‹ OEuvres complètesChapitre 12 sur 655 · SOLEIL D’HIVER · texte numérisé non relu

SOLEIL D’HIVER

à Monsieur Eliacim Jourdain.

P hébus à la perruque rousse De qui les larmes de vermeil,

O faunes ivres dans la mousse.

Provoquaient votre lourd sommeil,

Le bretteur aux hères tournures Dont le brocart était d’ors fins Et qui par ses égratignures Saignait la pourpre des raisins.

Ce n’est plus qu’un Guritan chauve Qui, dans son ciel froid verrouillé, Le long de sa culotte mauve Laisse battre un rayon rouillé.

Son aiguillette, sans bouffette, Triste, pend aux sapins givrés.

Et la neige qui tombe est faite De tous ses cartels déchirés.

MYSTICIS UMBRACULIS

(Prose des fous)

Elle dormait : son doigt tremblait, sans améthyste Et nu, sous sa chemise, après un soupir triste Il s’arrêta, levant au nombril la batiste.

Et son ventre sembla de la neige où serait, Cependant qu’un rayon redore la forêt.

Tombé le nid moussu d’un gai chardonneret.

SONNET

P arce que de la viande était à point rôtie.

Parce que le journal détaillait un viol,

Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie La servante oublia de boutonner son col.

Parce que d’un lit, grand comme une sacristie,

Il voit, sur la pendule, un couple antique et fol.

Ou qu’il n’a pas sommeil, et que, sans modestie.

Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche, Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche Et travaille en soufflant inexorablement :

Et de ce qu’une nuit, sans rage et sans tempête.

Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,

O Shakspeare et toi, Dante, il peut naître un poète !

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