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IL — PHOTOGRAPHIES

Nous n'avons pas prétendu faire le recensement complet

des photographies du poète. Nous signalons seulement ici quelques-unes de celles qui sont entre nos mains.

1861. Le poète y figure de trois-quarts, la main droite à la joue : une légère moustache y paraît sur son visage.

1862. Thévenot, photographe, 21, rue Drouot.

Cette photographie est décrite au début de l’article d’Henri de Régnier sur les Portraits de Mallarmé (dans le volume Nos rencontres, p. 183. Mercure de France, 1931).

« Il y est représenté à mi-corps, assis et les mains croisées, dans une pose très simple. Le vêtement s’ouvre sur un gilet

ICONOGRAPHIE

de même étoffe. Au col de la chemise se noue une cravate sans prétention. Le cou est maigre, mais le visage est d’un ovale assez plein. La bouche, aux lèvres assez fortes, est ombragée d’une légère moustache. Le nez est fin. Les yeux sont doux et tristes, et une expression de lassitude est répandue sur tout le visage, encadré d’une chevelure abondante, qui laisse découvert le noble front et cache une partie de l’oreille sous sa volute. C’est une charmante figure d’homme jeune et mélancolique, patient et rêveur. Elle émeut, attire et retient. »

1863. Constantin, de Paris.

C’est ce portrait qui figure sur la couverture du premier volume de la Vie de Mallarmé de M. Henri Mondor. (Gallimard, Paris, 1941.)

1877. Étienne Carjat, 10, rue Notre-Dame-de-Lorette.

Une de face; une de trois-quarts. Mallarmé y porte un col très évasé, et sa moustache tombante est très fournie comme dans le portrait que Manet fit du poète, à la même époque.

( ?) Photographie faite par Degas, où l’on voit Mallarmé et Renoir (cf. description par M. Paul Valéry).

1896. Dornac. Nos contemporains che % eux.

Une assise; une debout.

1896. Nadar.

Photographie de face; avec un plaid sur les épaules. Sur l’épreuve dédiée à Méry Laurent, on lit ces mots du poète : « M. Mallarmé s’entoure de l’affection et du châle de Méry. »

Une importante collection de photographies de Mallarmé et des siens est pieusement conservée, à Valvins, par Mme E. Bonniot.

Février 1944. Le Point. Lanzac par Souillac (Lot).

Mallarmé Stéphane. Documents iconographiques avec une préface et des notes par Henri Mondor. (Vesenaz, Genève, Cailler, 1947.)

NOTES ET VARIANTES

INTRODUCTION

Nous ne possédons assurément pas tout ce que Stéphane Mallarmé écrivit, en vers ou en prose, pendant les dernières années de son enfance et les premières de sa jeunesse. Au cours de la quarantaine, et faisant à Paul Verlaine confidence de ses débuts, il disait : « J’ai traversé bien des pensions et lycées, d’âme lamartinienne avec un secret désir de remplacer, un jour, Béranger, parce que je l’avais rencontré dans une maison amie. Il paraît que c’était trop compliqué pour être mis à exécution, mais j’ai longtemps essayé dans cent petits cahiers de vers qui m’ont toujours été confisqués, si j’ai bonne mémoire. »

De cette production enfantine, nous n’avons que de très rares témoignages, œuvres plutôt scolaires, que nous donnons ici à titre de documents et pour marquer, en quelque sorte, le point de départ banal de cette œuvre exceptionnelle. Nous n’y avons, toutefois, pas fait figurer divers travaux d’un caractère par trop enfantin : l'Ange gardien , daté du 20 septembre 1854 (Mallarmé avait alors douze ans) et naguère reproduit dans le Manuscrit Autographe (mai-juin 1926); Pépita et Mélancolie (1859). On les lira plus loin, à titre documentaire.

A la dix-neuvième année commence, non la délivrance du poète, mais ses tentatives d’évasion : et ses essais méritent l’attention, même quand ils témoignent d’un extrême baudelairisme. Nous ne les possédons pas tous non plus. Nous savons, avec certitude, que deux pièces nous manquent, auxquelles, en 1862, — mais elles devaient dater d’une année auparavant — fait allusion une lettre que lui adressait, le 9 avril, son ami Eugène Lefébure :

« Il y a une éternité que je n’ai lu de vos vers et encore je n’en ai pas tant lu. Je ne connais que le Rondeau des Six Philis et la charmante petite pièce de l'Enfant à la Rose :

Des pas sur les pierres sonnèrent :

Un pauvre passait dans ce lieu ,

Or les blancs lilas s'inclinèrent Et les oiseaux des bois chantèrent,

Ee pauvre étant l'ami de Dieu.

Strophe qui ne fait pas regretter la perte d’une pièce qui devait remonter à une époque pré-baudelairienne de l’évolution du jeune poète.

Une lettre d’Emmanuel des Essarts à Mallarmé, du 7 avril 1864

NOTES ET VARIANTES

fait allusion à des vers de celui-ci « à une Dame d’honneur de la reine Victoria » : cette pièce n’a pas été encore retrouvée. Il semble qu’une autre pièce, du genre de U. ne négresse..., ait été composée par Mallarmé, vers 1865; et un sonnet en vers octosyllabiques, adressé à Nina de Villard en 1868 ne nous est pas non plus parvenu; quelques trouvailles sont donc peut-être encore possibles parmi les poëmes de jeunesse de Mallarmé,.

En revanche, nous avons pu retrouver dans les papiers du poète quelques pièces demeurées inédites et auxquelles ce qui nous est connu de sa correspondance ne contenait pas d’allusion. On les trouvera réunies, sous le titre de Poëmes d’enfance et de Jeunesse, à celles qui avaient été publiées dans diverses revues au cours des vingt dernières années.

Pour les Œuvres en prose, nous avons vainement recherché diverses études de critique littéraire, écrites par Mallarmé, entre 1862 et 1866, auxquelles se rapportent des passages de sa correspondance ou de celle que lui adressèrent des amis.

L’une avait trait à Leconte de Lisle : « N’oublie pas de copier ton Leconte de Lisle pour Amat », lui disait Emmanuel des Essarts, dans une lettre de la fin de 1863 : et le 7 avril 1864, le même ami lui écrit : « Amat n’avait pas lu ton Leconte de Lisle. »

L’autre avait pris pour sujet Albert Glatigny avec lequel Mallarmé se lia de très bonne heure. L’article dut être fait assez rapidement, car des Essarts le lui demande le 23 mars 1865 et le 2 avril, il lui dit : « Ton article sur Glatigny est excellent. Il est de toute justice. Je le placerai à Pâques, tu peux y compter. »

Ni l’un ni l’autre ne semblent avoir paru dans des revues, pour des raisons que nous n’avons encore pu découvrir.

Un troisième était un éloge d’Armand Renaud, écrit à l’intention de la revue l’Artiste et au sujet du recueil « Caprices de Boudoir ».

Le 12 février 1864, Armand Renaud écrivait à Mallarmé :

« Votre article sur mes Caprices est d’une analyse profonde. Vos éloges m’ont fortifié : vos critiques m’ont fait voir clair dans plus d’un passage dont je cherchais vainement le péché. Je vous remercie de m’avoir cru digne d’un tel article. Je l’ai envoyé à Houssaye, par la poste. Vous comprenez qu’il fallait qu’il fût censé venir de vous. J’aurais l’air étrange de porter moi-même un article sur moi. »

Il ne parut dans l’ Artiste qu’un article de vingt-cinq lignes sur les Caprices d’Armand Renaud : mais cet article signé Léon Chardin n’avait rien à voir avec celui de Mallarmé qui, croyons-nous, n’y fut pas publié.

NOTES ET VARIANTES 1383

De ces trois articles aucune copie, aucun brouillon ni fragment n’a été jusqu’à présent découvert.

En revanche on trouvera ici, soit parmi les « Proses de Jeunesse », soit parmi les « Proses diverses » maint article ignoré depuis près d’un siècle, perdu dans des publications provinciales ou parisiennes, et qui ne sont pas sans fournir des éléments à l’étude du poète et à celle de la formation de son style.

Au-dessous du titre de chacune des pièces, vers ou prose, on trouvera l’indication du lieu et de la date de sa composition, chaque fois qu’un document : manuscrit, lettre, publication, nous a permis de les connaître avec précision.

Encore que nous considérions comme presque sacrilèges les commentaires dits littéraux des poèmes de Mallarmé et leur mise en prose descriptive ou didactique, nous donnerons, sans céder au jeu facile de les opposer, quelques exemples des interprétations connues.

Voici les trois pièces dont il a été question plus haut :

L’ANGE GARDIEN ( narration )

Dans l’antiquité, chaque famille, chaque homme avait son dieu protecteur, il y en avait, aussi, qui gardaient les bornes des champs, d’autres les fontaines, les neuf muses présidaient aux beaux-arts, mais toutes ces idées du paganisme étaient empruntées à celles de la Chrétienté. Les dieux pénates, étaient leurs anges gardiens auxquels ils donnaient ce nom. Car ici-bas, chacun a son bon ange, depuis le berceau jusqu’ à la tombe. C’est l’ange qui étend son aile protectrice sur le berceau de l'enfant et le protège contre mille et mille petits dangers. Oui est-ce donc aussi lorsque le jeune enfant commence à marcher dans la verte prairie, qui donc détourne la vipère de la fleur qu'il cueille ? si ce n’est son bon ange ! Qui est-ce donc aussi lorsque l’enfant commence à étudier les premiers éléments des sciences, qui donc lui donne du courage quand il est abat tué... Si ce n'est son bon ange ! Et quand l’écolier est devenu homme et qu'il médite un brillant avenir, oh ! pourquoi bon ange cachez-vous votre tête sous votre blanche aile, et pourquoi pleurez-vous ainsi ?... Ah ! je le comprends, c’est que vous avez aperçu que l’avenir du jeune homme ne sera pas comme il le pense et qu’il doit vous coûter bien des chagrins. Et lorsqu’il est lancé au milieu du monde, seul vous veillez autour de lui, seul vous ne le quittez jamais, vous remplacez une mm a peut-être perdue. Puis quand ses cheveux commencent à blanchir, que sa vie est prête à se terminer, oh ! bon ange, vous dissipez toutes les sombres pensées de la mort qui l’environne, et vous soulagez sa vieillesse. Et au moment suprême, je vous vois au chevet du lit pleurant et priant... Oh ! Qu’avez-vous donc? quel sombre nuage obscurcit votre front ? Ah ! c'est que vous apercevez le démon qui cherche aussi, lui, à avoir l’âme de l’agonisant...

MALLARMÉ

NOTES ET VARIANTES

Mais il est mort, vos prières ont été exaucées ! Oh ! maintenant vous ne pleure^ plus, vous avez repris votre visage radieux et vous le menez à la demeure éternelle !

Bienheureux celui-là, car depuis son berceau jusqu'à sa tombe il a suivi les conseils de son bon ange.

Un Ange de plus au Paradis.

Quant aux deux poëmes qui suivent, ils ont été adressés, de Sens, par S. Mallarmé, collégien, à son camarade A. Espinas, lycéen à Paris.

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