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L’ATHÉNÉ GRECQUE OU LA MINERVE LATINE

théné. — Athéné est la fille de Zeus, qui surgit toute

/ \ cuirassée du front de son père, ouvert, selon quelques poètes, par un coup de la hache de Héphaistos. Gomment expliquer ce conte étrange ? Par la comparaison du conte grec avec celui de l’Inde qui en donne la forme antérieure; elle nous enseigne qu’Athéné est un nom de l’Aurore, appelée dans les poèmes indiens Ahanâ et Dahanâ. Voici maintenant comment se produit chez la déesse Pacte extraordinaire de surgir du front de son père : Zeus était un nom à la fois du Ciel visible et du Ciel spirituel, et l’on disait que l’Aurore s’élance du front du Ciel, en d’autres mots, de l’Est. Reste la hache de Héphaistos. Cette particularité de l’histoire provient d’une expression disant simplement que la lumière du matin ouvre, c’est-à-dire illumine, la face ou le front obscur du ciel. Tel est le sens d’une fable qui valut à Athéné différents surnoms : on l’appela, dans quelques Etats grecs, Coryphasia (de Koryphê, tête , et Àcria, haut sommet) ; chez les Romains, Capta (de caput, tête). Quant à l’appellation de Tritogénéia, quelques-uns crurent y voir que la déesse naquit le troisième jour, de trita, troisième (mais pareil commentaire n’a aucun sens) ; d’autres ont songé au mot Trito, qui dans un dialecte grec voulait dire tête; il en est enfin pour qui Tritogénéia ne signifie que « née sur les bords du lac libyen Tritônis ou de la rivière Triton ». Toutefois nulle de ces explications n’est suffisante; il existait beaucoup de rivières appelées Triton, et ce fait même nous engage à rechercher ce que signifie le mot Triton. Voyons! Dans les plus vieux hymnes hindous ou sanscrits nous lisons qu’il y a un dieu appelé Trita, qui règne sur les airs et les eaux. Ce Trita est en réalité le même dieu que Dyu ou Zeus, le Ciel; et Tritogénéia est la fille du ciel, ou en d’autres termes, le matin. Ainsi l’étude d’une étymologie nous apprend combien est ancienne

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l’origine du mythe d’Athéné. Sa fonction primitive fut d’éveiller les hommes de leur sommeil : de là, à côté du hibou, le coq, l’oiseau du matin, qui lui est consacré. Athéné est aussi la déesse de la sagesse. Car dans les anciennes langues de l’Inde le mot qui signifie « s’éveiller » désigne encore « savoir >>; et l’on prit la déesse qui faisait s’éveiller les hommes, pour la déesse qui fait que les hommes savent quelque chose. Variantes à la légende d’Athéné : selon quelques-uns, elle est l’enfant, non de Zeus, mais du géant ailé Pallas, ou de Poséidon, ou de Héphaistos. Tandis que plusieurs parlent d’elle enfin comme de celle qui est toujours vierge, d’autres disent qu’Apollon est son fils. Cela vient toujours de source antique : Apollon, parce qu’il suit l’aurore, peut être appelé le fils d’Athéné; mais si on le considère en tant que s’élançant de la nuit, il est le fils de Léto (appelée à tort, en français, d’après le latin exclusivement : Latone). Athéné vis-à-vis de Zeus se tient généralement sur le pied d’une harmonie et d’une soumission parfaites. Comme chez Héré, il y a des interruptions dans cette attitude : la déesse prit part à la conspiration de Héré précisément et de Poséidon, pour détrôner ou emprisonner Zeus ; et elle aida Prométhée à voler au ciel le feu, contre la volonté du dieu souverain; par suite d’un amour passionné qu’elle éprouva pour Prométhée, disent les uns; tandis qu’on la dépeint le plus souvent insensible à pareil sentiment. Tout le long de l 'Iliade, Athéné apparaît comme la déesse qui connaît le plus profondément l’esprit de Zeus, et comme le guide et l’aide d’Achille, d’Odyssée (l’Ulysse latin) et d’autres héros. Les légendes qui la montrent agissant selon des motifs indignes ou mauvais sont rares; mais, dans le conte de Pandore, elle prit part au complot dont le résultat est d’accroître la misère des hommes.

Une cité porte le nom de cette déesse, Athènes, que l’on dit avoir été nommée d’après Athéné, quand celle-ci produisit l’olivier : don meilleur pour l’homme cjue le cheval créé par Poséidon, qui désirait que la cité s’appelât Poséidonia.

Athéné est représentée comme une beauté aux yeux brillants ou Glaukopis, ayant sur son égide ou manteau la face de la Gorgone Méduse, qui changeait en pierre tous ceux qui y portaient les yeux. Sa figure sereine se trouve reproduite devant le temple célèbre qui lui fut dédié, le Parthénon, situé sur l’Acropole d’Athènes. Cette statue colossale fut faite d’or et d’ivoire par le grand sculpteur Phidias, ami de Périclès, qui vécut au cinquième siècle avant Jésus- Christ.

Minerve. — Athéné n’était point connue des Romains et des Latins sous ce nom, mais la déesse Minerve lui

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ressemble de si près, que toutes deux peuvent être regardées comme la même déité. Différence entre Athéné et Minerve : l’idée de la déité latine est bien plus élevée que celle de la grecque. Tandis que le nom d’Athéné comporte simplement une notion de splendeur extérieure, et non pas mentale, celui de Minerve, comme le latin mens, le grec menas, indique la « pensée » ou la « sagesse »; il se rattache, à vrai dire, aussi au latin rnane, le matin, et matuta, l’aurore. Antérieurement, dès les hymnes védiques, on parle de l’Aurore qui éveille chaque mort et le fait marcher, et reçoit les louanges de tout « penseur ». Comme telle, c’est strictement parlant la Moneta, nom que les Latins donnaient àjunon.

L’ARÈS GREC et le mars latin

Arès. — Arès, fils, selon certains contes, de Zeus et de Héré, est le dieu du bruit et du tumulte des combats, plutôt que de la guerre elle-même, à moins qu'on ne regarde la guerre simplement comme le désir de combattre, car il n’entre pas d’idée plus haute dans la notion générale d’Arès. Ce dieu change capricieusement de camp, et prend même plaisir à infester les hommes de maux et d’épidémies. La figure d’Arès ne nous apparaît pas d’une vraie hauteur dans la tradition grecque; non : Arès a fréquemment le dessous et, quand il est blessé, sa clameur est aussi vaste que celle de neuf ou dix mille guerriers. Sa stature physique est donc énorme, et il possède une grande dimension corporelle : abattu sur le champ de bataille, son corps couvre, dit-on, de nombreux arpents de terrain.

Étudions comme toujours le nom du dieu : il vient de la même racine que le mot latin Mars et que les Maruts de la mythologie indienne, et signifia » moudre » ou « écraser ». A quoi ce nom s’appliqua-t-il d’abord ? Aux orages qui mettent la confusion dans les cieux et la terre; et c’est de là que l’idée d’Arès se limite au simple désordre et au tumulte. Le nom d’Arès est principalement lié au nom d’une déesse, Aphrodite, de qui l’on dit qu’il obtint l’amour. Mais celle-ci semblant favoriser Adonis, jaloux, i! se changea, selon quelques versions, en un sanglier qui meurtrit le malheureux jeune homme. Un tribunal à Athènes portait le nom d'Arès : celui de l’Aréopage, parce qu'il était bâti sur la colline elle-même qui portait le nom de ce dieu. La légende veut en effet qu’Ârès, meurtrier de Halirrhothios, fils de Poséidon, ail été accusé par ce dernier devant les dieux olympiens. Le guerrier céleste se vit acquitté, et le tribunal reçut son nom. Mars. — Mars, lui, est le dieu latin de la guerre; mais

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bien qu’on l'identifie avec l’Arès grec et bien que le nom appartienne à la même racine, l’idée du Mars latin est de beaucoup la plus noble et la plus haute en dignité. Détails : les Osques et les Sabins l’appelaient Mamers, et la forme romaine de Mars est une contraction de Mavors ou Mavers. Elne légende a trait à ce dieu : on parle de lui comme du père de Romulus et de Rémus, fils jumeaux de la vestale Ilia; mais ne voyez là que deux noms qui sont des formes différentes du même mot. Les fables relatives à ces frères illustres s’accordent particulièrement avec celles qu’on raconte d’Œdipe, de Télèphe et d’autres héros. Quoi ! Romulus et Rémus n’auraient point existé réellement. Nous 11’avons aucune raison de penser qu’il y ait dans leur fait quoi que ce soit d’historique : c’est simplement l’ Éponyme de Rome; en d’autres termes, un être, double ici, inventé pour justifier le nom d’une cité, tout comme Pélasge, Lélcx, Sparte, Orchomène et une légion d’autres, le furent par les Grecs. Semblable à Héraclès et à d’autres héros, ce couple s'évanouit dans le tonnerre et les éclairs de l’orage, et pour cela, dit-on, il fut adoré sous le nom de Quirinus.

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