P. 27. SALUT
(Paris, janvier 1893.)
Ce sonnet, d’abord intitulé Toast, fut dit par Mallarmé au VIIe Banquet de la Plume, qui eut lieu sous sa présidence. Publié immédiatement après, en tête du numéro du 15 février 1893 de la Plume, il fut ensuite placé par le poète, et sous son titre nouveau, en exergue au recueil complet de ses Poésies qu’il préparait, quand la mort vint brutalement l’interrompre, recueil que l’éditeur Edmond Deman fit paraître en 1899. Dans la Bibliographie qu’il rédigea en vue de cette édition, le poète disait : « Ce sonnet, en levant le verre, récemment à un Banquet de la Plume, avec l’honneur d’y présider. »
Voici le compte rendu de la Plume : « Un fin sourire sur les lèvres, l’œil tant soit peu extatique, ému, tremblant ainsi qu’une jeune vierge sur qui pèsent les regards de toute une assemblée,
NOTES ET VARIANTES
le président du septième banquet, ce pur poète, cet homme délicieux, Stéphane Mallarmé, se lève, prend sa coupe et d’une voix sonore, quoique mal assurée, dit l’exquis poème qui s’inscrit au fronton de cette revue. Aussitôt les mains des convives font retentir la salle de bravos retentissants : trois ovations successives soulignent d’affection sincère la gloire du maître, étonné, lui, l’intransigeant esthéticien, de cette unanimité dans l’enthousiasme... »
Un manuscrit (collection H. Mondor) présente cette seule variante :
Vers io : Sans craindre même le tangage.
Dans ses commentaires, M. Charles Mauron ( Stéphane Mallarmé. Poems translatée i by Roger witb commentâmes by Charles Mauron , Chatto and Windus, London, 1936) dit que pour le poète, ce sonnet est un toast, « sans plus d’importance ou de poids que la mousse de champagne dans le verre levé » ; puis le mot « écume » évoquant l’idée de la mer, Mallarmé voit dans cette pétillante écume une troupe de sirènes qui plongent et jouent : le mot « sirène » lui permet de glisser à l’idée suivante : un voyage en mer est une aventure et c’est aussi une aventure que la vie littéraire d’un groupe de jeunes gens. »
Une analyse de ce poème se trouve, p. 310 et suivante de la Poésie de Stéphane Mallarmé par Albert Thibaudet.