‹ OEuvres complètesChapitre 464 sur 655 · EUROPE, MYTHE GREC ET LATIN · texte numérisé non relu

EUROPE, MYTHE GREC ET LATIN

(Grec : Europe.)

Europe, selon l’histoire connue, est la fille d’Agénor et de Téléphassa, et la sœur de Cadmos (le Cadmus latin) et de Phœnix. Née en Phénicie, elle fut, dans sa première jeunesse, conduite à Delphes, par Zeus, qui avait pris la forme d’un taureau blanc.

Terminons cette histoire. Agénor ordonna à ses fils de partir à la recherche de leur sœur, et Téléphassa, allant avec eux, voyagea à l’Ouest, jusqu’en Thessalie. Arrivée là, Téléphassa tomba de faiblesse et mourut; et Cadmos,

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continuant, rencontra Phoïbos ou Phœbus. Le dieu lui dit qu’il aurait des nouvelles de sa sœur à Delphes : et qu’après l’avoir trouvée, il suivrait une vache, qui le mènerait en un lieu où il devait bâtir une ville. Il quitta Delphes, ayant trouvé sa sœur; et comme ils passaient, une vache se leva et alla devant eux, ne se couchant, pour se reposer, que lorsqu’ils atteignirent l’endroit où Cadmos bâtit la ville de Thèbes. Cadmos passa le reste de sa vie, voici à quoi : il tua d’abord un dragon près du puits d’Arès; et, après une année d’autres labeurs, reçut de Zeus pour femme Harmonia. Cadmos et Harmonia donnèrent le jour à Ino, à Sémélé et à Agavé; et, finalement, se virent amenés par Zeus dans l’Élysée, le paradis des bons. Ainsi ce nom d’Europe, comme Euryphassa, Eurynome, et beaucoup d’autres, exprime le vaste jaillissement de l’aurore, laquelle est ravie de l’Est à l’Ouest par Zeus (Dyaus, le ciel), représenté dans les très vieux poèmes sous la forme d’un taureau. Et les autres noms s’expliquent bien d’eux-mêmes : la Phénicie, où est née Europe, est la terre de pourpre du matin, comme Délos, la Lyçie et Ortygie, tous pays où Phœbus et Artémis voient le jour. Phœnix, frère de l’héroïne est le maître du grand héros Achille, amant de Briséis; et Téléphassa (celle qui brille de loin), est, comme Télèphe et Télémaque, un nom de la lumière de l’aurore, qui, éclatant à travers le ciel, meurt dans l’Ouest. On a identifié ce nom de Cadmos avec le mot syrien Kédem , l’Est; et c’est de la sorte un nom du dieu Soleil. Comme Phœbus, Thésée et Œdipe, il extermine les monstres; et, comme eux, reçoit ensuite en récompense une belle épouse.

Que d’explications éclatent à la fois, pour qui approche des ombres de la légende la clarté étymologique! Toutefois, moins clairvoyante que nous, l’antiquité finit par considérer ce conte comme fournissant une preuve évidente que la Béotie a été colonisée par la Phénicie syrienne; mais une telle preuve d’un tel fait est à peine suffisante, et ne peut, dans aucun cas, dériver de la fable.

MÉLÉAGRE, DIEU GREC ET LATIN (Grec : Méléagros.)

Méléagre est le fils d’Œnée, chef de Calydon,et d’Althée.

Petit, comme il dormait dans son berceau, les Moires se présentèrent soudain à sa mère; et. désignant une bûche de bois brûlant dans le foyer, lui dirent qu’aussitôt le brandon consumé, Méléagre mourrait. Le jeune être grandit,

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fort, brave et beau, comme Œdipe, Persée, Bellérophon, et les autres grands héros. Ainsi qu’eux il accomplit de grands exploits, et fut notamment de l’expédition des Argonautes, entreprise dans le but de recouvrer la toison d’or possédée par la Colchide; et aussi de la grande chasse de Calydon, tendant à détruire un sanglier monstrueux. Artémis avait envoyé ce fléau pour punir Œnée, lequel avait négligé de donner à la déesse une part dans un sacrifice. A cette chasse du sanglier assistaient encore nombre des héros qui participèrent à l’expédition des Argonautes : le principal fut Atalante, fille de Schœnéos, chef d’Arcadie. Cette belle vierge perça la première le sanglier, qui fut ensuite tué par Méléagre. Le partage de la dépouille venu, Méléagre désirait la tête; et les Curètes de Pleuron, qui avaient aidé les Calydoniens dans leur chasse, 11e furent point contents, eux, de 11’avoir que la peau! Une querelle surgit, où Méléagre tua le chef des Curètes, qui était le frère d’Althée. Guerre alors entre les gens de Pleuron et ceux de Calydon : à laquelle, au bout de peu de temps, Méléagre refuse de prendre part, parce qu’Althée, dans le chagrin de la perte de son frère, lui donne sa malédiction. Conséquence de l’inaction de Méléagre : ceux de Calydon perdirent du terrain et furent constamment défaits, jusqu’à ce que la femme de Méléagre, Cléopâtre, le décidât à se produire. Aussitôt qu’il apparut, les ennemis se mirent en déroute : mais les hommes de Calydon ne voulurent pas lui donner de prix; et Méléagre se retira de nouveau dans ses appartements secrets. Althée, que l’humeur taciturne de son fils rendait plus courroucée encore, alla chercher le brandon et le jeta dans le feu. Comme le bois se consumait, la force de Méléagre déclina ; et la dernière étincelle éclatant, il mourut. La mort d’Althée et de Cléopâtre suivit de près celle de ce grand héros.

La vie de Méléagre, c’est la vie du soleil, ou l’existence unie à cette torche du jour; quand la torche se consume, il meurt. Cette histoire, elle aussi, ressemble à d’autres. Méléagre est identique à Persée, à Phoïbos, à Céphale, etc., en beauté et en force, dans ses actes bienveillants et dans la brièveté de sa vie; ainsi que par ses accès d’action et d’inaction, il ressemble tout à fait à Achille et à Pâris. Qu’est-ce que cette inaction? Le temps que le soleil passe derrière le voile des nuages, d’où il surgit soit pour gagner la victoire, comme Achille et Odyssée (l’Ulysse latin), soit pour mourir comme Méléagre et Héraclès. Alors qu’est-ce qu’Atalante ? Un être que l’on peut comparer à Daphné et à Artémis, mythes dont elle porte la lance infaillible : elle vient censé d’Arcadie, parce que, comme Délos, Lycie, Phénicie, et d’autres termes, le nom de cette terre est un mot qui, originairement, désigna éclat et splendeur. Althée,

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maintenant, pourquoi devait-elle, après avoir retiré le brandon du feu, l’y rejeter ? Les vieilles légendes disant que, de même que le soleil est l’enfant de la nuit (c’est-à-dire de Léto, la Latone latine, ou de Léda, ou d’Althée) c’est aussi des ténèbres qu’il reçoit la mort, quand il a achevé son cours.

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