice, un sentiment que, non ! mine de joyaux ne pourrait m’enseigner ou me porter à définir — ni l’Amour, quoique l’Amour fût le tien !

La mort était sous ce flot empoisonné, dans son gouffre une tombe bien faite pour celui qui pouvait puiser là un soûlas à son imagination isolée — dont l’âme solitaire pouvait faire un Éden de ce lac obscur.

LES POEMES D’EDGAR POE

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