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LE GUIGNON

Au-dessus du bétail écœurant des humains Bondissaient par instants les sauvages crinières Des mendieurs d’azur perdus dans nos chemins*.

Un vent mêlé de cendre effarait leurs bannières Où passe le divin gonflement de la mer ,

Ut creusait autour d'eux de sanglantes ornières.

La tête dans l'orage , ils défiaient l'Enfer :

Ils voyageaient sans pain, sans bâton et sans urnes.

Mordant au citron d'or de l'Idéal amer.

La plupart ont râlé dans des ravins nocturnes S'enivrant du plaisir de voir couler leur sang** :

La Mort fut un baiser sur ces fronts taciturnes*** .

S'ils sont vaincus, c'est par un Ange très puissant****

Qui rougit l'horizon des éclairs de son glaive ;

L'orgueil fait éclater leur cœur reconnaissant.

Ils tètent la Douleur comme ils tétaient le Rêve,

Et quand ils vont rythmant leurs pleurs voluptueux.

Le peuple s'agenouille et leur mère se lève.

Ceux-là sont consolés étant majestueux.

Mais ils ont sous les pieds leurs frères qu'on bafoue,***** Dérisoires martyrs d'un hasard tortueux.

Des pleurs aussi salés rongent leur pâle joue.

Ils mangent de la cendre avec le même amour.

Mais vulgaire ou grotesque est le Sort qui les noue.

Ils pouvaient faire aussi sonner comme un tambour La servile pitié des races à l'œil terne.

Égaux de Prométhée à qui manque un vautour /******

Non. Vieux, et fréquentant les déserts sans citerne.

Ils tnarchent sous le fouet d'un squelette rageur.

Le Guignon dont le rire édenté les prosterne.

* Des mendiants d’azur damnés dans nos chemins. (L’Artiste.)

** S’enivrant du bonheur... (Id.)

*** La mort est un baiser... ( Id.)

**** g>jjs panfèlent, c'est sous un ange très puissant. (Id.)

***** Feurs égaux qu'on bafoue (dans un manuscrit de 1862 consulté chez M. P. Bérès).

****** Frî>res de Prométhée. (Id.)

NOTES ET VARIANTES

S’ils vont , il grimpe en croupe et se fait voyageur ;

Puis, le torrent franchi, les plonge en une mare Et fait un fou crotté d’un superbe nageur ;

Grâce à lui, si l’un chante en son buccin bigarre

Des enfants nous tordront en un rire obstiné

Qui, soufflant dans leurs mains, singeront sa fanfare ;

Grâce à lui, s’ils s’en vont tenter un sein fané Avec des fleurs, partout l’impureté s'allume.

Des limaces naîtront sur leur bouquet damné ;

Et ce squelette nain, coiffé d’un feutre à plume Et botté, dont l’aisselle a pour poils de longs vers.

Est pour eux l’infini de l’humaine amertume.

Et si, rossés, ils ont provoqué le pervers.

Leur rapière en grinçant suit le rayon de lune Qui neige en sa carcasse et qui passe à travers.

Malheureux sans l’orgueil d’une austère infortune *,

Dédaigneux de venger leurs os de coups de bec.

Ils convoitent la haine et n'ont que la rancune.

S’ils sont l’amusement des râcleurs de rebec.

Des putains, des enfants , et de la vieille engeance Des loqueteux dansant quand le broc est à sec.

Les poètes savants leur prêchent la vengeance.

Et ne voyant leur mal et les sachant brisés**.

Les disent impuissants et sans intelligence.

« Us peuvent, sans quêter quelques soupirs gueusés,

« Comme un buffle se cabre aspirant la tempête « Savourer âprement leurs maux éternisés !

« Nous soûlerons d’encens les Forts qui tiennent têlè « Aux fauves séraphins du mal ! — ces baladins « N’ont pas mis d’habit rouge et veulent qu'on s'arrête ! »

Quand chacun a sur eux craché tous ses dédains.

Nus, assoiffés de grand, et priant le tonnerre.

Ces Hamlet abreuvés de malaises badins

Vont ridiculement se pendre an réverbère.

Ce texte est identiquement celui qui parut, pp. 5-6 du numéro de janvier 1887 de la Revue R ose dont Georges Vanor était le secrétaire de la Rédaction.

* Harcelés, sous l’orgueil... (dans un manuscrit de 1862, consulté chez M. P. Bérès.)

** Et ne voyant leurs plaies... (id.)

NOTES ET VARIANTES

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