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III. — Patron découpé de grandeur naturelle

Le patron découpé de grandeur naturelle est facultatif pour la seconde livraison du mois; il est servi d’office et gratuitement dans la première. On peut se le procurer aujourd’hui, conforme à la toilette de fin de septembre, aux conditions énoncées à la fin de la Correspondance avec les Abonnées.

CHRONIQUE DE PARIS

Théâtres, Livres, Beaux-Arts;

Échos des Salons et de la Plage

Rome n’est plus dans Rome... Les avez-vous traversés, ces jours changeant la ville en désert, que dis-je ? en cité antique du désert, pareille à Ecbatane, Tyr, Memphis, sans les ruines : car je n’appelle plus des Ruines ces frontons gardant, depuis trois ans, leurs statuettes noircies par le feu, et que visitent maintenant la lune et des jeunes personnes au voile blanc tombant d’un chapeau du Tyrol : coquetterie d’une métropole audacieusement neuve, riche et splendide. L’Hôtel-de-Ville jeté à terre, les Tuileries vides, ont beau se voir photographiés et décrits soigneusement dans tous les guides d’outre-mer; non, vraiment, ce n’est pas même leurs fenêtres habitées, hier ou aujourd’hui, par le ciel, qui attirent tout à coup, de Juillet à Septembre, cette foule aux vêtements défraîchis sur les routes de fer et l’Atlantique, venue pour envahir Paris; c’est Paris lui-même et vivant. Spectacle lamentable ! j’aimerais mieux, ces couples singuliers, montrant des barbes patriarcales et des chevelures dénouées, les voir contempler à travers leurs télescopes de voyage l’évanouissement complet de la grande ville, éclipsée, morte, abolie, faite de cendres et d’herbes, que s’installer, comme chez eux, dans un Paris vacant et cédé tout entier aux excursionnistes par ses habitants avides de vagues et

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du feuillage. Mais le rêve grandiose, prédit par le poème des Rayons et des Ombres que les enfants savent par cœur, n’est pas encore accompli : la capitale du monde, dévastée, nue et poudreuse, avec le double fantôme de son Arc et de sa Colonne. L’Arc de Triomphe est restauré depuis longtemps et la Colonne à peine relevée; enfin le Nouvel Opéra, fini demain et que nulle voix n’avait prédit, élève, parmi les orages d’une fin d’été et les premières vapeurs de l’automne, son Apollon d’or, semblant attirer, de quelque point invisible ou de tous les points de l’horizon à la fois, la lumière vers sa personne divine. Pas plus tard que l’autre jour, cependant, et que la veille de ce jour, là, sur la place qui précède cet édifice, grande, monumentale et orgueilleuse, lieu fameux du Paris futur, s’abordaient, comme en un pays occupé et conquis, des familles et des tribus, fidèles à des rendez-vous donnés, avant le départ, sur les bords du Meschacébé ou de la Marne. Boulevard des Italiens, rue de la Paix ou Champs-Élysées, de tels noms avaient été proférés il n’y a que trois ou quatre semaines, dans des idiomes, des dialectes et de simples patois, ainsi qu’on dit Walhalla, Eden, Eldorado; et, aventure extraordinaire ! ceux qui avaient proféré ces noms il n’y a que trois ou quatre semaines, se reconnaissaient, l’autre jour, entre eux, boulevard des Italiens, rue de la Paix et aux Champs- Elysées. Triomphants, calmes, assurés, et comme se disant les uns aux autres, avec le geste de leur rencontre : — Eh! bien, nous le savions, tout cela existe! — ils détaillaient de la pointe de leur ombrelle les moindres particularités de notre gloire, un ornement architectural ou l’enseigne d’une célèbre faiseuse; puis ils se retournaient vers l’espace désert et parmi les perspectives nues, comme chez eux, tout à l’aise et vêtus en matin.

Horreur! ou plutôt non, ô joie! nous ne pouvons que nous complaire à ces envahissements dont le sans-gêne parut, d’abord, nous blesser : car nous n’y assistions point ! Où donc étions-nous ? C’est ici la merveille. Tandis que des quatre espaces cardinaux, arrive, oubliant Alpes et Saharas, avide et subjugué par l’idée fixe de voir la ville, le Voyageur; nous qui, de naissance, savons tous les mensonges exotiques et la déception des tours du monde (ayant tout vu, dans un espace de plusieurs lieues de chefs-d’œuvre, par les yeux de notre esprit et les yeux de notre visage), nous allons, simplement, au bord de l’Océan, où ne persiste plus qu’une ligne pâle et confuse, regarder ce qu’il y a au delà de notre séjour ordinaire, c’est-à-dire l’infini et rien. Les chaises de l’ancien perron de Tortoni rangées sur une centaine de plages à l’Ouest, nous sourions à la mer, inutile et mourante à nos pieds, dédaigneux de la franchir.

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Objet d’une gaîté sans borne et non l’un des faits les moins paradoxaux delà comédie de cet univers ! que connaissent-ils, ces Nomades, hommes et femmes, même une fois leur voile blanc relevé, pour s’enrouler autour de leur chapeau, comme une tente portative et légère ou leurs lorgnettes, souvenir du pâtre astronome de la Chaldée, remises soigneusement dans leur étui de cuir : oui, que connaissent-ils de Paris, nous absents ? Désespérés d’avoir tout un jour erré sur l’asphalte abandonnée, et se demandant si vraiment il n’y a pas de notre part dans ce fait de nous exiler à l’heure exacte de leur venue, quelque chose de cet esprit parisien, cju’ils sont condamnés à ne pas savoir, voici, hélas ! que le soir, tous se retrouvent encore dans la salle d’un théâtre rebelle à la clôture, parmi l’attente que cause son rideau baissé. Surprise! le rideau se lève, pour la centième fois, mais il se lève devant des yeux tout de suite gagnés par les larmes ou frappés par un éblouissement. C’est les Deux Orphelines au Châtelet; c’est le Pied de Mouton à la Porte Saint-Martin qui consentent à faire durer leur succès exempt de vieillesse. Mais la gracieuseté absolue et conforme au Maestro qui, célèbre à Paris comme aux confins des terres, arrive à ne pas faire de différence entre les fils d’aucune race, la voici, toutefois, totale, incomparable : dans le Royaume de Neptune, troisième acte nouveau d 'Orphée aux Enfers. Une Première, dédiée au public cosmopolite, et dont nous tous, émerveillés par le récit d’un journal venu demain de l’Amérique du Sud, mais dépités et furieux, nous voudrons voir, l’un après l’autre, la splendeur perpétuée jusqu’à la moitié de l’hiver.

Jamais ils n’ont fermé, eux non plus ces endroits nobles, l’Opéra, avec son Esclave de la veille et ses chefs-d’œuvre de toujours : le Théâtre Français, où se donna Polyeucte, pour montrer qu’en face des efforts du drame contemporain, il y a les réussites éternelles et où, après Corneille, se reprend Voltaire, pour montrer Mademoiselle Sarah Bernhardt, qui fut Zaïre elle-même, et Mounet Sully. Toute la pureté du goût français et notre vieux sublime, les Étrangers, grâce à cette coutume, l’emportent chaque année comme un trésor traditionnel et local; et cette autre chose, le seul vrai rire, sonore, jeune, entier, du seul théâtre qui ne dédaigne pas de faire la parade à la porte de Molière, sachant qu’après sa Comédie, il n’y a que la Farce, appelée indifféremment la Sensitive, Bobinette ou les Jocrisses de l'Amour, etc... le répertoire de ces vacances au Palais-Royal.

Qu’ils partent, maintenant, les étrangers, qui ne sont plus des étrangers, dénués de toute inquiétude relative à cette mystification : Paris sans son esprit, c’est-à-dire sans Parisiens; et revenons à notre foyer, nous, sans le remords d’une hospitalité bizarre qui consisterait à laisser, pour

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toute chose, à ces hôtes nos quatre ou nos mille murs. A notre Théâtre, glorieux ou absurde, cet honneur de métamorphoser ceux qui n’avaient pas vu ni ceux qui ont vu maintenant, quoi ? la Fille de Mme Angot, avec un ténor jeune et une salle neuve : la voix de l’un, allant retrouver au balcon, aux loges, au plafond et parmi le lustre, l’or partout prodigué, pour lequel elle est faite la voix des ténors.

Toutefois l’existence ordinaire suit déjà son cours; des noms que les gazettes de la Mer et des Sources inscrivaient sur des listes, mêlés aux titres de personnages lointains et singuliers, se font voir, purs de cette alliance à leur place habituelle : les comptes rendus crayonnés des premières représentations.

Et c’est maintenant, hélas ! qu’il nous faut nous arrêter, car non seulement la Chronique de ce Journal, mais le Journal tout entier, y passeraient, s’il s’agissait de dire les soirs de ces derniers jours, qui sont redevenus des soirées. Un Mois et plus encore était derrière nous, avec son vaste rien qu’il fallait raconter : car comment, sans faire cela d’abord et sans remettre enfin à la quinzaine future le tableau de ce qui poind aujourd’hui et brillera alors d’un éclat très-vif, rattacher nos paroles de maintenant à l’écho d’une causerie lointaine, en même temps qu’à celles de bientôt; et pour la première fois, prendre date ? Tout le passé, cette fois; pour l’autre, le présent, mêlé à l’avenir : le Théâtre des vacances qu’on vient de lire; puis celui de la rentrée, annoncé déjà par notre Gazette et Programme. Tel, notre plan, réglé encore sur cette page même où l’on nous lit, ses marges et ses médaillons de jeunes demoiselles. C’est tout cela seul, beaucoup plus que la prolongation de la grande villégiature, qui me force à attendre que reviennent définitivement, non plus même de cette émigration suprême et charmante de la mode, pendant une semaine, vers la lame plus tiède de Biarritz, mais de leurs châteaux, les dames, occupées à enluminer, dorer et blasonner le vélin blanc du papier à lettre de l’hiver, ce qui est, à cette fin de l’été de 1874, comme encore de diriger le canon de mignons fusils vers les allées de bois seigneuriaux où passera le daim, le grand passe-temps aristocratique de mains ayant manqué partout, aux Français, à l’Opéra-Comique, à la Porte Saint-Martin, à l’Ambigu, au Château d’Eau, et (quand elles tourneront ce feuillet) à Cluny ou aux Tsiganes hongrois des Folies-Bergères, l’occasion d’applaudir du bout de leurs doigts gantés, ou avec l’éventail à des choses bonnes et moins bonnes.

Point de regrets (causés par le simple retard de cette Chronique) que ne dépasserait, certes, et de tout un monde!

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notre remords, si nous omettions de signaler l’ouverture déjà ancienne de l’Exposition des Toiles Décoratives peintes par Baudry, pour ce nouvel Opéra, invoqué par la fin comme par le début de l’entretien : car il sera, pendant quelques mois, presque Paris à lui seul. L’importance de ce Temple, elles la reconnaissent, Nilson et la marquise de Caux, qui essayèrent leurs vocalises, non, mais les murs eux-mêmes, en habits de voyageuses, ces derniers jours, et, lui, Faure; toutefois, les peintures avant les chants pour un moment encore. Tout a été dit sur le travail long, inspiré du véritable héros du jour, ce peintre : pas une des appréciations de la Critique cjui ne soit familière à quiconque va juger l’œuvre, comme le titre même de chacune des portions de son ensemble, inscrites sur un catalogue. Je n’ajoute à tant de hauts cris, jetés par l’admiration ou l’inimitié, oui, que ce léger murmure, mêlé, autour de moi, au frémissement d’étoffes et au bruit de bijoux par le va-et-vient de toutes les dames étonnées. — « Cette tête, mais c’est madame » et le nom! — « Chère amie, avez-vous donc posé pour les traits de cette autre? » — « Quels traits; mais et vous ? pour la bouche et le menton que voici. » — « Ce front ou ce regard, à qui, dites, est-ce donc ? Je les connais, nobles, purs, sans pouvoir me rappeler quelqu’un, » etc., etc., car je passe les visiteuses qui, mentalement, se reconnaissaient elles-mêmes, dans la Tragédie ou la Comédie, dans la Mélodie, dans Salomé dansant, figures. Eloge point banal, le plus juste et le plus neuf, décerné par les femmes à un faiseur de plafonds qui. quoique de l’école, a su, au modèle général et presque abstrait de la Beauté traditionnelle, substituer les Types que nous voyons à tout instant surgir d’une loge ou d’une voiture ainsi que la perfection variée ou se pencher au bal sur une épaule, mais toujours projeter très-loin ce regard qui rêve, à quoi ? à la perpétuité dans quelque ciel supérieur et idéal : vœu qu’a, cette fois, accompli l’Art, par le talent d’un artiste audacieux jusqu’à ne pas hésiter devant l’apothéose du visage contemporain. C’est, pour toutes les femmes, la fête authentique de la Saison.

LE CARNET D’OR Troisième feuillet.

Menu d’un déjeuner de chasse

Harengs salés, Saucisson de Paris (Duthé), Beurre du pays. — Terrine de Levreau à l’ancienne, Perdreaux gris piqués froids à la gelée, Filet de bœuf en Bellevue. — Brioche mousseline, Gelée de groseilles de Bar, Fromage

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de Sept-Moncel ou du pays et fruits. — Panier de vins : Vin de Barsac (eau de Condillac), Thorins et Pontet- Canet 1864, Tisane de Saint-Marceau (avec morceaux de glace).

Autre menu

Langue à l’écarlate, Rémoulade de céleri, Beurre du pays. — Côtelettes de veau piquées et braisées, froides dans leur glace. — Truite saumonée au beurre de Montpellier, Faisandeaux découpés en salmis avec gelée. — Salade de légumes à la russe, Petits pains fourrés à la duchesse. — Fromage de Brie ou du pays et fruits ou gelée. — Vins : Pouilly blanc (eau de Saint-Galmier), Médoc et Richebourg 1859, Crème de Bouzy rosée.

Le Chef de bouche chez Brébant.

Quatrième feuillet.

Adaptation du gaz aux lampes juives de Hollande

Le gaz ne pénètre pas plus avant, dans nos intérieurs, que l’escalier et parfois les paliers : il ne franchirait la porte de l’appartement, pour en éclairer les antichambres, que vague, adouci et voilé par le papier transparent d’une lanterne chinoise ou japonaise.

Filant dans des verres, il apporte aux séjours d’intimité les réminiscences de lieux publics, évitables malgré tout le bénéfice à tirer de cet agent actuel d’éclairage. Si la lampe, qui verse le calme doré de l’huile est studieuse, comme la bougie, où voltige une lueur ardente, est mondaine, le gaz, lui, a des caractères très-spéciaux : celui, principalement, d’un esprit toujours à nos ordres, invisible et présent.

Or, presque tous les appareils qui nous distribuent cette clarté, sont hideux, et ne gardent de son apparition moderne qu’un aspect « camelote » et banal : bronze, zinc, etc. Il s’agirait d’adapter le gaz à quelque objet traditionnel et familier, beau ; et non de tricher avec lui, mais de le montrer à même, et je dirais nu, si sa nudité n’était l’impalpable! bref, avec tout son effet de magie.

Rien qui exécute mieux cette intention que la lampe juive de Hollande, foyer clair et poli de six becs de cuivre irradiant, chacun, un jet de lumière horizontal. Quelques difficultés ? point : le tube, qui maintient l’objet, choisi de même matière et rentrant pour le hausser ou le descendre, ou tissu riche au mobile caoutchouc, pour le balancer, a été, simplement, substitué à la tringle ou au cordon originels dans le but d’amener sans cesse du gaz en la cavité où séjourna

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l’huile d’une soirée. Quant aux becs anciens, on y fixe, simplement, des brûleurs en silex, inusables aux gaz.

Partout, dans une salle petite, où l’on désire un éclat intense relativement, régnant sur la table à manger ou la table de travail, cet objet, six langues de flamme groupées par le métal, suspend une gaie Pentecôte : non, une étoile, car, véritablement, toute impression judaïque et rituelle a disparu.

Différentes applications de ce luminaire : par exemple, à la petite salle à manger ou au cabinet d’étude d’un châlet au bord de la mer, où s’attarderait le maître pendant les soirées prématurées de septembre.

D’après Marliani, Tapissier-décorateur .

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