‹ OEuvres complètesChapitre 506 sur 655 · III. Une dentelle s’abolit · texte numérisé non relu

III. Une dentelle s’abolit

Quelle soie aux baumes de temps...

M’introduire dans ton histoire...

Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos.

Cette édition ne présentait comme absolument inédits (n’ayant pas paru en revues) que le Pitre châtié et Ses purs ongles très haut...

D’après des lettres adressées à M. Édouard Dujardin, on sait quand commença le travail de recopie en vue de cette édition.

NOTES ET VARIANTES

Le 27 avril 1887, Mallarmé écrit : « J’ai commencé à copier hier : puis mécontent de bien des fautes dans le Gui gnon, me suis interrompu un instant, pour retoucher cette pièce dans le goût d’autrefois »; et le lendemain : « je m’occupe donc en ce moment même du Guignon qui sera pas mal retapé, je crois, et digne d’ouvrir votre publication. » En août : « Vous recevrez tout mercredi matin sans faute... Je recopie Hérodiade cet après-midi et n’ai plus qu’à relire le tout demain matin, c’est-à-dire à retoucher quelques lettres mal venues. »

II. La même année 1887, Mallarmé autorisa Y Album de Vers et de Prose, petit cahier publié à Bruxelles au prix de 1 5 centimes, à reproduire : les Fenêtres, les Fleurs, Brise Marine, Soupir, Sainte et quatre sonnets (Le vierge, le vivace... ; Victorieusement... ; Mes bouquins refermés... ; Quand l'ombre menaça...), dans cet ordre.

III. En 1893, dans le recueil intitulé Vers et Prose publié à Paris chez Perrin et Cie, et que, dans sa Bibliographie de 1898, il appelle « la réimpression académique », l’auteur faisait paraître, en une édition courante, vingt et une pièces de l’édition luxueuse, c’està-dire sept des neuf poèmes de Y Album de Vers et de Prose ( Sainte et Quand l'ombre menaça... en étant exceptés) auxquels s’ajoutaient :

Apparition ; l’Azur ; Don du Poème ; le Pitre châtié ; Tristesse d'Été ; Ses purs ongles...; M’introduire dans ton histoire... ; Quelle soie... ; Tout orgueil... ; Surgi de la croupe et du bond... ; Une dentelle s'abolit...

Prose pour des Esseintes ; Hérodiade (fragment); /’ Après-Midi d’un Faune.

IV. Douze poèmes restaient encore confinés dans l’édition, déjà devenue introuvable, de la Revue Indépendante, lorsqu’en 1891, devant publier chez l’éditeur Edmond Deman de Bruxelles le recueil de ses proses : Pages, Mallarmé se laissa convaincre de réunir à nouveau toutes ses poésies et d’en confier la publication au même éditeur bruxellois. Elle n’eut lieu que huit ans plus tard, et seulement six mois après la mort du poète. Toutefois son authenticité ne fait pas de doute, au vu de la correspondance échangée entre l’auteur et l’éditeur, correspondance que nous avons pu, grâce à l’aimable obligeance de feu M. Henri Leclercq, de Bruxelles, examiner pour ce qui est des lettres de Stéphane Mallarmé à Edmond Deman, et d’autre part d’après l’examen du texte préparé par le poète en vue de l’édition.

Voici les particularités des manuscrits de ces deux derniers recueils.

VERS ET PROSE (Perrin et Cie, Paris, 1893.)

Nous avons retrouvé en un dossier qui présente quelques lacunes le texte constitué par l’auteur en vue de ce volume.

NOTES ET VARIANTES

Une page de titre (d’une main étrangère) porte : Stéphane Mallarmé | Vers et Prose | Morceaux choisis \ avec un portrait gravé au burin par Marcellin Desboutin. \ Paris, lib... Perrin | 1893 | Tons droits réservés.

P. 2. Du même auteur, etc..., autographe. Les seules différences avec le texte imprimé portent sur le prix de P Après-Midi d'un Panne et du Corbeau indiqué à 40 francs. Toutes les pages sont numérotées de la main de l’auteur, soit en haut, au crayon rouge, soit en bas à la plume.

Manquent pp. 3 et 4.

Pp. 5 et 6 : Avant-dire autographe. Le dernier paragraphe se lit ainsi : « Un portrait inédit dû à P excellent graveur Marcellin Desboutin sert ici de frontispice. »

Manquent pp. 7 à 17 incluse qui contenaient : Apparition, les Fenêtres, Soupir, les Fleurs, Brise Marine et les trois premières strophes de l'Azur.

Le texte du reste de l'Azur (pp. 18-19) est formé de coupures du Parnasse Contemporain ; celui de Don du Poème (p. 20), d’une coupure de la revue Lutèce.

Pp. 21-22 : titre : Sonnets autographe.

Pp. 23-24. Le Pitre châtié : titre autographe; le texte, épreuve de l’édition lithographiée de 1887.

Pp. 25-26. Tristesse d’Été : titre autographe; texte, coupure du Parnasse Contemporain.

Pp. 27-28. Le vierge, le vivace... : coupure de la Revue Indépendante.

Pp. 29-30. Victorieusement... : coupure de l'Album de Vers et de Prose.

Pp. 31-32. Ses purs ongles... : coupure de l’édition de 1887.

Pp. 33-34. Mes bouquins refermés... : épreuve de ta Revue Indépendante.

Pp. 35-36. M'introduire... : coupure de la Vogue.

Pp. 37-38. Quelle soie... : coupure de la Revue Indépendante.

Pp. 39-44. Tout orgueil... ; Surgi de la croupe... ; Une dentelle s’abolit : coupures de la Revue Indépendante. Au haut de chaque seconde page, le début de la pièce, autographe, en titre-courant.

Pp. 46-48. Prose (titre autographe : les mots [pour des Esseintes) ont été écrits, puis barrés) ; le texte, en coupures de la Revue Indépendante ; la 5e et la 6e strophes autographes; le dernier vers de cette strophe, fautivement noté par l’auteur occupe au lieu de « j’occupe ».

P. 49. Titre : Hérodiade, fragment : autographe.

P. 50. Indication autographe au crayon rouge : « en italiques moindres que le texte, placé en épigraphe ».

Pp. 51-54. Texte constitué par des coupures du Parnasse Contemporain avec corrections autographes et indications typographiques au crayon rouge. Depuis : « Vous mentez... » jusqu’à la fin, texte manuscrit.

Pp. 55-56. Titre autographe : P Après-Midi | d’un \ Faune \

NOTES ET VARIANTES

Églogue | ; indications typographiques, autographes, au crayon rouge.

Pp. 57-64. Texte de l’ Après-Midi d’un Faune , formé de coupures de l’édition de 1887 au crayon rouge, autographes, les indications typographiques, de blancs, qui ont été suivies strictement dans l’édition de Vers et Prose. En haut des pages, de la main de l’auteur, titre-courant : l’ Après-Midi \ d’un Faune.

Pp. 65-67. II. Prose (autographe).

P. 67. Poèmes de Poe (autographe).

P. 68. Le Tombeau d’Edgar Poe. Titre autographe; texte, coupure de Lutèce.

Pp. 69-76. Le Corbeau : texte constitué de coupures de l’Indépendance Roumaine. En haut de chaque page : « Le Corbeau » de la main de l’auteur : indications typographiques autographes au crayon rouge.

Pp. 77-87. Ulalume et la Dormeuse entièrement manuscrits ainsi que les titres-courants au haut de chaque page. Il est à remarquer que l’absence, dans le texte imprimé de Vers et Prose, à la première strophe de la Dormeuse, de : « la ruine se tasse dans le repos : comparable au Léthé... » est due à l’auteur qui l’oublia dans sa copie.

Pp. 86-87 manquent. Ce doit être une erreur de numérotage : aucun texte n’est omis à cet endroit.

Pp. 89-91. Le Phénomène futur : titre autographe. Texte fait avec des coupures du Chat Noir et de la Vogue.

Pp. 92-94. Plainte d’ autoftine : titre et titres-courants autographes; texte fait de coupures de la Vogue.

Pp. 95-98. Frisson d’hiver : sept premières lignes autographes, ainsi que le titre et les titres-courants; texte fait de coupures de Pages.

Pp. 99-101. La Pipe : titre et titres-courants, autographes. Texte découpé dans la Décadence.

Pp. 102-105. La Pénultième : titre, titres-courants, et depuis : « dans la rue des antiquaires... » jusqu’à la fin, autographes. Une correction, non maintenue, fin du premier paragraphe : « Je sentis que j’avais, réfléchi par un vitrage... » Texte fait avec une coupure de la Revue du Monde Nouveau.

Pp. 106-109. La Gloire : titre, titres-courants et depuis « l’authenticité? » jusqu’à la fin, autographes; texte fait avec des coupures de l’ Album de Vers et de Prose.

Pp. 110-116. Le Nénuphar blanc : titre et titres-courants autographes. Texte composé de coupures de l’Album de L'ers et de Prose et d’épreuves de Pages.

Pp. 11 7- 120. L’Ecclésiastique, presque entièrement manuscrit.

P. 120 bis. Morceau pour résumer Vathek : deux pages du recueil Pages.

Pp. 121- 135. Divagation | Première : titre et titres-courants autographes; texte manuscrit pour une moitié, l’autre étant composée de coupures de la Revue Indépendante et d’un texte reproduit

NOTES ET VARIANTES

en fac-similé. Sous-titre : « Relativement au vers », d’une main étrangère.

Pp. 156-150. Divagation \ Deuxième : titre et titres-courants autographes. Sous-titre « Cérémonials » d’une main étrangère. Tout le début du texte manuscrit jusqu’à «... à la façon d'un Signe, qu’elle est ». Ensuite coupures du National Observer. Le manuscrit reprend à « Si l’esprit français... » jusqu’à la fin.

Quatre feuillets portent la Table, de la main de l’auteur. On remarquera que ce volume ainsi préparé ne devait pas comprendre alors l’extrait de la conférence sur Villiers de PIsIe-Adam qui y figura ensuite.

On sait que le portrait qui devait d’abord être une gravure de Marcellin Desboutin fut une lithographie de Whistler.

Par une inadvertance singulière, on trouve, dans le volume Vers et Prose (Perrin, 1891), après la Table, une Note dont les numéros renvoient non aux pages imprimées, mais à celles de ce recueil manuscrit constitué par l’auteur : ce qui, pour le lecteur, n’est pas sans la rendre incompréhensible.

Ce volume renferme un assez grand nombre de coquilles :

« S’enivrant » pour « s’enivrait » ( Apparition ).

« Que dore la main chaste de l’Infini ( les Fenêtres ) au lieu de « le matin... »

« ... Je la sens qui regarde... » au lieu de « ... je le sens... » (l'Azur).

S’il a du talent nu touché (M’introduire...) au lieu de « talon ».

Et dans la « Prose pour des Esseintes », cette erreur qui divertit Mallarmé :

Occupe mon exotique soin, pour « j’occupe mon antique soin ».

Edgard Poe pour Edgar Poe. Et dans le sonnet, « dans cette voie étrange ».

Et un certain nombre d’autres coquilles dans la partie Proses.

P. 25, POÉSIES

(Deman, 1899.)

« Je suis harcelé de demandes de la grande édition de mes poésies », écrivait Mallarmé à Deman, le 14 février [1891], « principalement depuis l’apparition Mercredi dernier dans le Figaro, d’un article, au fond inepte, qui porte à 300 le nombre des exemplaires : d’où espoir chez des gens à qui j’avais répondu : Il n’y en a plus. » Et il lui demandait de songer à une édition moins chère que celle de 1887.

Comme l’indique une lettre écrite le jour de Pâques de la même année par le poète à l’éditeur bruxellois, il s’agissait alors, dans l’idée de Deman, d’une édition en fac-similé; mais Mallarmé précise qu’il n’y a pas lieu de recommencer une publication de manuscrit. « Cela passe une fois à titre d’exception, mais le vers y perd. Le vers n’est très beau que dans un caractère impersonnel.

NOTES ET VARIANTES

c’est-à-dire typographique : sauf, bien entendu à faire graver, si l’on veut donner à l’édition quelque chose d’immuable et de monumental. A cent exemplaires, à prix élevé et sous le titre : Vers | de | Stéphane Mallarmé. »

C’était donc d’une nouvelle édition de luxe à tirage très limité que rêvait le poète, et de nouveau, d’un recueil divisé en fascicules : mais orné cette fois d’un frontispice par fascicule.

En août, changeant d’idée, il approuve le projet d’une édition tirée à mille exemplaires.

Dans Pages, le recueil est annoncé : Prochainement : Vers, avec P Après-Midi à’ un Panne et Hérodiade.

Dans sa lettre du 10 septembre 1891, le poète précisait ses désirs touchant le contenu du volume : « Tout ce qui a paru en livres, en revues, à l’exception de versiculets sans valeur ou de circonstance. Bref l’édition Dujardin (celle de 1887) plus quelques sonnets. Pour le format, celui de Pages, mais plus carré. Pour le prix : six francs. » Le 12 juin, Edmond Deman confirmait son acquiescement.

Il fut alors question que Whistler fît une eau-forte pour cette édition, encore que Mallarmé ne voulût pas s’engager à cet égard, connaissant la nature capricieuse de l’artiste. Il s’agissait d’une édition à 1.100 exemplaires.

Il espérait que le volume paraîtrait en décembre 1891.

Dès cette époque, il a mis au point avec son éditeur le choix du caractère, le format, le contenu, les droits d’auteur. Ils étaient tombés d’accord, et, inexplicablement, la chose traîna sept ans encore.

Entre temps paraissait en 1893 le recueil Vers et Prose, à Paris, à la Librairie Académique; les « Poésies Complètes » y étaient annoncées : (à paraître) chez Pdteman, Bruxelles. Deman continuait à envisager la publication projetée : il avait même demandé un frontispice au peintre belge Fernand Knopf, oubliant le parti qu’avait pris Mallarmé de reproduire dans un format un peu réduit l’eau-forte que Félicien Rops avait gravée pour l’édition de 1887.

D’Honfleur, en juillet 1894, Mallarmé réclame « un format moyen, permettant un très beau et fort caractère d’imprimerie meublant, mais la page pas assez vaste pour que l’ensemble reste mince... Un air grand, pour ne dire monumental, convient : à coup sûr quelque chose de luxe ou rare, cette fois encore. »

Le 12 août, de Valvins, en réponse à des spécimens de caractères : « N’y a-t-il pas, Deman, un caractère moderne et monumental sans rien d’elzévir, enfin quelque chose comme le si beau Raçon : que n’est pas sans posséder une imprimerie de chez vous. »

Deux ans après, l’auteur et l’éditeur en sont encore à discuter le caractère : dans sa lettre du 21 juillet 1896, Mallarmé demandait qu’on n’employât pas d’italiques « trop près de l’écriture, surtout après l’édition manuscrite Dujardin. Peut-être le romain de notre

NOTES ET VARIANTES

type est-il beau. Mais que j’aimerais mieux un Simon Raçon quelconque. »

Pendant l’été, le poète et l’éditeur s’envoient et se renvoient des spécimens d’imprimerie : « le Didot, faute de rien de spécial, reste ce qu’il y a de mieux », déclare Mallarmé le 27 septembre 1896.

11 semble, d’après cette Correspondance, que ce n’ait été qu’en novembre 1894 que Mallarmé adressa à Deman son manuscrit complet : et à l’exception d’une seule de ses lettres, de décembre 1896, on ne voit pas qu’au cours de ces sept années de pourpalers avec son éditeur, Mallarmé ait jamais laissé paraître ni hâte ni impatience : il ne montrait, à la fin de sa vie, pas plus d’empressement à se faire imprimer, que dans les premières années de sa carrière.

Le 8 décembre 1896, Edmond Deman écrivait au poète : « Oui. Je compte faire une édition de luxe ou, certes, à coup sûr, pas une édition courante... Un beau papier, un caractère de choix, fondu spécialement, un frontispice en taille-douce, une ornementation en deux tons du peintre Van Rysselberghe : cela fait, à mon avis, autant d’éléments qui constituent édition de luxe... Huit ou dix francs sont prix qu’on ne paie plus que difficilement et j’ai par conséquent l’intention de ne pas dépasser six francs. En août 1891, vous m’écriviez pour applaudir à ma décision dans ce sens. »

Le 24 juillet précédent, Edmond Deman lui avait envoyé un modèle du caractère qui devait servir pour l’édition des Histoires souveraines de Villiers de lTsle-Adam qui allait paraître également ornementée par Théo van Rysselberghe. Dans cette même lettre, l’éditeur réclamait le Prélude et le Finale d’ Hérodiade promis par le poète, et le 3 novembre il les réclamait de nouveau.

Le 23 novembre 1896, Deman écrivait au poète :

« Quand vous voudrez, mon cher Maître, nous « suivrons » en ce qui concerne les Poésies. »

Etait-ce l’intention ou l’espoir de terminer Hérodiade qui faisait ainsi différer par le poète cette publication ; était-ce répugnance à publier ce qu’il considérait comme trop au-dessous de ce qu’il rêvait ? Toujours est-il que deux années se passèrent encore et que le poète mourut sans voir cette édition qui avait, sept années durant, occupé distraitement sa pensée.

Par une étrange ironie, après toutes ces tergiversations, lorsqu’un 1899, après la mort du poète, parut le recueil des Poésies , il était imprimé précisément dans cette italique que Mallarmé avait d’abord si nettement récusée.

Toute la matière du « manuscrit » préparé par le poète pour cette édition nous a été communiquée par M. Armand Godoy dans la collection duquel il se trouve.

Mallarmé avait constitué son texte, soit en recopiant certains poèmes, soit en les découpant dans les revues ou dans l 'ers et Prose où ils avaient paru. Ce texte est précédé d’une page de notes, manuscrite et intitulée « Indications », relative à la disposition

NOTES ET VARIANTES

typographique des poëmes, et une page de titre ainsi rédigée :

Poésies | de \ Stéphane Mallarmé | Ier cahier \ le Frontispice de \ R ops | et décoration intérieure par E. Kasenfosse \ Bruxelles \ chez Deman | 189- |

Sont autographes dans ce texte ainsi constitué :

Renouveau.

Tristesse d’Été.

Aumône.

Don du Poëme (portant ce titre effacé : Dédicace au Poëme nocturne.)

La chevelure...

Éventail.

Remémoration d’amis belges.

Petit Air 1 et 2.

Quelle soie...

A la nue accablante...

De la main de la fille du poëte, les pièces suivantes :

Tombeau [Verlaine].

Toute Aurore...

Au seul souci de voyager...

Sur une épreuve de la pièce à la mémoire de Théophile Gautier, un simple titre « Toast », imprimé, Mallarmé a ajouté à la main le mot « funèbre ».

A la fin de la liasse se trouvent, entièrement manuscrites, la « Bibliographie » et la « Table », dont l’ordre et le contenu ont été respectés très précisément dans le volume imprimé.

Du recueil photo-lithographié de 1887, ce volume nouveau ne retranchait qu’une pièce, celle du Parnasse satyrique , Une négresse par le démon secouée... et en ajoutait quinze nouvelles, savoir :

Salut.

Éventail de Madame Mallarmé.

La chevelure vol d’une flamme...

Feuillet d’album.

Remémoration d’amis belges.

Chansons bas, 1 et II.

Billet à Whistler.

Petit Air I et II.

Le Tombeau de Charles Baudelaire.

Tombeau. [Verlaine.]

Hommage. [Toute Aurore...]

Au seul souci de voyager...

A la nue accablante...

toutes pièces composées depuis 1887 et qui, à l’exception de l’avant-dernière, entièrement inédite, avaient paru dans des revues.

Une lettre de Geneviève Mallarmé à M. Édouard Dujardin, du 26 avril 1899 annonce que Edmond Deman l’avertit de l’envoi

NOTES ET VARIANTES 1405

de quelques exemplaires des Poésies qui viennent tout juste de paraître. L’achevé d’imprimer est du 20 février 1899.

V. — Enfin, en 191 3, par les soins du gendre et de la fille du poète, le docteur et Mme Bonniot, parut, aux éditions de la Nouvelle Revue française, un volume intitulé Poésies, édition complété contenant plusieurs poèmes inédits.

Cette édition rétablissait la pièce : Une négresse par le démon secouée... et augmentait de quatorze poèmes l’édition Deman de 1899 :

Sonnet : Sur les bois oubliés...

Hérodiade : Cantique de saint Jean.

Dame , sans trop d’ardeur...

O si chère de loin...

Chansons bas, 111, IV, V, VI, Vil, Vlll.

Ronde! s I et 11.

Petit Air (guerrier).

Toute T âme résumée...

Le Sonnet, le Cantique de saint Jean, Dame, sans trop d’ardeur... O si chère de loin.... Chansons bas VI et le Rondel II n’avaient encore paru ni en revues, ni autrement.

(Voir à la Bibliographie pour l’aspect de chacune de ces éditions.)

Avant même la sortie de l’édition Deman des Poésies, il fut question de deux autres éditions de l’œuvre poétique de Stéphane Mallarmé, l’une et l’autre chez l’éditeur Fasquelle. Pour l’une d’elles on imprima des bulletins de souscription dont un exemplaire retrouvé est ainsi rédigé :

Les Poésies de Stéphane Mallarmé édition complète ne varietur

contenant plusieurs poèmes inédits et les variantes.

Édition de luxe de 100 exemplaires à 100 francs réservée aux souscripteurs.

« Le texte de cette édition sera celui des Poésies de Stéphane Mallarmé que l’éditeur Eugène Fasquelle fera ultérieurement paraître dans la Bibliothèque Charpentier.

Il pourra en outre être souscrit cinq exemplaires spéciaux sur grand papier Japon à la forme, contenant chacun un poème autographe de Stéphane Mallarmé, deux états des illustrations et l’un des dessins originaux de MM. Claude Monet, Odilon Redon, P.-A. Renoir, Auguste Rodin et Whistler, au prix de mille francs. »

Cette édition, projetée par la fille du poète depuis la fin de 1898, avec le concours de M. Édouard Dujardin, devant contenir des illustrations, on avait approché Edgar Degas qui, après avoir presque accepté, s’était récusé. Au début de février 1899, Whistler

NOTES ET VARIANTES

faisait savoir que l’on pouvait compter sur lui et Odiion Redon promettait, outre sa collaboration, quelques souscripteurs. Une lettre du 2 mars de Geneviève Mallarmé montre qu’on en était venu à l’idée de reproduire dans cette édition des dessins inédits de Manet, de Puvis de Chavannes et de Berthe Morisot. Le i x mars, Mlle Julie Manet proposait une pointe-sèche que Berthe Morisot avait faite, naguère, pour illustrer h Nénuphar Blanc. Mme Édouard Manet déplorait de n’avoir plus de dessin de son mari qui pût convenir à cette édition.

Un peu plus tard, on voit que Renoir et Whistler ont promis des pointes-sèches : et que la fille du poète ne dispose que d’un seul poème autographe de son père. « Seul un rondel pourrait être donné, bien écrit, sur beau papier. » Mme Méry Laurent consent à prêter « un très beau dessin de Manet, juste du format désiré », un dessin que Mallarmé aimait infiniment, « du plus pur Manet ».

De Valvins, le xo novembre 1899, Geneviève Mallarmé écrit à M. Édouard Dujardin : « Le minutieux travail de variantes est terminé. Je crois qu’on n’en a point omis une... Celles consistant en un seul mot différent ont été notées. Les conservera-t-on ?

« J’ai pensé aussi, vous direz votre avis, qu’on pourrait peut-être ne point classer les poèmes par ordre chronologique, mais respecter la disposition indiquée par père et qui est si parfaite. Voilà pourquoi. il y a très peu de choses inédites, quelques poèmes que l’on pourrait intercaler dans un groupe d’autres poèmes classés déjà et je trouve qu’il serait dommage de détruire un tout, alors qu’on peut, avec quelque conseil, trouver une place aux poèmes nouveaux. Quel est votre avis ? Je sais que père détestait tant l’ordre chronologique. »

Le projet suivait son cours et il venait d’être annoncé dans quelques revues, lorsque, le Ier juillet 1899, Edmond Deman adressait à Mme Mallarmé la lettre suivante :

« Madame,

« Je lis dans différentes revues littéraires ou d’art ( Mercure et Studio entre autres) qu’il va être publié prochainement, par la librairie Fasquelle, une édition nouvelle des « Poésies de Stéphane Mallarmé, édition de luxe, complète, ne varietur. » Si l’information est exacte, j’ai deux objections à vous transmettre à ce sujet :

« a ) La première, accessoire, c’est que le poète s’était engagé (21 avril et 21 juillet 1896) à me donner, pour mon édition, le complément d 'Hérodiadc (Prélude et Final) que je vous ai, du reste, demandé et que, si ce complément existe, il est juste qu’il me soit transmis pour la dite édition, sauf à déplorer qu’il ne me soit parvenu en meilleur temps, — et avec toute latitude pour moi d’offrir ce complément à mes souscripteurs.

« b) La deuxième qui est capitale , c’est qu’en suite de l’engagement formel de l’auteur (10 septembre 1891), « aucune édition

NOTES ET VARIANTES

« de ses poésies ne pourra être publiée avant complet épuisement « de la nôtre. »

« Je communique à M. Fasquelle, par même courrier, avis de cette situation et de l’obstacle absolu qu’elle constitue à la publication d’une édition nouvelle, quelle qu’elle soit, et a fortiori d’une édition dont la formule d’annonce semble de nature (intentionnellement ou non) à vouloir jeter sur la nôtre un relatif discrédit.

« Veuillez agréer, Madame, etc... »

De nouvelles démarches furent faites par la Revue Blanche en vue de cette édition projetée. Edmond Deman ne put qu’y opposer les engagements pris par le poète à son égard : d’autant que, dès 1891, les versements prévus avaient été faits par l’éditeur belge. Il mettait à la disposition de ces tiers toute la correspondance échangée entre le pocte et lui : et il terminait sa lettre par cette phrase qui témoignait que Mallarmé avait trouvé dans l’éditeur qui avait publié successivement les Poèmes d’Edgar Poe, Pages et les Poésies, — c’est-à-dire à peu près tout l’ensemble de son œuvre essentielle, — un éditeur selon son cœur :

« Je viens de relire cette correspondance pour pouvoir plus exactement vous répondre et cette lecture, en me rappelant les sentiments très affectueux que le poète voulut bien me marquer, au cours d’une période de onze années de parfaits rapports, m’a fait regretter davantage son départ prématuré et apprécier actuellement mieux que jamais l’exquise délicatesse que recouvrait la cordialité de ses formules. »

A la suite de ces échanges de vues, le projet de cette édition de luxe fut abandonné ainsi que celui d’une édition courante.

CLASSEMENT. — L’édition Deman de 1899 reproduisait, aux adjonctions près, l’ordre adopté dans l’édition fac-similé de 1887 que celle de 1913 ne respecte qu’imparfaitement, sans, à vrai dire, qu’on en puisse saisir la raison (déplacement, entre autres, de la pièce Soupir; introduction du Sonnet entre Aumône et Don du Poème). Il fallait prendre un parti et qui s’inspirât, avant tout, des intentions avouées de l’auteur et, pour cela, respecter le classement adopté par lui-même pour l’édition Deman.

Ce classement, aujourd’hui, pourrait surprendre, si ne venaient le justifier les sous-titres qu’aux divers « cahiers » le poète avait appliqués en 1887 et c’est pourquoi nous avons pris le parti de les rétablir ici, tout au moins pour sept d’entre eux. Notre classement débute par le poème Salut auquel, quoique bien postérieur, Stéphane Mallarmé avait, en 1898, attribué cette première place, en manière d’exergue à son œuvre poétique, et de salut à « ses divers amis ».

Un certain ordre chronologique adopté par Mallarmé lui-même régit la disposition des poèmes depuis le Guignon jusqu’à la Prose pour des Esseintes, de 1862 à 1884.

On a adjoint tout naturellement à la Scène d’Hérodiade les deux

NOTES ET VARIANTES

morceaux découverts depuis : Ouverture ancienne (publiée par le Dr Bonniot dans la Nouvelle Revue Française, Ier novembre 1926) et le Cantique de saint Jean, publié dans le recueil de 1913.

On n’a pas maintenu, toutefois, le petit cahier intitulé Autres Poèmes, Mallarmé en ayant lui-même dispersé les éléments pour l’édition Deman; on a, en revanche, respecté le placement du sonnet La chevelure... immédiatement après P Après-Midi d’un Faune, le poète, pour une raison qui nous demeure encore obscure, n’ayant pas cru devoir alors le joindre à ses autres sonnets : simplement peut-être parce qu’il a tenu à lui donner non pas l’aspect traditionnel que le sonnet a adopté en France, mais son aspect anglais : trois quatrains suivis d’un distique isolé.

Le sous-titre « Feuillets d’Album » inauguré par l’édition de 1913, nous a paru très légitime pour grouper, avec deux pièces déjà parues dans l’édition Deman et qui ont ce caractère, deux sonnets et deux rondels auxquels peut convenir également cette appellation : sans y englober toutefois, comme le lit l’édition de 1913, les Chansons bas et les Petits airs.

Le titre « Plusieurs Sonnets » est repris de l’édition de 1899 des Poésies.

Contrairement à l’édition de 1913, nous avons placé le Sonnet funéraire, — ainsi qu’il se doit, nous semble-t-il, — avec la suite des Flammages que forment les quatre sonnets suivants.

Enfin la petite pièce Foute Pâme résumée... a été, comme dans l’édition de 1913, jointe à celle qui débute par Au seul souci de voyager.

Nous donnons ci-après sur chacun des poèmes quelques-uns des détails qu’il nous a été possible de réunir à leur sujet. Audessous de leur titre, on trouvera indiqués le lieu et la date de leur naissance et, à la suite, les éclaircissements biographiques et bibliographiques dont nous disposons.

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