MÉLANCOLIE
Puisqu’ Espinas, â Ealstaff, pense Qu’ils sont un peu trop folichons Les grelots dont sonne ta panse,
- \roi!ant nos ris de capuchons Pleurnichons ! Pleurnichons !
Puisqu'une fleur en la rosée Lui semble de pleurs arrosée,
Non de perles, — geais, qui niche z.
Rieurs, sous la feuille rosée Pleurniche z ! Pleurniche z !
Puisqu’il s’affole de Racine*
Qui fait pleurer jusqu’aux bichons,
— Qu’en gémissant on déracine.
Pour le ceindre, dix cornichons !
Pleurnichons ! Pleurnichons !
Puisqu’il trouve Horace un peu terne.
Lui, dont les pleurs sont du falerne.
Qu'il ne rit chez Scarron, ni chez Rabelais, merle de taverne, - Pleurnichez, ■ Pleurnichez ■
Puisqu'en l’art et la poésie.
Il voit deux mouchoirs — deux torchons ! - Où chacun pleure l’Aspasie De ses « rêves d’or » godichons Pleurnichons ! Pleurnichons !
Non... moi, je te laisse, Héraclite,
Mouiller ton luth hétéroclite.
Aux nuits dédier tes sanglots.
Ma muse n’est point carmélite Et noierait son rire en tes flots !
* Les Plaideurs, Voyez couler nos larmes.
Aux pleureurs pour tenir ta cour D’un vieux corbillard fais ta niche !
Sois fidèle à feu ton amour Comme à l'invalide un caniche Et pleurniche ! et pleurniche !
Des psaumes de la pénitence Avec les tiens fais ta pitance !
Que, pour vos larmes, de l’enfer Le ciel vous donne la quittance,
— Nous, avec Pluck croisons le fer !
Cet été, prends « /’ Arrosement —
Public »* si tu veux être riche !
Sur le macadam lentement Promène-toi comme un derviche Traînant ton triste régiment
Qui pleurniche, pleurniche !
Mallarmé Sans rancune !
POÉSIES
P. 3. CANTATE POUR LA PREMIÈRE COMMUNION (Sens, juillet 1858.)
Cette « pièce de circonstance », composée par Stéphane Mallarmé à seize ans, et dans laquelle il se montre l’imitateur non pas tant de Lamartine que de Louis Racine, a été reproduite en fac-similé dans le Manuscrit-Autographe de mai-juin 1926 (n° 3, pp. 11-13).
En dépit du caractère très juvénile de cet ouvrage, on est frappé de voir que le graphisme en est déjà presque identique à celui que le poète adoptera définitivement.
Mallarmé n’avait pas seulement pris soin de conserver ce premier témoignage de son enfance poétique, mais encore, — comme le montre le manuscrit — d’y ajouter, beaucoup plus tard, cette précision « Vers pour la Première Communion du Lycée de Sens. »