L’APHRODITE GRECQUE ET LA VÉNUS LATINE
(Grec : Aphrodite.)
phrodite*. — On dit qu’elle jaillit de la brillante
rv écume de la mer, et fut, en conséquence, appelée Aphrodite ( aphros , mousse) et Anadyomène (celle qui se lève). Toutefois une autre naissance, plus humaine, lui a été assignée : selon certains contes, elle était l’enfant d’Ouranos (les cieux) et de Héméra (le jour) ; mais dans Y Iliade on l’appelle la fille de Zeus et de Dioné. Qu’est-elle originairement ? Un nom de l’aurore, qui se lève de la mer, à l’Est; et comme l’aurore est le plus charmant spectacle de la nature, Aphrodite devint naturellement pour les Grecs la déesse de la beauté et de l’amour. Rien là qui ne s’accorde avec les légendes d’autres pays; car dans les plus vieux hymnes védiques des Hindous, le matin s’appelle Duhitâ Divah, la fille de Dyaus, exactement comme Aphrodite est la fille de Zeus. Un autre nom désigne aussi l’heure du matin dans ces hymnes : Arjunô, la « brillante » ou « l’étincelante », qui se retrouve dans la mythologie grecque sous
* Ce nom de déité grecque possède, par exception, cette traduction française : Aphrodite, avec un e muet.
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la forme d’Argynnis, ayant trait à une jeune femme aimée d’Agamemnon. Nouvelle histoire produite simplement parce qu’on avait oublié la signification réelle du nom de cette Argynnis, et qu’on s’était souvenu seulement de la notion de sa beauté. Argynnis fut donc, vis-à-vis d’Agamemnon, ce qu’était Hélène vis-à-vis de Ménélas. Revenons à Aphrodite. Les Horaï, ou les Heures latines, et, plus spécialement, les Charités, ou les Grâces latines, formaient sa suite charmante. Ces Charités on les retrouve dans d’autres légendes que les grecques : dans les hymnes védiques il est parlé d’elles comme des Harits, chevaux de l’Aurore. Harit, ce nom signifie l’éclat luisant que prend un corps oint tle graisse ou d’huile : d’où l’idée de splendeur. Très étrangement, il se trouva que les chevaux de l’Aurore devinrent, dans l’esprit des Grecs, les suivantes aimables d’Aphrodite. Quant à la déesse elle-même, voici quelques-uns de ses autres noms : Énolia et Pontia, signifiant l’un et l’autre qu’elle appartenait à la mer; puis Urania et Pandémos, ou la déesse de l’amour pur aussi bien que sensuel. Ainsi le charme du matin suggéra l'idée de tendresse et d’amour, qui passa par mille formes, selon l’âme des nations auxquelles arrivèrent ces traditions. Le culte d'Aphrodite était général; on le trouve partout ; mais ses temples les plus célèbres s’élevaient à Cythère et à Cypre, à Gnide, Paphos et Corinthe. Divinité grecque, elle se rattache au conte de Troie. A la fête donnée pour les noces de T'hétis et de Pélée, Eris (la dispute) jeta une pomme d’or, offerte à la plus charmante des déesses. Le prix fut réclamé par Héré, Athéné et Aphrodite; et Zeus décréta que le juge serait Paris, fils de Priam. Pâris donna la pomme à Aphrodite, qui lui suggéra la tentation d’enlever Hélène à Sparte; et cette insulte faite à Ménélas, le mari d’Hélène, causa la guerre de Troie. Cette scène, esquissée déjà dans l’histoire d’Athéné, s’appelle, dans la Mythologie, le Jugement de Pâris. Si nous continuons à étudier Aphrodite dans les poèmes homériques, nous l’y voyons femme d’Héphaistos; ceci ayant pour signification ancienne que l’aurore est l’épousée de la lumière. La déesse eut de nombreux adorateurs et des enfants nombreux, dont les noms, dans la plupart des cas, s’expliquent d’eux-mêmes. Comme se levant de la mer, elle se vit aimée de Poséidon, et d’Arès comme suscitant un tumulte passionné dans le cœur; et fut la mère de Déimos, Harmonia et Éros (la Peur, l’Harmonie et l’Amour). Bien des contes circulent à son sujet : on dit qu’elle agréa Anchise et donna le jour à Enée, l’ancêtre de Romulus; mais peut-être voit-on plus particulièrement en elle celle qui aima Adonis. Le nom de ce dernier personnage n’appartient pas à la mythologie grecque : c’est un mot
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syrien ou hébraïque, signifiant Seigneur, quoique !e dieu fût adoré en Syrie sous l’invocation de Tammuz*. Voici l’histoire d’ Adonis. Sa grande beauté charma Aphrodite, mais il ne paya pas cette passion de retour; et au printemps encore de son adolescence, l’éphèbe mourut déchiré par un sanglier sauvage**. Ce conte ressemble à un grand nombre d’autres, où le héros meurt jeune, est blessé par les défenses d’une bête, par la lance, par une épine, une flèche. Ainsi dans la fable perse, Isfendiyar périt d’une épine que Rustem lui enfonce dans l’œil; et dans la légende norse, Sigurd est percé par une lance, comme dans la légende grecque, Paris, par les flèches empoisonnées d’Hercule. Une signification bien connue de nous déjà se cache sous le conte d’Aphrodite et d’Adonis, n’est-ce pas ? Aphrodite pleurant Adonis, c’est le chagrin de Déméter, lors de la perte de Perséphone***.
La terre, dans le dernier cas, est en deuil du départ de l’été; dans le premier, l’aurore ou le crépuscule se désole de la mort du trop bref soleil. Toutefois des fables relatives à Aphrodite ne se dégage pas une idée qu’incarne pleinement la déesse ; on la représente en effet de façons multiples, quelquefois pure, parfois douce et aimante, d’autres fois forte et véhémente, tantôt indolente et distraite, et tantôt respirant la victoire. Aux temples de Sparte, elle apparaissait comme une déesse conquérante et revêtue d’une armure, juste comme les derniers poètes dirent Éros (l’Amour) invincible dans la bataille.
Vénus. — Vénus est la déesse latine de la beauté et de l’amour, sur le compte de laquelle on mit toutes les histoires relatives à l’Aphrodite grecque. Cette dernière passant pour mère d’Énée, ancêtre de Romulus, on supposa que Vénus était la protectrice spéciale de l’État de Rome.
Le nom dérive d’une racine qui signifie « faveur », trouvée dans le mot latin venia, grâce ou pardon, aussi bien que dans notre mot vénéré. La Vénus latine ne représente donc pas autre chose qu’une simple appellation; ses adorateurs peuvent l’invoquer tour à tour en tant que Vénus, Myrta, Cloacina, ou Purificatrix, Barbata, Militaris, Equestris, etc.****.
* Ezéchiel VIII, 14.
** Cf. Arès.
*** Cf. Déméter.
**** Gde Myth. liv. II, ch. 24.
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L’HÉPHAISTOS GREC OU LE VULGAIN LATIN
Héphaistos. — Ce dieu nous apparaît comme l’artisan qui forge des armes irrésistibles, mais est laid et boiteux. Pourquoi ? Parce que Héphaistos est strictement « l’éclat de la flamme »; et comme la flamme provient d’une petite étincelle, on représenta le dieu chétif et difforme à sa naissance, mais fort et puissant, une fois grand. La légende est belle. Fils de Zeus et de Héré, voilà l’enfant; et quelquefois de Héré seulement. Sa laideur déplut tant à sa mère, qu’elle pensa le rejeter de l’Olympe; et c’est plus tard, quand il prit le parti de la déesse dans une querelle, que Zeus le précipita du ciel. Il tomba, blessé et estropié, à Lcmnos, où les Sintiens le traitèrent avec bonté. Tout en forgeant, il resta le porte-coupe des dieux, et il faisait des cuirasses et des armes. Quand Hector eut dépouillé de l’armure d’Achille le corps de Patrocle, Héphaistos, à la prière de Thétis, fit un nouvel habit de guerre, brillant comme un soleil et ravissant le héros comme le ferait l’aile d’un oiseau. Cent œuvres d’art nous montrent, épouse du rude forgeron, Aphrodite ellemême; mais certaines légendes donnent ce titre à Charis, et d’autres à Aglaïa; trois leçons voulant dire une seule et même chose, à savoir que la flamme du feu est apparentée à l’éclat de la lumière du soleil.
Héphaistos se retrouve dans des traditions étrangères à celles des Grecs, mais point sous ce nom. Des latins et des Romains d’époque avancée, il était connu en tant que Vulcain. Dans les poèmes védiques il s’appelle Agni, le même mot qu’en latin Ignis, le feu. Les Latins semblent, dans cette légende et dans d’autres, avoir emprunté un grand nombre de notions grecques; mais les poètes hindous insistaient plutôt sur la force de la flamme nouvellement allumée que sur son aspect chétif. Au lieu de dire, comme nous, que le feu brûle et que le bois fume, je les entends chanter : « Hennissant d’ardeur à se nourrir, il s’avance hors de sa forte prison; puis le vent, après cette explosion, souffle, et le sentier d’Agni (le feu) est tout de suite obscur. » La même idée se rencontre dans la mythologie du nord de l'Europe.
Rappelez-vous l’histoire de Sigurd, qui est l’Achille ou le Persée des légendes norses; Régin, l’artisan de Hialprek, roi de Danemark, répond exactement à Héphaistos, et, pareil à lui, forge des armes auxquelles nul ennemi ne peut résister.
Vulcain. — Vulcain est donc le dieu latin du feu, qu’on identifiait avec l’Héphaistos grec. Aussi le dit-on l’époux de Vénus, nom apparenté au vieux mot sanscrit ulkâ, un « brandon de feu », un « météore ».