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EMBLÈME ? NON, PARURE

Paris, le tS octobre 1874.

L’Automne a commencé et le Journal véritablement avec cette saison : les deux derniers Courriers ont tracé à grands

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traits et non sans quelque détail, la transformation plus ou moins éclatante accomplie à leur date par la Mode. Suivre l’existence parisienne dans ses plaisirs et ses obligations, partout, cérémonieuse ou intime, voilà encore la visée que montre une lecture même inattentive du Journal. Les fêtes : pour les fêtes ? Oui, et parce qu’elles sont le prétexte et l’occasion à s’habiller. « Allez-là » et « Voici comment vous irez », paroles habituelles de nos Courriers, quand ce ne sera pas « Madame, avec tel autre Costume vous pouvez garder la maison, abritée contre la longueur des heures par cette soie ou ces dentelles, ravie et à moitié nouvelle pour vous-même. » Toilettes et toilettes encore, teintées ou noires, images placées hors du texte et dans le texte et plusieurs écrites même avec la plume; en voici : commandées hier et demain à nos couturières par les invitées aux semaines prolongées de la vie châtelaine.

Sont-ce des Robes de gala ? Non, des Costumes de Chasse ; et, pour les juger, c’est, au lieu d’un salon ou de la rue, la verdure d’un parc qu’il faut évoquer par l’imagination, comme le fond propre à en montrer l’allure. Deux esquisses : l’une prise chez une de nos grandes faiseuses, alors que le vêtement partait, avec le nom d’une dame illustre, au rendez-vous d’une chasse princière et quasi-royale : Jupe courte, assez pour montrer une haute bottine de peau couleur noisette, lacée d’un ruban vert. Corsage formant habit très-collant et dessinant le buste. Petit feutre couleur noisette traversé d’une plume verte. L’étoffe ? drap de couleur automnale, vert sombre encore ou presque brun. Comparerons-nous à cet habit authentique ce vêtement imaginé par nous-même ? Pantalon breton fermé et froncé au genou par un élastique; bottes molles en peau de daim naturelle. Jupe courte en drap bleu marin avec garnitures de tresses de soie : elle est montée derrière à la ceinture par des plis à la religieuse, mais reste plate devant. Veste en drap bleu marin croisée et boutonnée sur un gilet en pareil; les parements de cette veste, des poches et de la manche, en soie. Un chapeau tyrolien de feutre gris naturel avec le velours bleu marin et ailes de fantaisie. Que choisissez-vous, Mesdames, tandis qu’il est temps encore, et que les grandes chasses n’ont presque pas sonné la fanfare d’un lancer. Le premier de ces Costumes a ceci pour lui, simple relativement et pratique autant que l’autre, de se modeler sur le port d’une des beautés du jour; mais le dernier, cela de n’avoir été porté jamais par personne. Je crois maintenant devoir donner, principalement pour montrer, une fois, la différence qu’il y a entre l’éclat obligatoire au Théâtre et la sobriété qui sied mieux à la Ville, même quand la ville, c’est la Forêt! Le Costume de chasse que de nobles absentes

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11’ont pas il y a huit jours, applaudi parmi ceux d’une comédienne, maintenant prête à les exhiber à Pétersbourg (c’était, dans Philiberte, aux Variétés, mademoiselle Delaporte). Jupe en soie bronze à petits volants. Tunique en drap gris clair rayée de soutaches en or, en argent et en bronze. Chapeau de feutre gris garni de plumes grises avec écharpe couleur bronze; au bout de celle-ci un gland d’or et d’argent. Affronter le plein air, cet habit ne le peut, ayant besoin de la lumière spéciale de la rampe. Mais ce que la Diane elle-même des Tuileries, toute déesse! n’obtiendrait pas, descendue de son piédestal pour aller, plutôt que près du costumier chez un des tailleurs ou l’une des couturières en renom et de chasseresse devenir sportwoman; c’est la parure presque indispensable aujourd’hui du vêtement de chasse. Acier? jais ? non, l’ambre ou les coraux ? non pas; mais des Croix d’Ordres attribuées par les Cours étrangères aux femmes d’ambassadeurs ou aux dames à généalogie immémoriale, qu’il est de règle de porter au grand complet sur la poitrine : à savoir Croix étoilée d’Autriche, Sainte- Élisabeth de Portugal et Marie-Louise d’Espagne, Sainte-Anne de Munich et l’autre Sainte-Anne de Wursbourg avec une Sainte- Élizabeth toujours de Bavière, ou le Cordon de Sainte-Catherine de la Russie.

A ce paradoxe charmant de l’habit masculin et des insignes du mérite officiel revêtus, une heure, par la beauté et par la noblesse, opposons la coutume antique du vêtement féminin par excellence, blanc et vaporeux, tel qu'il se porte au Mariage. Y a-t-il contraste plus entier ? Une vision délicieuse que je viens de considérer à l’église de la Trinité, m’invite à joindre à un croquis rapide de dentelles et de fleurs, quelques notes relatives à l’étiquette contemporaine qui règle notre présence à la cérémonie. Cela ne crie pas, une Toilette de Mariée : on la remarque, telle qu’elle apparaît, mystérieuse, suivant la mode et pas, ne hasardant le goût du jour que tempéré par des réminiscences vagues et éternelles, avec des détails très-neufs enveloppés de généralité comme par le voile. C’était : Pardessous de satin blanc recouvert d’un jupon de tarlatane, chaque volant se terminant par une chicorée; or, il y en avait au moins vingt sur la traîne, tandis que sur le devant je n’en comptais que quatre. Tunique plissée en travers et fixée sur la jupe; dans le bas de la tunique, frange avec perles blanches. Large ceinture en satin prenant de côté, descendant contre la tunique et se nouant sur la traîne : ce nœud fixé lui-même sur la jupe par une couronne de fleurs d’oranger avec traîne. Le corsage était montant et à basque, doublé entièrement de satin ainsi que les manches; et toute la garniture de la basque consistait en chicorée bien fournie et en un bouquet

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de fleurs d’oranger, placé de côté vers l’épaule. Voile de tulle illusion et fleurs d’oranger habilement mélangées à la chevelure. Tout cela, mondain et virginal : et ne donnant pas du tout l’impression d’une Toilette de Bal, défaut grave : non, mais quelque chose de riche et de léger avec un recueillement. Quant aux invitées à cette fête la Mode garde sur elles tout son empire d’un jour, soumis cependant à des us variables que plusieurs années d’ordinaire font apparaître et s’évanouir. Tant que la Société n’a pas définitivement repris possession de la Ville (et à l’heure qu’il est, notamment, les mariages aristocratiques se font encore à la chapelle des châteaux), la loi de cet hiver subit quelques hésitations; toutefois, nous en sommes véritablement à l’usage de cet été; on le connaît ? double, comme Paris divisé par son fleuve. Rive gauche, nulle dérogation au Cérémonial de tradition et la Toilette est spéciale : chapeau blanc, robes claires à traîne, rehaussées de mantelets de dentelles. Rive droite, tenue de visite variant avec le moment : voici la règle, commune, toutefois, ici et là sur ce point, que les boucles d’oreilles merveilleuses usitées pendant le jour le cédaient et le cèdent, dans cette circonstance, aux boutons en diamant.

Courrier presque exceptionnel que le présent : car voué d’abord aux fêtes, il n’a trait enfin qu’à des solennités ou à des plaisirs véritablement très-rares. Quoique réel et trèsréel, son rôle, dans l’ensemble de ceux de la saison est de porter le cachet véritable de la Fantaisie. Ce cachet, il lui sera donné surtout par une nouvelle complétant les informations qui précèdent : c’est, quoi ? l’annonce d’un emblématique Papillon qui, vaste, superbe, taillé dans les tissus légers et délicieux, élèvera son vol immobile à hauteur, Mesdames, de l’une ou de l’autre de vos joues, remplaçant par son caprice la fraise historique de ces dernières années. Vos frisures feront tomber leurs anneaux dans l’intervalle des deux ailes. Brillante imagination, n’est-ce pas ? qui rappelle les métamorphoses mêlant à des gazes d’insectes un visage de femme dans les albums anciens de Grandville : non, elle appartient au génie de ce magicien extraordinaire, lui, aussi, mais autrement qu’en des vignettes, ordonnateur de la fête sublime et quotidienne de Paris, de Vienne, de Londres et de Pétersbourg, le grand Worth.

Marguerite de Ponty.

GAZETTE DE LA FASHION Une première causerie

Une première causerie! Trois paroles fort simples et voilà pourtant quelques centaines d’abonnées déjà bien agitées. Ce sont celles d’entre vous, Mesdames, qui n’aiment pas les

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nouveautés. « Une première causerie? » demandez-vous. « Il y en aura donc plusieurs ? » Puis, vous reprenez : « Ah ! quel dommage! Notre journal était si complet, si artistique, si bien rédigé! » — La Dernière Mode, enfin, vous tombe des mains, lorsqu’après avoir jeté un regard au bas de la page, vous voyez un nom étranger et vous vous écriez : « Une

Anglaise! »

Pour dire toute la vérité, Mesdames, cette réception était prévue. Ce mot de « Fashion », cette signature, cette demipage qui arrive non sans intrusion prendre la place de la description des cinq toilettes, tout cela ne devait pas valoir au nouvel article un accueil enthousiaste : et cependant, dans votre intérêt même, il faut me dévouer.

La direction m’impose la tâche de vous faire un aveu. Le meâ culpâ sera court et loyal.

On avait oublié, dans votre journal, les Dames de la colonie étrangère à Paris, et les Dames étrangères dans le monde entier; toutes.

Préoccupés qu’on était de vous seules. Mesdames, c’était comme si les fêtes de Londres, de Moscou, de Vienne, n’existaient pas. Aussi, quelle pluie de lettres avec leurs timbres bizarres, le tout orné de petits commentaires qui cachaient des susceptibilités froissées.

Et cela n’est pas tout ; les Dames Parisiennes nous adressèrent aussi bientôt des lettres pour demander des renseignements nouveaux. En voici une, ouverte au hasard, dans laquelle on exprime le désir de savoir d’où sort le chapeau, style Rubens, qu’on nomme Helena Fourment, et l’on ajoute : Qui était Helena Fourment ? Pour nous guider dans nos recherches, l’on nous apprend que le chapeau si remarquable fut porté la première fois par Lady*** à une réunion d’automne.

Une seconde lettre demande où l’on peut se procurer le peigne Virgile qui relève à ravir les blondes tresses de l’Honorable Mrs P***.

On veut en ceci imiter les Dames Américaines : c’est à ne pas y croire; mais enfin ces communications révèlent subitement qu’il y a une nécessité de rapprochement entre tous les membres du high life, qu’ils appartiennent au fover même de toutes les élégances, Paris, ou qu’ils soient répandus dans les différents centres de la vie fashionable.

La direction de la Dernière Mode , désireuse de satisfaire à ce besoin, a voulu aller au devant de toute nouvelle réclamation, et annonce une Gazette de la Fashion , destinée à tenir les Dames Françaises au courant de ce qui se passe à l’Étranger.

Tl me reste seulement à répondre aux demandes concernant le chapeau Helena Fourment et le peigne Virgile.

Helena Fourment était la seconde femme du grand Rubens, et le chapeau qu’il admirait le plus était précisément celui qui fait le succès dans le monde de Lady ***. Il sort des ateliers de Mmes Moreau-Didsbury (23, boulevard des Capucines) ; ces Dames sont aussi les créatrices du nouveau modèle qui se trouve représenté au revers de cette feuille en face de la coiffure à la mode faite avec le peigne Virgile (24. rue de la Chaussée-d’Antin).

Chapeau Helena Fourment, coiffure Virgile : art et nature.

Pour achever de vous réconcilier, Mesdames, avec la Gazette de la Fashion, soyez assurées qu’elle aura souvent l’occasion de vous prier de tourner le feuillet, nous renvoyant ainsi aux illustrations qui reproduiront, le plus souvent possible, les dernières créations des premières maisons de la capitale; car Fashion veut dire Mode, et c’est ce dont la Gazette a la mission de s’occuper.

Miss Satin.

CHRONIQUE DE PARIS

Théâtres, Livres, Beaux-Arts;

Échos des Salons et de la Plage

Je ne suis pas de ceux qui croient que la production des beaux livres ou de scénarios soit le privilège exclusif d’une profession; et si l’on divisait les littérateurs de tous les temps en amateurs et en hommes du métier, au nombre des premiers prendraient place quelques uns des génies qui ont enthousiasmé la terre, du roi Salomon au baron Quatre ou Sept Étoiles. Toutefois, comme j’ignore les manuscrits du jour, signés de noms illustres par la naissance ou l’or avant de l’être par un chef-d’œuvre, objet de conversations du bord de la mer aux terrasses jonchées de feuilles des parcs, j’attends que les chefs-d’œuvre et leur couverture de cuir à chimères du Japon frappée de blasons non moins fabuleux jusqu’à présent par les papetiers de la rue de la Paix, s’ouvrent enfin pour moi; et je me contente de parler du drame sinon de la partition distribués avant l’hiver par de simples hommes de lettre aux comédiennes, aux comédiens et au souffleur. Échange précieux d’informations, si, à la lecture faite par elle des titres que j’accumule, une Lectrice a l’amabilité de m’écrire quelques uns de ceux que tient encore secrets sa mémoire! et empreint d’un tel intérêt qu’à cette troisième Chronique, traitant de la Saison Théâtrale, je jure d’en ajouter une ou plusieurs. Que dis-je! Oublieux que pas une femme n’a le temps de faire une lettre même de petit format, attendu que le ton de la Saison, quand les salons officiels auront en vain, les premiers, ardemment donné le signal de s’amuser, sera tard, très-tard,

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après la répétition consacrée, les lendemains de chasse et dans toute la France, à ce genre de divertissements : les Tableaux vivants et peut-être même les Tableaux parlants, empiètement du charme et de l’esprit mondain sur les occupations ordinaires de la scène. Voilà comment les hommes par leurs mètres et par les arpèges cachés aux regards et les femmes par leur front, par des gestes, par un sourire et par les yeux, vont rendre à jamais inutile la présence antique du poète et de l’histrion : mais non sans lutte! car si la rentrée théâtrale a brillé, cette année, par un entrain remarquable et traditionnel, plus même que par l’abondance de concepts sublimes, rien n’est perdu. Au Théâtre-Français, où une indisposition légère de Sarah Bernhardt, délicieuse, interrompt momentanément Zaïre, ce sera le Demi-Monde d’Alexandre Dumas avec peut-être, plus tard, le Fils Naturel du même Alexandre Dumas : résurrections, soit, mais Joseph Balsamo, ce grand drame à peine écrit aujourd’hui, moderne et pas même traduit du Livre des Juges ou du Deutéronome, sait-on si nous ne le verrons point ? Monsieur Nicole, le Roi des faiseurs, Pièges à loups, trois titres, une pièce d’Augier : événement au foyer des acteurs non moins qu’au foyer du public, attentifs l’un et l’autre à la reprise de Philiberte du même auteur dramatique, qui servira de début à la charmante Mademoiselle Broisat. Est-ce tout ? Non : pas même là, car voici encore la Grand ’- Maman de Gadol, mais autre part, qu’y aura-t-il ? la Haine, de Sardou pour la Gaîté, pour La Fontaine, pour Mesdames Marie Laurent et Lia Félix : pour Rubé, Chapron, Cambon, Chéret, Lavastre et Despléchin, de leurs rêves magnifiques évoquant des sites à cinq actes, tandis que six cents costumes dessinés par M. Thomas évoqueront pour les animer, des personnes singulières et très-belles et aussi des voix émues : car il y a un drame dans tout cela, palpitant. Sans compter que l’ordonnateur des pompes du lieu, ce musicien! oubliant le nombre de jours certain contenu par la moitié de l’almanach qui s’appelle l’Hiver, songe, par une éblouissante ironie, à monter, après ce succès, sur le pied de son Orphée, sa Geneviève de Brabant ! Mais nous ne parlons point Musique, même Patti présente à l’Opéra français! triste privation d’un jour : oublions tout et l’autre Opéra, l’italien et son escalier traditionnel. La Veuve de Meilhac et d’Halévy, lue par eux au Gymnase, Desclée n’étant plus là, mais Blanche Pierson avec une robe par acte, noire et grise et folle, nuances que saura traverser, multiple, le talent de la comédienne : quand est-ce? Attendez auparavant le retour de la Princesse Georges, Desclée n’étant plus là, également, mais Mademoiselle Tallandièra; puisqu’on veut à toute force remplacer Desclée, tandis qu’il serait plus simple de pleurer

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son génie et d’applaudir une comédienne célèbre et une jeune femme d’une grande originalité, prête à le devenir. La date, on l’ignore, mais l’apparition, non, de cette Parisiane , par M. Barrière, au Vaudeveille, qui tentera avec elle comme il a tenté, ces derniers jours, avec Marcelle de MM. Dennery et Brésil, de déchirer, une seconde fois, le voile de somnolence et d’oubli derrière quoi remuèrent, ces quatre mois, tant de personnages usés à en paraître des fantômes; et cela, dans la plus adorablement moderne des salles! Tout le monde s’obstine à ne s’endormir pas, même sur une caisse emplie d’or : car en plein bonheur de l’ Officier de Fortune, l’Ambigu, malgré la poursuite sur les glaces et l’évasion hors du pavillon qui tourne, ces trouvailles, et malgré simplement la valeur propre du drame, commencera les répétitions actives de Cocagne, par Ferdinand Dugué et Anicet Bourgeois, ce mort de tant de talent; après quoi l’on songe déjà à Cromwell, l’œuvre de Victor Séjour qui, à sa couronne d’immortelles récente, verra aussi s’ajouter des fleurs vivantes et trois ou quatre feuilles de laurier vert. Ainsi, au moment où Paris regarde, non sans un véritable intérêt, sortir de la désuétude, afin de les y faire rentrer sciemment, les pièces reprises par la Porte Saint-Martin de ce noble Casimir Delavigne, à commencer par Don Juan d’Autriche, il n’ignore pas qu’extraordinaire, vraiment par le seul chiffre des dépenses invoquées, 150.000 francs, le Voyage autour du Monde, cette féerie, ce drame, cet atlas vivant de géographie, joint à tout le reste les noms populaires de Dennery et du très-curieux Jules Verne. Assez! car chaque citation nouvelle nous fait remarquer cent oublis, et notre but n’était que de bien montrer, pour nous attirer d’autres révélations, qu’excepté le ballet des Djinns étudié par l’Opéra populaire, mais nous ne parlons même pas de la Danse! dont la musique est du prince Jean Troubetzkoï, attaché de l’ambassade de Russie à Paris et, cette seule indiscrétion connue de nous, la réception à l’un des grands théâtres de drame d’une pièce historique, le Devoir (ce serait le devoir civique) signée du nom point d’un gentilhomme, mais de son château; nous n’avons saisi, dans la prétention chuchotée derrière quelques éventails : (à savoir ceci, le Mémorial nobiliaire ou la liste des agents de change près la Bourse de Paris simplement copiés par les afficheurs de théâtres) autre chose qu’un murmure charmant, tout nouveau et frivole, mais insuffisant pour l’Histoire. Tandis que voulez-vous d’autres noms encore, pour clore une information déjà ample; et j’ai gardé afin d’affirmer ma victoire en tant que Chroniqueur exact, ceux-là qui me sont les plus chers : quelques-uns de collaborateurs ici même et d’autres amis ? M. Catulle Mendès,

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donne au Théâtre Lyrique devenu Théâtre dramatique un vaste drame puissant et clair, les Mères Ennemies, après l’ouverture par une Jeunesse du Roi Henri, et au Théâtre des Arts, Justice, un autre drame rapide, empreint de non moins de maîtrise, après les représentations de Mademoiselle Rousseil; et Cluny prépare la pièce de Gustave Flaubert, en collaboration avec Louis Bouilhet; et l’Odéon, si jamais cesse le succès de la Jeunesse de Louis XIV, par Dumas père et Dumas fils et Gil Naza, acteur, et Léonide Leblanc! l’adorable saynète japonaise d’Ernest d’Hervilly dont Paris sait le succès obtenu, cet été, avec quelques centaines d’alexandrins et une romance d’Armand Gouzien, chez l’éditeur Charpentier, devant un parterre de princes de l’esprit : la Belle Saïnara. Si bien qu’il se trouve que, même pour l’oublieux qui négligerait également l'Ilote, ce joli acte, au Théâtre Français, de MM. Charles Monselet et Arène, autant qu’une bouffonnerie admirable de M. Zola à Cluny déjà invoqué, et tout ce que je ne veux pas dire : ce sont encore, Muses, apprenez-moi que non ! les auteurs dramatiques et les musiciens qui écrivent, cette fois, des vers et des notes; que tout est comme par le passé (l’avenir de notre hiver révélé) ; et que vraiment ce n’est pas au roi des amateurs, quoi qu’il le soit! mais au plus infatigable des inspirés, qui le fut jusqu’à soixante-dix ans dans ses brochures et ses rééditions, que M. Falguère a pensé en érigeant la belle statue de Lamartine, hier acceptée par un jury d’artistes et de compatriotes.

LE CARNET D’OR

La Table, l’Ameublement fait par les dames, le Jardin et les jeux

Septième feuillet.

Menu d’un dîner de famille

Potage Germiny. — Beurre, Crevettes, Anchois et Olives.

— Cabillaud à la Hollandaise, Cuissot de présalé à la Bretonne, Ris de veau à la sauce tomate. - - Perdreaux rôtis, Salade de scaroles, Concombres frais à la crème, Petites caisses de Soufflés au chocolat. — Dessert choisi par la Maîtresse de maison, Pâtisseries. — Café et bonne Eaude-vie, Liqueurs authentiques de la Veuve Amphoux, Cigarettes russes au Dubèque aromatique et de la Havane, Cigare : Partagas ou Cabanas (Grand Hôtel). — Vin : ordinaire : Plie Verte et Côte Rôtie.

Le Chef de bouche chez Brébant.

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Huitième feuillet.

Le Gombo Fevis (. Biscus excellentus) plat de relevé.

« Faire bouillir un demi litre de bouillon et y jeter une livre de Gombos fevis coupés en ronds; faire, pendant la cuisson du gombo, revenir 125 grammes de jambon dans le saindoux et le mettre dans le gombo avec 125 grammes de saindoux, 1/2 poulet rôti coupé en morceaux, et 1 piment fort haché; laisser mijoter le tout pendant deux heures. Une demi-heure avant de servir, ajouter 125 grammes de crevettes, 1/2 homard, 3 crabes et 12 huîtres ou, à défaut d’huîtres, 1 litre de moules que l’on a fait d’abord ouvrir à la casserole : exprimez le jus d’une tomate et quelques gouttes d’un citron. Servir accompagné d’un plat de Riz à la créole. »

Ajoutons à cette préparation d’un joli légume (pareil à un cornichon, mais côtelé dans sa longueur) que nos Lectrices en sont redevables au Maître d’un buffet de dégustation des fruits, des liqueurs et des mets lointains, qui va s’ouvrir 56, boulevard Haussmann, sous le patronage des Colonies parisiennes de l’Amérique du Sud et de l’Orient. Toute la clientèle mondaine du lieu s’apprête à y apporter, pour les propager, ses traditions indigènes; et plus d’une de ces dames, à y venir elle-même par jeu, surveiller la confection des plats et mettre la main à l’œuvre : indiquons, par exemple, aux maîtresses de maison, désireuses de goûter avant d’essayer, que ce gombo sera fait là le jeudi 22 octobre.

Voilà comment cette préparation, due comme les prochaines, à l’amabilité du Propagateur des produits et de la cuisine exotiques, est accompagnée de cette signature.

Une Dame Créole.

Neuvième feuillet.

Plafond mobile d’un appartement en location

Tout le monde, même parmi les gens dotés de goût, n’a pas un hôtel, et l’on sait plus d’un amateur condamné à la misère des appartements. L’obstacle mis à l’exécution de mainte fantaisie en ces lieux, c’est inévitablement le plafond : car le mur avec son papier, ceci se voile ; les portes, cela se peint. Blanc comme une feuille de papier sans poème et plus vaste, ou voilé de nuages sur un azur à tant le mètre, tel est le ciel offert au regard de l’hôte, les yeux levés et enfoui dans son fauteuil : au lieu d’une Allégorie

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de l’école française, ou de quelque beau plafond à caissons, rapporté de province.

On pourrait rappeler en quelque chose cette dernière sorte de plafonds, à peu de frais.

Un vaste panneau en bois de sapin cachera la surface de plâtre et sa rosace, posée sur toute l’étendue : longitudinalement, soit des portes aux fenêtres, que des bandes plates en bois, à angles nets, ornées au milieu et selon le sens par une baguette insérée dans une gorge, courent, distantes de trois fois environ leur largeur; transversalement, plus espacées trois fois, cinq fois, sept fois, à votre gré, de sveltes solives, avec le même ornement; (toutefois, elles, plus prononcées). Le fond que fait le panneau ? il se peint dans l’intervalle des poutrelles, en vermillon éteint et mat; et l’armature tout entière, en laque noire (vernis japonais ou à voiture), sauf de l’or aux baguettes. Voit-on ce plafond, riche, exquis, bizarre : et se juxtaposant, par ses bords et par l’extrémité recourbée de son entrecroisement de poutrelles, à la bordure vulgaire du haut mur (dissimulée, les plats, avec du noir et les moulures avec de l’or) ? Portes, bois des croisées et cadre de la glace, avec la cheminée, tout disparaît sous la même peinture ou sous des étoffes des deux tons, draps noir et de garance l’un par l’autre relevés; ainsi que les cadres du papier mural, laqués et contenant enfin de grands morceaux de tapisserie ancienne. Salle à manger, aux raccords avec la dorure ou l’ombre de là-haut fournis par le cuir frappé des sièges; ou plutôt, pour compléter l’effet, Cabinet et Bibliothèque, avec des livres nombreux à dos de basane marqué de titres d’or, le Site, éclairé par un lustre hollandais, est (grâce au peu d’élévation de nos logis) simple, beau, enfermé et solitaire : un peu comme une chambre luxueuse de navire.

Voilà une décoration que son coût modique, vingt louis ou la moitié, nous permet, sinon de l’emporter autre part, de laisser à un propriétaire en dédommagement du préjudice que lui cause l’enduit sombre et l’insolite dorure appliqués aux dessins de carton et de pâte.

D’après Marliani, Tapissier-Décorateur.

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