SUR VERLAINE
Paris, 6 avril iSy7 .
Vous requérez, cher Monsieur Clerget, pour des instituteurs — - plusieurs, des poètes — ici mon témoignage que Verlaine, ce Maître, effectivement professa : certes, la langue anglaise. Je l’appelais — comme de mes heures, aussi, restent aux vitres dépolies des classes d’un lycée — en souriant, mon confrère et collègue, attendu qu’il me conta les succès notoires de son enseignement, je crois, à Réthel, et clignait de l’œil, dans nos rencontres, en connaisseur interrogeant si le mien prospérait : lui, évadé depuis longtemps, et j’attribuais à l’intervalle d’oubli cette sérénité, volontiers, de s’entretenir d’un sujet pour moi, dont tarda l’épreuve, sans attrait. L’aventure que je démêlai son fils, à Rollin, dans un cours et l’en informai même, contribua, peut-être, à cet intérêt, de sa part, aux technicités de mon passe-temps obligatoire : ainsi, affectionnait-il mainte citation, doctorale ment, de l’anglais, comme un qui posséderait quelque langage exceptionnel ou à la portée de peu de gens, mettons, c’est vrai, d’un nombre restreint de poètes. Confidences pédagogiques, avis; il montrait, particulièrement — - d’un moyen de son invention, auquel il m’initia, une fierté. Il avait (je l’entends) envisagé, avec justesse, la persistance de l’intonation gutturale ou de la stridence, les dents contre, ceci invétéré chez les Anglais essayant notre langue, comme une marque indéniable d’aptitude à prononcer excellemment et sans effort, plutôt, la leur propre : cette performance, suprême, qu’exige de ses disciples un maître français consciencieux, pourquoi n’y atteindre tout de suite, en inculquant à ceux-ci, même lisant Boileau, la prononciation défectueuse ordinaire aux compatriotes du Dr Johnson, — pas comme un vernis grossier pour tromper personne ou procéder, du coup, par renversement facile et arguer que
PROSES DIVERSES
si les élèves altéraient le français à l’imitation de bar-men ou de jockeys, d’autant plus pouvaient-ils émettre un pur anglais ; mais, selon tel mystère convenant en matière de linguistique, parce que des organes, faussés en une grimace authentique, doivent mieux se prêter, peut-être, au miracle de l’élocution étrangère, laquelle, sait-on, s’installera de soi, intérieurement, par une vertu. Verlaine donc avait pris des mesures en sorte de n’entrer dans sa classe, jamais, que les enfants debout ne le saluassent (comment transcrire, sauf par un emprunt d’orthographe aux scènes et chansons bouffes) de ce chœur : « Baonn-jaur, Maossiun Vœu-laine ! » la minute, pour l’éducateur, de se rendre à sa chaire.