‹ OEuvres complètesChapitre 463 sur 655 · PROCRIS, MYTHE GREC ET LATIN · texte numérisé non relu

PROCRIS, MYTHE GREC ET LATIN

Procris est la fille d’Érechthée, roi fabuleux d’Athènes, et de Hersé. Cet Érechthée ou Érichtonios (car les deux noms n’en sont qu’un) est regardé comme le fils d’Héphaistos et de Gê, la terre ; il naquit ayant la forme d’un serpent, et Athéné l’éleva. Son enfant, Procris, être d’une beauté merveilleuse, gagna l’amour de Céphale, qui la trouva sur le mont Hymète; venant, lui, du rivage blanc d’Eubée. Mais Eos fut jalouse de voir Procris mariée à Céphale; elle tenta Céphale, et le fit douter de la foi de son épouse. Céphale, parti, revint sous un déguisement (comme Sigurd, dans le conte Volsung, revient vers Brunehilde), et gagna l’amour de Procris par ce changement de forme. Procris découvrant la ruse, s’en fut en Crète; elle y resta dans un profond chagrin, jusqu’à la visite d’Artémis, qui lui donna la lance ne manquant jamais son but et le chien qui toujours dépiste sa proie. Procris, avec cette arme et le limier, revint à Athènes, et sans cesse triompha dans les chasses. Son mari, que ce succès remplit d’envie, demanda

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la lance et le chien, mais elle refusa de les lui céder autrement qu’en retour de son amour. Céphale lui donna cet amour, et découvrit immédiatement qu’il avait devant lui sa première femme, Procris. Craignant encore la jalousie d’Éos, Procris dans la chasse se tenait près de Céphale, mais la lance de celui-ci la transperça, cachée par un fourré. Le prince, navré de cette mort, quitta Athènes et aida Amphitryon à débarrasser ses terres de bêtes nuisibles : puis, voyageant à l’Ouest, il tomba dans la mer.

Origine de cette histoire. Elle est issue de trois simples phrases, dont l’une disait « le soleil aime la rosée », tandis que la seconde dit « le matin aime le soleil »; la troisième ajoutait que « le soleil est la mort de la rosée ». Un détail nous le prouve : on appelle Procris l’enfant d’Hersé, mot qui, même en grec, signifie « rosée »; et le nom de Procris lui-même vient cl’un mot grec signifiant « scintiller ». Éos, encore, est la déesse de l’Est ou du matin; et Céphale, un mot qui veut dire la « tête » du soleil.

Poursuivons et traduisons. Comme le soleil regarde de grand matin la rosée, Céphale de même gagne l’amour de Procris en sa première jeunesse : cependant l’amour de l’aurore pour le soleil se change en la jalousie qu’Éos ressent de Procris. Mais chaque goutte de rosée réfléchit le soleil; on disait pour cela de Procris qu’elle accorda son amour à Céphale, restant à travers son changement toujours le même. Elle meurt de la lance d’Artémis qui représente les rayons du soleil quand il gagne de la force et sèche la rosée. Céphale donne cette mort involontairement, tandis que la jeune femme s’attarde dans un fourré (lieu où la rosée persiste longtemps), juste comme Phoïbos ou Phœbus perd Daphné, et comme Orphée est séparé d’Eurydice. Toujours, ayant tué son épousée, Céphale doit voyager à l’occident, comme Héraclès, Persée et d’autres héros. Comme eux il peine pour les autres; et, comme eux, meurt, au loin, dans l’Ouest, après sa tâche accomplie.

ORPHÉE, MYTHE GREC ET LATIN (Grec : Orpheus.)

Orphée passe pour fils du fleuve Éagre et de la muse Calliope. Son histoire est des plus belles. Ce mythe brillant gagna l’amour de la belle Eurydice, qui mourut bientôt après de la morsure d’un serpent. Orphée, malheureux de cette perte, n’eut plus le cœur d’éveiller sur sa lyre d’or la musique qui faisait que bêtes, arbres et hommes le

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suivaient avec délices. Il se détermina donc à chercher Eurydice dans la terre des morts; et, ayant adouci le chien d’Hadès, Cerbère, par son chant, il fut conduit devant Polydegmon et Perséphone, qui lui permirent d’emmener sa femme : à condition qu’il n’en regarderait pas le visage aimé avant qu’elle eût atteint la terre. Orphée, oubliant sa promesse, se retourna trop tôt ; et Eurydice lui fut ravie presque avant qu'il pût la voir. La douleur d’Orphée imposa de nouveau silence à sa musique, cela jusqu’aux temps où il mourut sur les bords de l’Hèbre. Son nom est le même, Orpheus, que l’indien Ribhu, appellation qui paraît avoir été, à une époque très primitive, donnée au soleil. On l’applique, dans les Védas, à de nombreuses déités.

Le sens primitif semble avoir marqué l’énergie et le pouvoir créateurs. Orphée représente, dans l’opinion de quelques-uns, les vents qui arrachent les arbres dans leur course prolongée, en chantant une sauvage musique. Aussi faut-il voir comme le mélange de deux notions qui viennent aboutir à la légende d’Orphée : l’idée du matin, avec sa beauté de courte durée, s’y fond comme dans l’histoire d’Hermès, avec l’idée de la brise qui accompagne ordinairement l’aurore. Le nom d’Eurydice vient du mot qui a donné leur forme aux noms comme Europe, Eurytos, Euryphassa, et beaucoup d’autres : tous dénotant le vaste jaillissement de l’aurore dans le ciel. Alors qu’est-ce que le serpent qui mord Eurydice ? Le serpent des ténèbres, qui tue le beau crépuscule du soir. Le pèlerinage d’Orphée enfin représente le voyage que, pendant les heures de la nuit, le Soleil passait pour accomplir afin de ramener, au matin, l’Aurore, dont il cause la disparition par sa splendeur éblouissante. Réminiscences : voir dans ce départ final d’Eurydice une autre forme de la mort de Daphné et de celle de Procris.

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