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FRAPPÉES MÊME

Paris, le 4 octobre 1874.

Notre dernier Courrier a dit au monde toute la transformation qu’a déjà subie ou que subira, cet automne, la Mode, et expliqué le changement de décor de la Saison; il ne nous restait plus qu’à décrire les mille riens charmants, appoint indispensable d’une toilette du jour : quand nous nous sommes aperçue que, pour avoir tiré trop de choses de notre propre observation, nous avions comme négligé certains traits un peu banals, certes, connus, oui, mais à Paris (or, nous n’écrivons pas seulement pour Paris). Il s’agit aujourd’hui, comme on le dirait pour une broderie de soie et d’or, de reprendre les fonds : mais tant pis! sans rien négliger des détails délicieux et brillants qui

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sont comme la dernière touche posée par le goût. Commençons par ces ornements-là, ne serait-ce que pour en finir avec eux! Que de fantaisies ont vu le jour avant et pendant cette Quinzaine, surtout les ravissantes Lavallières à boutons de rose brochés couleur sur couleur, et d’autres écossaises avec toutes les nuances voulues, et celles à rayures satinées : les bleus pâles et les roses, enfin, adorables. Je décerne un non moindre éloge à de charmantes petites parures en turquoise, ce sont des Cravates et des Nœuds de cheveux, composées de deux tons ou de deux nuances, comme capucine et soufre, bleu et vert, rose et bleu, gris perle et rose, acier bleuté et gris de fer, etc.; tout cela avec guipure et Valenciennes. Quant aux Mouchoirs microscopiques faits pour les plus petites des mains, j’en vois plusieurs, dont un hanneton brodé en couleur occupe l’un des coins portant deux lettres entrelacées rose et bleu ou rouge et bronze, ce qui est, au moins, original. Certains ont leur lettre brodée en laine verte et rouge : ceux à large ourlet en foulard gris perle sont d’un grand cachet, plus même peut-être que ceux tout en foulard rose ou bleu avec des plissés en pareil, des entredeux et de la dentelle encore de Valenciennes. Mais toutes ces Fantaisies de bientôt familières à plusieurs d’entre nous s’effacent devant une restée la parure indiscutable de l’heure, après l’avoir été de la saison; que rien, ni les mois employés à regarder la mer, n’ont fait passer de mode, ni les semaines occupées déjà à chasser sur les terres (et moins celles-ci que ceux-là, puisqu’à l’appellation vague de Collier-bagatelle, le sort malin qui préside à la destinée de cet objet s’obstine à opposer l’appellation cynégétique de Collier-de-chien). Qu’est-ce ? Je le dis simplement pour le dire : un petit ruban en velours noir qui, derrière le cou dont il fait le tour, s’attache par une boucle carrée, dans laquelle il passe et tombe. Mille lettres en diamant étincellent avec l’éclat captivant d’un secret qui se montre et ne se livre pas : prénoms et noms entrelacés de celle qui porte le collier et de celui qui a fait don. La légende est qu’un seul bijoutier fait ces colliers et varie leur mystère; or, donner son adresse serait, même entre femmes, un acte de haute trahison : inutile, car ce n’est d’abord pas à nous de les acheter. J’ajouterai, toutefois, pour celles de mes lectrices qui voudraient prévenir les hasards d’un cadeau par la manifestation particulière de leur goût, qu’il se fait de ces parures en pierreries de couleurs et en perles, ou encore avec petite frange de diamants. Des boucles d’oreilles même se portent de ruban de velours avec les initiales seules répétées en travers. Londres, Vienne, Pétersbourg et New-York, sont instruits; et cet affiquet presque classique me ramène aux

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quelques traits tout à fait généraux qui doivent achever le dessin fait par nous, il y a quinze jours, des Modes d’Automne.

Nous avions signalé le chapeau Berger et le chapeau Valois, trouvant presque le chapeau Lamballe trop connu; mais il n’est d’une nouveauté absolue que pour celles de nos Abonnées qui ne sont pas venues à Paris et n’ont pas été en Normandie, pendant ces vacances. Qu’est-ce donc que le chapeau Lamballe qui continue à attirer à soi la vogue ? Si mille billets sur vélin bleuté nous posent cette question, alors seulement nous répondrons. Parlons Coiffures : l’arrangement des cheveux s’harmonisant parfaitement avec nos chapeaux est, mieux qu’un chignon, le Catogan : vraie surprise, car il nous transporte en plein Directoire! On se rappelle cette natte ou ces deux nattes, se repliant sur elles-mêmes; et que retient maintenant un nœud assorti à la nuance du chapeau. Nos grand’mères et nos grands-pères eux-mêmes, il y a un siècle, ont porté la chose. Sur la tête, il y a toujours un échafaudage de petits rouleaux, de crépés, de torsades ou de nattes; tandis que les bandeaux relevés sont légèrement frisottés : sans montrer d’autre désordre que les cheveux mignonnement ébouriffés.

Quelques remarques encore pour que ce Courrier fasse, avec le précédent, une étude en deux feuillets du Goût du Jour. Insistons même sur un point, dussions-nous répéter : à savoir que, dans le Costume, la Mode reprend décidément la tunique pour cet automne; on la fait ronde ou pointue, ou coulissée ou bouillonnée ou plissée, soit même en forme d’écharpe, soit encore carrée derrière, celle-là se relevant en un retroussis et ses deux pans rattachés ensemble par un très-beau nœud de faille. Mais le point capital, c’est que toutes les tuniques, quelle qu’en soit la façon, doivent se tendre excessivement par devant, et jouir de beaucoup d’ampleur par derrière; cela est aussi inévitable, aujourd’hui, que le corsage fermé ou plutôt lacé dans le dos. Les basques, n’est-ce pas ? colleront bien sur les hanches : il devient même avantageux, pour les diminuer, de monter la jupe du costume sur une pièce plate, et devant et de côté.

Tout cela a été connu de moi, chez nos grandes couturières et chez les couturiers, avant de l’être aux dernières courses du Bois de Boulogne dont la vue, somme toute, n’a fait que me confirmer dans chacune de mes opinions antérieures. Un seul point nouveau mis en lumière, et par les derniers soleils de la saison et par le gaz des grands magasins visités, est relatif aux étoffes de cet hiver. Nous faisons de notre carnet tomber, comme au hasard, les notes déjà mêlées, relativement à ce point, à des noms célèbres dans

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la fashion. « Des tissus lourds grosse côte et gros grain, ou des matelassés de toutes couleurs et de dispositions multiples, celles du cachemire surtout; tous ces genres faits pour bien draper une personne bien faite. — Quoi! rien d’uni et c’est l’étoffe elle-même, qui, dans son dessin, se chamarre; car voici véritablement des damas d’appartement portés avec grâce, etc. » J’ajoute, aujourd’hui, qu’on semble devoir aller plus loin encore; et je propage un bruit qui n’est presque qu’un écho de tout ce qui précède : c’est qu’un grand couturier, un de ceux à qui parfois obéit Paris, se propose de rénover, avant le jour de l’an, les splendides costumes Louis XIV, pour lesquels il semble que soient créées les riches étoffes frappées, tout à coup venues des grandes fabriques dans les vitrines des laboratoires de la Mode.

Mais nous verrons bien.

Marguerite de Ponty.

LES CINQ TOILETTES

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