ÉBLOUISSANT
Paris, le /er novembre tS/4.
Je reprends, après une interruption causée par les Fêtes et renouvelable plus d’une fois dans le cours de l’hiver, le sujet habituel à cette page, dont le titre est la Mode : soit le Goût général de la Saison. Les vingt-quatre Courriers doivent, pour qui les feuillètera plus tard, former une histoire exacte et complète des Variations du Costume pendant une année; mais ce serait manquer à mon devoir d’historiographe des Toilettes et du caprice qui les varie, que de ne pas tenir compte d’autres détails, comme l’emploi de ces Toilettes à la Campagne et à la Ville réglé par le High-life ou simplement les étalages d’étoffes faits auparavant par les Magasins.
Tissus, nuances de ces tissus, etc., tout ce que déjà nous annonçâmes avec quelque mystère, nouveautés à l’état presque encore d’échantillon chez d’illustres faiseuses, est maintenant connu et su de toutes les femmes, propagé dans la France et à l’étranger par la dernière page des grands journaux. Rien, dans cette excessive abondance montrée par six ou sept vitrines célèbres, qui ne soit conforme à mes indications discrètes d’il y a un mois; si je l’étudie aujourd’hui, c’est pour résumer aisément les impressions nombreuses et un peu éparpillées qu’elle cause à l’esprit. Aux premières Expositions (c’est le mot en faveur) où l’on peut juger, dans les Catalogues (plusieurs soignés comme des éditions pour les bibliophiles) où l’on peut surtout rêver, il y a, Promeneuse ou Liseuse, oui, de quoi vous troubler ! Une variété très-disparate d’étoffes et l’apparition de noms nouveaux, tantôt heureux, tantôt bizarres.
Allons! venez, rassurez-vous et causons.
Les portières riches et les tentures du Levant écartées de la main ou simplement inspectées d’un coup d’œil, non sans une vraie satisfaction que s’acclimatent dans tous les intérieurs ces seuls tapis seyant à nos parquets ou à nos murs! il faut aller vite : profusion n’est pas confusion. Tenez, si nous commencions l’examen par une appropriation immédiate à notre double existence, rue et salon, de toutes ces étoffes.
Les Costumes de Sortie : une série charmante de diagonales pour jeunes filles se présente à nous d’abord; et les
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grains de poudre dans toutes les nuances, ensuite les traditionnels cachemires, mais dans toutes les teintes également, les demi-draps légers, les cheviottes, les quadrillés écossais ou rayés ou à simple filet de couleurs ou encore tout bonnement à carreaux, ressemblant à de la toile à matelas : enfin toutes les trames grossières tissées en poils naturels. Velours anglais d’un excellent usage à la pluie de novembre ou de février, choisi toutefois en belle qualité, matelassés soyeux et chauds dont on fera des cuirasses et des polonaises permettant de sortir sans pardessus : voilà, somme toute, ces dernières et les précédentes, les étoffes à quoi il faut d’abord borner notre choix avant de l’arrêter sur une d’elles en particulier. A cette question de tissus va se joindre la préoccupation de couleurs. La nuance la plus en vogue toujours pour le dehors, sera le havane teinté appelée hier cachou et ce matin gyzèle : nous aurons ainsi (mêlant des teintes connues à quelques autres tout à fait neuves) les vert paon, bleu grenat, lie de vin, suresne, régina, loutre, gris de fer, gris ardoise, gris mode, écru et d’autres désignant les mêmes tons sous de vaines appellations.
Ne cédons pas à la tentation frivole de les énumérer.
Les Étoffes pour Costumes habillés : Lyon nous offre ses fayes et ses failles, ses poults de soie, ses satins, ses velours à nuis autres pareils, ses gazes et ses tulles, ses crêpes de Chine acclimatés par une fabrication qui, un jour, les exportera au pays même du thé; enfin, les tissus lamés d’or et d’argent, goût somptueux, magnifique, ressuscité de jadis.
Mais la plus exquise des innovations, familière et suave, celle appelée, je le dis! à régner plus qu’une saison, c’est les Cachemires de nuance claire devenus (mieux que les failles et les poults-de-soie) Toilettes du soir; ceux roses et rose thé, bleus et bleu de ciel, les maïs, les réséda, les myosotis, les crème et gris clair de lune. Robes de ces cachemires, garnies soit de gaze, soit de tulle brodé, puis de bordures en jais blanc et en plumes, de franges de jais, enfin de toutes les garnitures des robes de bal : cela se portera au Théâtre, en Grand Dîner, en Petite Soirée, mais ouvert en carré ou carrément, jamais décolleté.
Notre classement si naturel accompli, Mesdames, non seulement vous n’avez pas la vue fatiguée par l’énigme et la diversité de tant de tissus déployés, mais vous pouvez d’un œil certain regarder à deux mois et plus devant vous, ce qui est beaucoup quand il s’agit de Modes.
Ces étoffes : qu’en faire ? avant tout des chefs-d’œuvre. Quant à moi, sans avoir pareille visée, je vais, sollicitée simplement par le désir d’esquisser tout de suite une toilette faite en l’un de ces délicieux cachemires tendus de tout à l’heure, céder à ce désir.
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Toilette de Dîner (en Cachemire, je l’ai vue rose, comme vous pouvez la voir bleue). Le Tablier de la première Jupe est garni de maint bouillon horizontal froncé à deux fils avec têtes étroites de chaque côté, celles-ci liserées de satin et reposant elles-mêmes sur un bouillon. La traîne est ornée de sept petits volants plissés. Huit écharpes garnies, chacune, d’un entre-deux de gaze blanche brodée avec de la soie plate, se placent en tunique et se nouent sur la traîne, mais en haut. Corsage à basques rondes lacé derrière (il a donné leur nom aux robes-corselets ) et entouré aussi d’une garniture de gaze. Fraise en tulle illusion avec col en cachemire doublé de salin et Manches bouillonnées avec parement.
A celle d’entre vous, Mesdames, qui, la première, portera cette Toilette, l’honneur de l’appeler : car un joli usage, datant de quelques jours, veut qu’une robe se nomme de la femme qui, par son port, charme et distinction, lui a, dans le monde, acquis la célébrité et le prestige!
Mais nous reviendrons, involontairement, à nos belles réunions de ces jours-ci, dans la salle d’honneur de grandes résidences nobiliaires, ou aux théâtres de musique!
J’ai noté sur l’ivoire un mot ayant trait à une partie du Costume qui, indéniablement, lui donna un grand cachet, au début de la saison, c’est le Tablier. Tantôt il est simple et fait pour le chez-soi, n’appartenant pas au costume et se passant sur quelque robe de dessous que ce soit : avec des dentelles ou des plissés, rattaché aux épaules et retenu derrière par des nœuds riches et inégalement amples, lesquels tombent à distance sur la jupe. Tantôt, il est resplendissant, fabuleux, superbe : on le surcharge alors de fleurs brodées avec des couleurs éclatantes ou de nœuds et d’applications de velours; on le passemente de perlures. Toutefois, elles sont, ces perlures, autre chose depuis quelques soirs, que les jais blancs ou noirs ou que l’acier bleu et blanc prédits par notre premier Courrier de la Saison : un jais, oui, mais splendide comme toutes les pierres précieuses de la terre assemblées, chatoyant, miroitant, pâlissant, un peu parure de reine de Saba. Ce talisman, sur les robes d’Opéra et de grande Soirée, attire à soi, condense et garde toute la richesse de la Toilette, ainsi que les regards qui s’y portent d’abord.
Marguerite de Ponty.
GAZETTE DE LA FASHION
Lequel des deux faut-il croire, Mesdames, le témoignage de ses yeux ou celui de ses oreilles ? Il s’agit de dire au juste s’il y a beaucoup d’acheteurs à Paris, ou s’il est vrai que les affaires n’y vont pas du tout. D’après ces ioules qui se
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pressent, en ce moment, dans les galeries du Louvre et du Bon Marché de la rue de Sèvres, on dirait que tout Paris s’est donné le mot pour faire l’affaire des maisons de nouveautés. Chacun s’acquitte de cette tâche, aussi avec un entrain qui ne laisse rien à désirer.
Qu’on aille chez M. Worth en équipage à deux chevaux, attiré par les trois nouvelles robes du créateur renommé, ou qu’on aille à la Malle des Indes pour les cachemires, couleur thym, loutre et héron, partout le même ensemble dans un désir immense de dépenser de l’argent.
Il y a pourtant des gens que cette manière de faire vivre les fabricants fâche beaucoup, et cjui disent obstinément que rien ne va plus dans notre capitale. Cela irrite les gazetières, mais il faut savoir écouter les mécontents : tout le monde n’est pas heureux; tout le monde ne peut pas acheter des robes bleu-rêve, chaos et Infante, ni des tuniques loutre en pure laine du Thibet.
Je les ai nommées ces trois fameuses robes, et dussé-je m’attirer les colères des envieux, je veux décrire au moins la robe bleu-rêve.
Nous avons toutes rêvé cette robe-là sans le savoir. M. Worth, seul, a su créer une toilette aussi fugitive que nos pensées.
On n’a qu’à le vouloir, pour se figurer une longue jupe à traîne de reps, de soie du bleu le plus idéal, ce bleu si pâle à reflets d’opale, qui enguirlande quelquefois les nuages argentés. Le devant de la jupe est en faille et très-garni de plissés; les panneaux de côté sont ornés du haut en bas de nœuds, pompons doublés de soie paille; et de l’un des côtés à l’autre, passe, au-dessous d’un pouf coulissé, une écharpe dessinant des méandres à traces couleur primevère et bleu. Le corsage est moyen-âge, avec des crevés toujours paille, les manches sont garnies de nœuds pompons. Le fichu à plis opulents a des teintes printanières. Voilà une toilette de jeune femme et de grande cérémonie, comme toutes les jeunes femmes doivent en porter préférablement à ces parures rouges, ou à teintes jaune d’œuf que d’autres grands faiseurs ont inaugurées.
Pour les robes en cachemire et pour toutes ces grosses étoffes à la mode en poil de chameau ou en poil de chèvre indienne, la Dernière Mode vient de conclure un arrangement avec la première maison de Paris, qui permettra à notre journal d’expédier franco à ses Abonnées des échantillons sur demande affranchie adressée à la Dernière Mode : on recevra désormais toute la collection par le retour du courrier.
Miss Satin.
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CHRONIQUE DE PARIS
Théâtres, Livres, Beaux-Arts;
Échos des Salons et de la Plage
Le Théâtre, passé et futur, de la Saison, qui occupa jusqu’à présent, nos Chroniques (celle de Présentation exceptée) ; non plus que les Livres, toujours remis à une prochaine fois, laquelle sera la fois prochaine! ne vont faire l’objet de notre entretien. Songe-t-on aux riches bouquets décrivant leur courbe ordinaire des loges sur la scène ? Non, mais aux pieuses couronnes d’immortelle jaune; et ce n’est pas, aujourd’hui, des fantômes brillants et imaginaires qu’on se plaît à tirer par l’esprit des images d’un roman nouveau, mais les ombres chères et réelles qu’on redemande aux tombes de l’année et d’autrefois.
Les fêtes de la Toussaint, chacun sait quel est, pour Paris, cette cité vivante par excellence, à cette date le souvenir des défunts! Toute la préoccupation de ce qui d’habitude s’appelle les Passants, tend vers les trois nécropoles, situées sur la colline ou dans les plaines; et vers cette autre, hélas! lointaine, désolée et nue, que le peuple a, dans son instinct exact d’une déportation infligée à la mort, marquée de ce nom horrible de Cayenne. Qui sait si la touchante procession de cet après-midi et de demain n’a pas lieu pour la dernière fois, avec ses usages traditionnels, que troublera un jour l’introduction, dans leur intimité, de la locomotive, sa hâte, son sifflet et du deuil de tous mêlé dans les wagons ? Tant que la question des gares et des cimetières (de Méry-sur- Oise et de Wissous ou Massy) n’est pas résolue, il y a dans l’air comme une sorte d’embarras relativement aux choses funéraires : qui sait même si l’urne faite pour les cendres venant à dominer, on parlera encore du tombeau fait pour notre dépouille, autrement que comme d’un objet curieux, insolite, ancien ? Quel monde d’impressions et je dirai même de sentiments familiers à notre race, changé pour de nouveaux sentiments, pour des impressions différentes, pour des façons encore ignorées maintenant de dire sa douleur!
Mais si le devoir d’une Gazette de la Famille a été de saluer avec sympathie une coutume mélancolique, il appartient à la Gazette du Monde de ne rien négliger même des faits frivoles.
Toutefois que dire, certain à peu près que cette Livraison restera, enveloppant l’image d’une Toilette de Bal, sur les tables de salon jusqu’à un jour presque éloigné : c’est-à-dire après demain ? Une robe, étudiée et composée selon les principes appelés à régner un hiver, est moins vite inutile et défraîchie qu’une Chronique même de quinzaine : avoir la durée du tulle illusion ou des roses artificielles imitant
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les roses et la clématite, voilà vraiment le rêve que fait chaque phrase employée à écrire, au lieu d’un conte ou d’un sonnet, les nouvelles de l’heure. Soyons presque insignifiant, vague, nul : tâche facile toujours, pour plusieurs motifs et un peu pour celui-ci que Paris, tout entier à sa résurrection annuelle que cause d’abord le Théâtre, ne présente par lui-même à peu près rien de saillant à l’annotateur de ses faits et gestes. Les grandes fêtes se donnent au dehors dans les châteaux : leur salon, transformé à l’aide d’un paravent en salle à jouer des proverbes, ou leur parc, par un caprice superbe, changeant ses pelouses et l’horizon vu de ses terrasses en la piste véritable de grandes courses intimes de chevaux. Sous les plafonds et sous le ciel, c’est la double distraction, tout extérieure à la Ville, de ceux qui ne veulent pas y revenir, si ce n’est une heure pour acclamer la Patti, chancelante parmi les bravos, les fleurs et sa propre émotion, mais continuant à chanter toujours, en français, Les Huguenots, Faust deux fois, soirées déjà mémorables ! C’est là tout : si bien qu’il ne reste plus, toujours pour l’annotateur des gestes et des faits de Paris, qu’à se demander : « Est-ce parce que tout le beau monde ne songe pas encore au retour définitif que nid incident élégant n’attire l’attention, ou rien de notable ne se passe-t-il. faute de regards aristocratiques pour le considérer ? » Problème, problème : (et quoiqu’il se présente chaque année) fait pour interloquer le subtil Hamlet, si Hamlet lui-même n’avait d’autres préoccupations. Car : « il nous quittera » se lamentaient les uns : « Non, certes, le voici resté » applaudirent les autres; et le prince de Danemark, c’est-à-dire Faure, qui seul au monde incarnera jamais ce personnage extraordinaire en grand chanteur et en grand comédien, va sous peu incarner Don Juan encore parmi nous. Je ne raconterai pas, même pour nos lectrices péruviennes, un trait du différend qui vient d’intéresser l’Europe et le Grand-Opéra : tout est, grâce à des interventions charmantes, grâce au virtuose, grâce au sage directeur, oublié. Seulement, il y a, une fois pour toutes, quelque chose à apprendre à quelques personnes un peu pressées de crier à l’exigence ou à la vanité lésées : c’est que, quand un artiste croit subir une offense, ce n’est pas sa dignité à lui, homme, qui est d’abord en jeu et qu’il défend, non! mais tout ce que sa personne représente pour l’Art ; c’est-à-dire dans le cas actuel, la passion, la gravité, la science, l’intuition, la noblesse incomparable et le génie.
Un maître-chanteur voulait partir : des hôtes de sang royal nous arrivent. Notons avant tout l’excursion faite en chaise de poste d’Esclimont à Rambouillet par le Prince de Galles, qui passa par Dampierre; mais ces attelages et
ces four-in-hands n’étaient-ils pas, dans leur galop soulevant le tourbillon des feuilles d’automne, suivis par un cortège de reporters, l’œil à la vitre et le crayon aux doigts ? La presse quotidienne a, tout entière et jour par jour, répandu des détails lus maintenant dans les bourgades et dans les hameaux épars. Tard venu, il me reste à faire des observations; mais qui les écouterait, dans cette France qui n’est qu’un vaste Paris, traversé par des rivières, des bois et des montagnes ? Une seule (je la ferai), relativement à l’unanimité apportée par mes confrères grands et petits ou moyens à louer l’amour visible de Son Altesse Royale pour les enfants, ce qui me ravit. Mais sur quoi base-t-on ce fait désormais acquis à la légende ? Sur ceci : que, dans ce grand château de Dampierre où les chefs-d’œuvre éternels de l’art revêtirent eux-mêmes un air de fête pour saluer sa venue, le visiteur illustre se baissa vers le jeune duc de Luynes, âgé de sept ans, et (je cite) le combla de gâteaux. Trait digne de louanges, soit! mais quant à moi, je ne puis me dissimuler que, tout excellentes que fussent les pâtisseries prises à une des assiettes de vieux Chine armorié en Chine du somptueux dessert, elles ne représentaient pas, ces deux meringues à l’ananas et cette tartelette, un cadeau fort différent de celui que j’apporte quelquefois de chez le pâtissier célèbre aux enfants d’un ami. Oui, c’est de la part du journalisme à grand format un motif peut-être un peu faible d’affirmer la générosité d’un prince envers l’enfance. Les naïfs, et j’en suis, chez qui l’idée du fils d’une reine éveille obstinément, même devant la réalité, mainte idée d’éblouissement et de prodige, regretteront une supposition faite par eux peut-être avant que d’achever la lecture de cette anecdote. A savoir que le prince avait présenté à l’enfant, confit par quelque procédé rapporté de Lahore ou de Singapour, un des diamants dont il doit être couvert, sur les mains, sur la robe, sur les pieds : seul bonbon digne que l’offre d’un souverain même futur au descendant d’une des plus magnifiques familles d’une nation amie. Mais quoi ! voici que loin d’y vivre continuellement et de fouler eux-mêmes la pompe extraordinaire de son décor, ces princes, comme nous-mêmes, éprouvent, après les chasses, avant les galas, après Chantilly, avant Heilles-Mouchy, le besoin d’aller voir une Féerie au théâtre. Fidèle à ma promenade parisienne du Boulevard, c’est simplement, l’autre jour, à Orphée aux Enfers, que j’aperçus l’héritier du trône d’Angleterre. Dans une loge, lui qui venait de voir sept châteaux, leur splendeur et des lieux d’intervalle, apparaître et disparaître en l’espace de trois jours ! il applaudissait, enfin, de vrais changements à vue (ceux-là qui, pour prodiguer la toile, le gaz et le paillon, ne demandent
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que trois secondes). L’avant-veille ou quelques soirs plus tôt, j’avais rencontré le grand duc Constantin considérant les Folies-Bergères. Qui sait, dans son paletot-sac fermé sur ses plaques et ses ordres, s’il n’enviait pas à son tour la magnificence authentique de l’Homme-Tatoué, plus beau par un luxe distinctif inscrit sur sa peau même que tous les autres hommes, et seul marqué des caractères ineffaçables qui conviennent à un chef ?
LE CARNET D’OR
La Table, l’Ameublement fait par les Dames, le Jardin et les Jeux
Dixième feuillet.
Menu de grand dîner
Potages, Purée de perdreaux Chasseur, Orge perlé à la Princesse. — Huîtres de Marennes, Ostende, Impériales.
- Hors-d’œuvre : Crevettes, Canapé de caviar, Hareng à la russe, Saumon fumé. - Relevé : Truite à la Régence, F'ilet de bœuf à la Godard. Boudins de lapereaux à la Lucullus. — Entrées : Poulardes à l’Ecossaise, Grenadins de veau à la Maréchale, Timbale de raviolles à la Monglas. — Sorbet au Champagne. - Rôti de gibier à la Véron (Perdrix, Cailles, Ortolans, Bécassines). — Cardons à la moelle, Pointes d’asperges à la crème. — Glaces aux avelines garnies de gaufres. — Dessert choisi par la maîtresse de maison. — Café, Liqueurs : Cognac Martel, Veuve Amphoux et autres authentiques. — Cigarettes russes, petits canons roses au Dubèque aromatique. — Cigares Régalias de la Reine Figaro (Grand-Hôtel). — Vins : Madère Pichon Longueville, Grand-Soussans et Thorins en carafe, Romanée C.onti piper frappé, Latour blanche, Madère impérial, Saint-Julien, Larose, Richebourg, Veuve Cliquot rafraîchi.
Le Chef de bouche chez Brébant.
Onzième feuillet.
Application de cuir sur cuir : ouvrage d’après-midi
L' Appartement fait par les Dames est un des quatre titres.
Nous donnions, l’autre quinzaine, une indication précieuse pour V appartement (Plafond) dont la mise en œuvre appartient au maître seul du logis; voici, aujourd’hui, quelque chose cjui sera fait par les Dames, mais à titre de simple distraction manuelle. Traiter deux fois de suite le même genre ou ne pas le traiter tout à fait comme l’annonce
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l’enseigne, voilà un peu le sort attaché au Carnet d' Or : qui ne peut avoir toujours, inédite et singulière, l’invention seyant à la date.
Tant pis!
Vous allez, Mesdames, chez le cordonnier, ou si vous le préférez, chez le corroyeur, faire emplette de vastes pièces de cuir, souple et point épais, ayant sa couleur naturelle : soit une carrée, une oblongue. Mille autres morceaux menus de cuir vous sont à présent nécessaires, rouges, bleus, verts, etc., argent et or : de couleur vive, pris au relieur; de couleur éteinte, pris chez un marchand d’antiquités; dos et plats de livres ou déchets de cuirs à tentures espagnoles et flamands.
Voilà tout : et votre dé.
Maintenant, il faut de l’imagination; ou, tout au moins, avoir vu les vagues pots de fleurs tracés en tapisserie par nos aïeules sur les fauteuils Louis XIII. Le bouquet, la gerbe ou la guirlande (plutôt qu’une ornementation purement arabesque) à appliquer, n’est-ce pas ? sur l’une ou l’autre pièce, seront faits de tous les morceaux menus de cuir, groupés dans un aspect primitif ou fait d’oppositions simples ou fantasques.
Comme mode d’application, la couture, avec une forte aiguille : non sans avoir aminci au couteau le contour de chaque fleur, oiseau oïi papillon polychromes, bordé de belle soie et rattaché par un point de feston sur fond naturel.
Cuir sur cuir : l’effet est superbe, la pièce oblongue servant, par exemple, de dossier et celle carrée de fond à une chaise (j’ai dit Louis XIII). Il m’est interdit d’ajouter, évitant de parler Mobilier, qu’une garniture de sièges semblable achève parfaitement une salle à manger : qu’on peut recouvrir ainsi des coffres-à-bois pareils aux anciens, dont les clous d’or servent dans l’adaptation de ce travail à tout autre meuble; enfin, que des panneaux de murs faits de la sorte s’encadrent bien de bois rares avec une marqueterie, car c’est à la marqueterie que ressemble, avant tout, ce riche, ce grossier, ce noble, cet artistique et élémentaire décor.
Je l’ai vu faire en province (sauf qu’il s’agissait de blasons, non de fleurs) et le livre ici.
d’après une Châtelaine bretonne.
PROGRAMME DE LA QUINZAINE Distractions ou Solennités du Monde
Du /er au i5 novembre 1S74.
Ni Livres, à eux sera consacrée notre prochaine Chronique; ni Expositions, voir le dernier Programme; ni Voyages,
nous préparons un travail ayant trait aux émigrations de l’hiver. La faute en est aux Théâtres, à cette quinzaine exceptionnelle ou riche de cent premières représentations.