‹ OEuvres complètesChapitre 317 sur 655 · SALAD · texte numérisé non relu

SALAD

- AGE n’a point bougé : voyez-le avec toute sa physionomie originelle, seulement modifiée par la prononciation, dans : baggage, damage, language, message, passage ou village. Un dérivé immédiat, qui devrait être — ACER, s’en trouve dans passenger et messenger, passager et messager-, où l’altération éprouvée par l’antépénultième a pour cause probable une analogie fautive de ces mots avec harbinger, porringer, pottinger et wharfinc-er : ce qui vous remet à l’esprit la préexistence, dans le Saxon, de cette finale - ER (primitivement — ERE).

ER français noya dans son vaste afflux l’équivalent indigène; et, certes, les vocables de terroir, comme baker, fisher, Miller, sont plus rares que ceux du loin comme butcher, gardener, vintner, etc. — ER saxon s’adaptait fréquemment à — EUR (ainsi doer se traduirait par

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— faiteur) non moins qu’à — IER : et des trois noms saxons, cités d’abord, la traduction est boulanger , pêcheur et meunier; tout aussi bien que les trois nôtres, énoncés ensuite, confondent dans un son commun la variété désinentielle de boucher, jardinier et vendangeur. Non qu’ — IER n’existe en Anglais, si — EUR y fait défaut; mais cet — 1ER remplace volontiers le féminin — 1ÈRE, ainsi dans barrîer, frontier, pier (dont la provenance est pierre) et rapier : à moins que le féminin en question ne s’assourdisse en — ER, comme litter, manner, matter et river; ou ne donne la forme toute anglaise d’ — EER en career.

— EER remplace aussi — IER, concurremment à ARD et AIRE, comme dans muleteer, mountaineer et pamphleteer; et même — EUR. Aucun rapport entre cet — EER et — EE, dont l’emploi est souvent aventureux : c’est dans levee où il égale — ER (pour ne rien dire de marçxjee, une marquise, ou verandah), dans apogee et

PERIGEE, EPOPEE, FUSEE, FRICASSEE, SPONDEE et TROCHEE, OÙ

il égale — ÊE. L’emploi authentique de cette syllabe terminative consiste à désigner entre tout, non pas les simples participes passés restés tels, comme debauchee, ou devenus noms, comme rapee, du râpé, un tabac à priser, mais certains noms passifs que très rarement — AIRE français marque de ce sens spécial, comme destinataire : or, celui-là même ne se traduit pas de la sorte. Nous sommes donc sans équivalents à offrir pour presentee, payee, etc., personnes que l’on présente, à qui l’on paie, quelque chose de plus que le présenté, le payé , et le contraire de le « présentateur », le payeur; comme grantor, qui accorde, s’oppose nettement à grantee, le bénéficiaire, lessor à lessee, celui qui accorde de la licence, au licencié; ou mortgageor à mortgagee. Très fortuitement, décret fait decree, à côté de discret, discreet : ou mieux, c’est par un motif tout oral, l’accent français à conserver.

— ET, indigène, préexistait à la venue du nôtre : c’est ainsi que nous avons signalé, par exemple, locket comme allié par sa finale à spigot; et — LET, comme donnant brooklet, h am let ou streamlet. Confondre ce diminutif avec celui qui termine le mot français signet, passé intact à l’Anglais, serait une erreur : autant que ne pas voir dans

CIVET, FACET, QMELET, PALLET, RENNET (la pomme), TOILET,

trumpet et tablet, une abréviation de notre forme — ETTE, que peut garder toutefois dans un de ces noms palette, postérieur à l’époque étudiée ici et ne nous intéressant, comme tel, point davantage que marionette ou rosette, anglais.

— ESS remplace quelquefois — ESSE, comme dans finess, largess, prowess; il s’abrège dans riches, pour richesse, sorte de pluriel assimilé, par un long oubli de la

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provenance, à ces deux, latins, divitiæ et opes : quant à burgess, lisez bien bourgeois.

— RY ou ERY, c’est visiblement notre — ERIE, d’après ce simple fait qu’/ de la fin se change ordinairement en Y, ex. ennemy et mercy; car amity ou pity, pour amitié et pitié, demeurent rares, et fairy, traduisant non féerie, mais fée, exceptionnel. Cavalry, mockery, poetry, poultry (de poule), spicery, trumpery : un groupe nombreux se compose de suite.

— SON, — ON, — SOM et — SHION, comme poison, même sort, ransom, rançon et fashion, mode ou façon (qu’imite cushion, coussin), se joignent à SION, de mansion ou de passion, pour représenter une corruption assez agréable de nos SION, ÇON et SON.

Adjectifs

Sur la limite, qui sépare le Nom de l’Adjectif, se tiennent quelques Terminaisons, propres aux deux : parmi celles-là seules qui nous occupent à présent, citons :

— ART) et — ART, finales de source gothique, apportées par les Francs au Français comme par les Saxons à l’Anglais, se retrouvent ici pour s’unir dans la même forme primitive qu’elles sont, tout en gardant, chez les mots de chacune des deux langues, des nuances spéciales : d’un côté, drunkard ou braggart, si l’on se rappelle les exemples fournis par le précédent Livre; de l’autre, bastard, coward, car ces dérivés de notre langue ne changent pas généralement le d en t.

— ES QUE, dans arabesque, barbaresque, gigantesque, grotesque, se montre, pour qui regarde ces mots, attribuable au fait d’une importation relativement moderne; et je ne m’y arrête point.

Quelques règles, qu’il sied d’indiquer ici en dernier lieu, s’appliquent également au Nom et à l’Adjectif. Moins strictes néanmoins que les déviations précédentes, elles finissent même un peu par livrer l’étude des Terminaisons à l’invasion du vague, de l’incohérence ou du caprice : tant la loi (la meilleure) offre partout d’échappées.

Insister sur l’accident le plus élémentaire de toute transposition d’une langue à une autre, l'abréviation des finales, serait inutile; et coif, pour coiffe, gem, pour gemme, grot, pour grotte, pistol, pour pistolet, voilà qui se prévoyait mieux peut-être que grappe devenu grape (pr. grèpe) : où l’altération du son fait une maladresse d’un procédé. A quoi bon écrire deux consonnes, si, seule, une s’entend, ainsi que c’est le cas en Anglais : et quant à la chute pure et simple de Ve muet, les exemples cités aussi prodigalement

que CHARM, BUST, CROUP, FRAUD, JAMB, LAMP, MAD AM,

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mass, maraud, pair, pilot, pomp, entre mille autres, ne nous apprendront rien; sinon que le traitement contraire a même lieu, au besoin, dans bien des mots pareils qui nous reviennent à la mémoire. Que dis-je : il y a recours qui fait recourse à cause de course, sans doute; mais appétit, appetite, pour quoi ? et d’où encore close, pane, glace en verre de pan, et salute, et vile, etc. Plus loin vont larceny, de larcin, ou lavender, de lavande; or, nul motif à ces additions : on saisit mieux la pensée confuse qui préside à aveu faisant avowal, à beau pour bon, bonny, à cygne, cygnet, à devoir ou dû, duty, à garnir, garment, à appareil à gaz, gasai.ier, à geste, gesture, ou à direction pour guide, guidance. Une finale française quelconque, plutôt qu’aucune, voilà tout; ou même une autre que celle préexistant et d’allure plus française encore pour l’étranger : car c’est le cas d’EXECUtioner, au lieu d’ exécuteur ; de parchment, au lieu de parchemin, etc.

Tout se fait par trop ténu ici; et qui suivrait davantage un fil enchevêtré risquerait de perdre à cet effort la notion exacte des quelques Lois jusqu’à maintenant extraites de l’écheveau total.

Verbes

Tâche considérable et subtile à la fois que d’analyser le changement des terminaisons verbales d’une langue à l’autre. A un regard en hâte jeté sur les paradigmes des Verbes français, il semble, toutefois, que ceux-ci comportant moins de variété dans leur finale que le Nom par exemple et même l’Adjectif, en saisir la transposition est aisé : point. Toujours cette opération factice de l’Anglais, destinée à faire remonter plus avant que le transvasement du Français chez lui, la forme neuve d’une portion de ses vocables, vous arrêtera, aussitôt votre tâche commencée : c’est-à-dire l’influence latine revenant après coup nier là-bas travail ici subi par nos mots. Omettre donc à dessein les plus importants de nos Verbes, voilà ce qu’il va falloir faire, si l’on veut ici encore ne pas anticiper sur l’objet du Livre prochain, mais en sauvegarder l’intérêt.

Ce détail su ou même deviné que les Verbes auxiliaires sont là-bas mots de terroir et qui ne nous empruntent rien, il siérait, avant toute autre classe de Verbes ordinaire, d’envisager ceux en ER, formant notre première conjugaison : or, c’est sur leur compte même qu’on doit, en ce lieu, beaucoup se taire et remettre à plus tard. Deux indications, cependant, l’une importante et l’autre point : la légère, c’est que cette désinence — ER ne va dans l’Anglais que pour parachever des substantifs employés par la termi-

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nologie juridique, comme attainder, mort civile, disclaimer, celui qui désavoue, remainder, résersibilité, user, celui qui emploie, etc. De Verbe à Verbe, enfin, que se passe-t-il ? là gît l’intérêt. Chute de la Terminaison; que ce soit — R qui tombe comme dans to lave, ro refuse, to revere, to trouble; que ce soit — ER comme dans to agréé,

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