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CHAPITRE PREMIER

L'Anglais et la Philologie.

§ i. L’Anglais.

Qu’est-ce que l’Anglais ? Sérieuse et haute question : la trancher dans le sens où elle est faite ici, c’est-à-dire absolument, on ne le pourra qu’à la dernière de ces pages et tout analysé. Maintenant il sied de répondre, en tenant compte des caractères extérieurs et notoires de l’Anglais, que cet idiome est un de ceux du globe qu’un contemporain doit connaître.

Au point de vue des relations et politiques et commerciales, nul ne l’emporte sur lui par sa diffusion internationale; au point de vue littéraire ou des œuvres de l’esprit embrassant de la poésie à la science, lequel, par un éclat plus noble, le Français excepté ? Si la Grande-Bretagne et Y Irlande (soit la Métropole), les États-Unis tout entiers et V Amérique anglaise du Nord, Y Australie, la Terre de Van Diérnen, la Nouvelle-Zélande et le Sud de l'Afrique, parlent, à des titres divers, l’Anglais, usité aussi dans Y Inde et parmi les possessions maritimes du monde entier; bref, si cette langue est la plus répandue, elle est encore une des plus cultivées : car de Shakespeare au siècle présent, des poètes aussi grands que les plus grands en ont fait l’instrument de leur génie et de leurs chants, et des prosateurs nombreux l’ont employée à tous les efforts de l’intellect qu’ennoblit l’éloquence.

Slaves et Allemands, Néo-latins et tous les peuples du loin ont un intérêt, pratique ou idéal, à étudier le parler des îles Britanniques : aucun d’eux, toutefois, autant que nous, à cause du plus proche voisinage, oui; mais encore à cause de rapports historiques entre ce langage et le nôtre considérables, que tout chapitre, lu ou feuilleté ici, va mettre en évidence.

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§ 2. La Philologie.

Savoir, outre la sienne, une langue; que faut-il pour ce résultat : avoir vécu, tout jeune, dans un milieu fréquenté par les étrangers. Rien qui vous rapproche plus des conditions spéciales dont eux-mêmes jouissent tout d’abord : mais y peut -on toujours prétendre ? à une autre époque, la délicatesse d’organe exquise du bas-âge s’oblitère. Cependant, ne pas exagérer l’importance de ce fait : pensez à tout ce temps très long que, du premier bégaiement à l’heure où il peut tenir une conversation bornée, veut l’enfant. La mémoire, faculté prépondérante ici dans le jeu de toutes les autres, se développera par l’habitude d’apprendre avec sagacité; c’est-à-dire qu’elle requiert l’aide de l’intelligence. L’étude véritable d’un idiome étranger, ébauchée petit, doit être continuée par vous, grand, ou grandissant. Tout un dictionnaire s’offre, immense, effrayant : le posséder, voilà la tentative, la lecture de livres aidant et une fois sus les rudiments de la grammaire. Seul même, l’étudiant, en classe ou dans le monde, n’y parviendrait pas : car le rapport des mots avec les idées principales nécessairement sommaires, se trouve, lui, multiple à l’égal presque de ces mots : que de nuances (point primitives) ils signifient! Un pareil fouillis de vocables rangé dans les colonnes d’un lexique, sera-t-il appelé là arbitrairement et par quelque hasard malin : point; chacun de ces termes arrive de loin, à travers les contrées ou les siècles, à sa place exacte, isolé celui-ci et cet autre mêlé à toute une compagnie. Magiquement, si, pour notre esprit, qui représente en cet instant, je suppose, un vocabulaire aux mille feuillets blancs, ces mots, instruits par une main habile à donner une nouvelle représentation de leur genèse passée, surgissaient et se fondaient ou luttaient, et s’excluaient ou s’attiraient, comme ils le firent jadis : vous vous identifieriez avec la langue qu’ils composent aujourd’hui; vous la posséderiez en homme. Tant d’actes, complexes et bien oubliés, recommençant avec docilité, pour vous seul, attentif à leur histoire : but des plus nobles et tout philosophique; simple puis fondé sur cela qu’à un certain âge où dans l’ère présente on n’apprend un peu qu’à force de comprendre, ou en saisissant quelques relations entre beaucoup de choses. Le don suffit; mais la méthode aussi : et elle relève de qui a fait ou va faire ses « humanités ». Toute une espèce de réminiscences, vagues ou aventureuses, le cédera à la vraie Mémoire, faculté qui se juxtapose à des notions ou à des faits : et le meilleur moyen pour savoir, reste la Science.

La Philologie qui n’a rigoureusement d’autre visée que de remplacer l’Anglais (ou l’Italien, l’Espagnol et l’Allemand) appris en plusieurs cachets, pour arriver au même

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résultat d’abord, puis à un tout different, n’est, ses découvertes ordonnées, rien que la marche à suivre dans la Connaissance d’une Langue : juxtaposez, ici à l’histoire et à la logique là, le double effort de la mémoire et de l’intellect. Avant de s’occuper de tel ou tel parler, quelques généralités, toutefois, ne messiéraient point, concernant le point de vue que pareille étude apporte ou demande à la pensée contemporaine.

Qu’est-ce que le Langage, entre les matériaux scientifiques à étudier ? A chacun d’eux, le Langage, chargé d’exprimer tous les phénomènes de la Vie, emprunte quelque chose; il vit : et, comme (pour aider l’enfance à saisir) force est que le monde extérieur prête ses images, toute figure du discours, relative à une manifestation quelconque de la vie est bonne à employer à propos du langage. Les mots, dans le dictionnaire, gisent, pareils ou de dates diverses, comme des stratifications : vite je parlerai de couches. Ou le développement en a lieu selon telle ou telle loi inhérente à leur croissance, les faisant dépendre d’une souche ou de plusieurs : je groupe en rameaux, que parfois il faut élaguer de quelques rejetons ou même greffer, ce vocable enté sur cet autre; ou bien un afflux se détermine dans un sens, irruption et débordement, simple courant. A toute la nature apparenté et se rapprochant ainsi de l’organisme dépositaire de la vie, le Mot présente, dans ses voyelles et ses diphtongues, comme une chair; et, dans ses consonnes, comme une ossature délicate à disséquer. Etc., etc., etc. Si» la vie s’alimente de son propre passé, ou d’une mort continuelle, la Science retrouvera ce fait dans le langage : lequel, distinguant l’homme du reste des choses, imitera encore celui-ci en tant que factice dans l’essence non moins que naturel; réfléchi, que fatal; volontaire, qu’aveugle.

Tout ceci va apparaître.

Sans se perdre dans des considérations relatives à l’Origine du Langage, la Philologie (science d’hier) étudiant l’apparition d’idiomes anciens ou morts, comme le Latin et le Grec, et modernes ou vivants, comme l’Anglais et le Français, se rend un compte exact du travail qu’ils montrent. Pour ce qui est, je suppose, du Latin et du Grec, de même qu’à leur commencement de l’Anglais et du Français, notre Science s’aperçoit que, loin de naître spontanément, ils ne sont qu’une transformation, corrompue ou élégante, de parlers antérieurs. Rien de spontané : les petits enfants d’une race neuve, c’est-à-dire renouvelée, ne s’assemblent point sur un agora ou un forum qui n’existe pas encore, pour édicter ou proclamer une langue nationale; et si notre Académie, puis des maîtres comme Littré et l’anglais Latham, dans une époque tardive, composent leur diction-

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naire général, ce n’est précisément qu’en évoquant la longue aventure, dans le passé, d’un parler déjà fait. Un peuple transplanté altère, sous l’action d’un autre climat, sa propre langue, ou vaincu, celle du conquérant : de ce changement en sort une nouvelle élaborée pendant un âge obscur. Telle, la formation naturelle ou populaire, mieux instinctive; mais, à cette vue exacte de la Philologie, l’ère récente en ajoute une qui n’est pas moins vraie. Sans jamais inventer un nombre considérable de termes et le tirer de l’air ambiant, les lettrés de temps avancés (où se perd la force créatrice et avec elle la tradition), recherchèrent dans l’idiome générateur mille vocables; qu’ils en ont extrait de leur plein gré, d’après des règles factices. Dérivation, toute artificielle que celle-là, et si l’on veut savante; une renaissance des arts et des lettres ou même un vaste progrès de la science suffit à déterminer ce phénomène ignoré des temps antiques. Cependant est-ce tout; et n’apprendra-t-on pas un troisième mode de formation linguistique, intermédiaire entre ceux que je viens d’énoncer, l’un spontané et l’autre de seconde main : I’Introduction doit édifier le Lecteur sur ce point.

Avant tout, où sommes-nous situés, pour étudier l’Anglais, nous autres Français ?

Pas un des caractères propres aux autres langues, que ne possède l’Anglais : d’où sa philologie comporte un intérêt général; et qui dispense de beaucoup chercher au dehors. Ne semble-t-il point à première vue que, pour bien percevoir un idiome et l’embrasser dans son ensemble, il faille connaître tous ceux qui existent et ceux même qui ont existé; à moins qu’on ne l’examine de l’intérieur, comparant entre elles seules ses parties, ce qui peut conduire à trouver une ordonnance logique. Difficulté ici et là pour qui n’est pas doué d’un savoir universel, ou n’est pas anglais; or que faire ? Étudier simplement du Français l’Anglais, car il faut se tenir quelque part d’où jeter les yeux au delà; mais néanmoins vérifier auparavant si ce site d’observation est bon. Les rapports pouvant se rencontrer entre ces deux parlers, ou les différences, détermineront la justesse d’une telle étude; or, c’est une fois le point de vue (qui s’affirme au cours de ces pages) éprouvé.

Observation

Lecteur, vous avez sous les yeux ceci, un écrit; dont l’enseignement est limité aux caractères propres à Y écrit, soit Y orthographe et le sens. Relativement à la prononciation, de deux cas l’un, on la possède; ou on la reçoit d’un maître ayant à proférer tout vocable anglais apparu dans ces pages, c’est-à-dire à le compléter. L’étude d’un langage étranger,

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quelle que soit, du reste, la pédagogie employée par le maître de ce langage nécessairement et de soi, repose sur la lecture faite à haute voix des bons auteurs. J’ouvre, à côté du mien, un livre, Robinson, le Vicaire de Wakefield , ou tout autre avec quoi l’on s’exerce. Qu’y a-t-il ? des mots, tout d’abord : reconnaissables eux-mêmes aux lettres qui les composent, ils s’enchaînent et voici des phrases. Un courant d’intelligence, comme un souffle, l’esprit, met en mouvement ces mots, pour qu’à plusieurs d’entre eux ils expriment un sens avec des nuances : les voici des noms et des adjectifs, des pronoms et des verbes, ou des articles, des prépositions, des adverbes et des interjections, groupe nommé les Parties du Discours. Les variations orthographiques de vocables, dans ce branle donné à la réunion de plusieurs pour former un sens complet, c’est-à-dire le changement de lettres déterminé par le sens dans la phrase, cela constitue la Grammaire, ou l’étude formelle du Langage; reste l’étude matérielle des termes eux-mêmes, isolés et immobiles, et c’est la Lexicographie. La philologie qu’on va lire, devra, comme toute philologie, contenir plus tard ces deux choses, les Règles et les Vocables : et de deux volumes traitant chacun leur part dans la double question, en voici un de fait, celui qui concerne les Mots. A chaque page je tente de réunir autour d’une loi commune à beaucoup, quelques-uns des termes principaux qui en offrent les exemples; ceux-là d’abord deviennent par le fait inoubliables, et bientôt aussi les congénères que le Lecteur s’applique à rechercher de soi-même et trouve. Peu à peu toute la langue se découvre aux yeux, dans sa symétrie et son hasard; oui, et quelques milliers de mots dûment considérés en appellent autour d’eux de 40 à 50.000, chiffre que compte la langue anglaise.

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