P. 32. LES FENÊTRES
(Londres, mai 1863.)
Cette pièce date de l’époque du séjour du poète à Londres. Dans une lettre, datée de cette ville, le 3 juin 1863, Mallarmé dit venir d’écrire les Fenêtres ; il envoie son poème à H. Cazalis qui, de Strasbourg, le 4 juin suivant, lui répond : « Tes vers m’ont ravi : d’abord les anciens qui ont aussi fait l’admiration des quelques amis rares que j’ai découverts en cette sotte ville : puis les Fenêtres : vraiment, mon cher Stéphane, cette dernière poésie est quasi un chef-d’œuvre. »
Quelques semaines plus tard, Mallarmé adressait à Cazalis ces lignes qui semblent une paraphrase partielle du poème :
« Le soleil de Londres n’est pas ce gai soleil de Paris qui fait éclore le long des boulevards toute une verdure charmante de tables à bière et verse la gaieté dans sa lumière. Ici les rayons semblent avoir pris quelque chose de blafard aux pauvres murs d’hôpital où ils se sont endormis et dont ils ont chauffé le plâtre malade. L’air malsain se charge de toutes les exhalaisons de la misère que la lourde chaleur putréfie, et, pour les pauvres, l’été n’est que la saison où la vermine, attiédie, grouille le plus dans leurs loques. »
Ici bas est maître (vers 1 de la str. 9). Dans une lettre à H. Cazalis, le 3 juin 1863, S. Mallarmé écrit ; « Oui, ici-bas a une odeur de
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cuisine. » Et plus haut : « O mon Henri, abreuve-toi d’idéal. Le bonheur d’ici-bas est ignoble. »
Il existe des Fenêtres , dans la collection Henri Mondor, un manuscrit portant une dédicace « à Auguste Vacquerie », dédicace qui ne fut pas maintenue par l’auteur, lors de la publication de ce poëme, en 1866, dans le Parnasse Contemporain. La Bibliothèque Jacques Doucet renferme de ce même poème deux autres manuscrits, l’un de 4 feuillets, l’autre de 3 ; enfin une autre copie autographe figure au nombre des pièces qui composent le Manuscrit Aubanel.
Les variantes sont les suivantes :
Str. 1, vers 4 : Le moribond, parfois, redresse son vieux dos, (Ms. Aubanel, Parnasse Cont. et coll. H. M.) Str. 2, vers 3 : Les poils blancs et les os de sa maigre figure... (Ms. Aubanel.)
Les poils longs et les os de sa blême figure... ( Parnasse Cont. et coll. H. M.)
Str. 3, vers 1 : Et sa bouche fiévreuse et d’azur bleu vorace. Comme un luxurieux dont la lèvre s’endort En respirant la fleur d’une peau jeune, encrasse... (Ms. Aubanel.)
Str. 6, vers 2 : ... où tous ses appétits...
(Ms. Aubanel, Parnasse Cont. et coll. H. M.) Str. 7, vers 2 : D’où l’on tourne le dos à la vie, et, béni, (Ms. Aubanel.)
Str. 8, vers 1 : Je me mire et me vois ange ! et je songe, et j’aime Str. 9, vers 1 : Mais, hélas ! Ici bas est le roi : sa hantise (Ms. coll. H. M.)
Str. 10, vers 1 : Est-il moyen, mon Dieu, qui savez l’amertume...
Est-il moyen, mon Dieu, qui voyez l’amertume... (Ms. Aubanel et Parnasse Cont.)
Str. 10, vers 2 : De casser le cristal par le monstre empesté (Ms. coll. H. M.)
Ce poëme parut, pour la première fois, dans la livraison du 12 mai 1866 du Parnasse Contemporain, dans la Légende du Parnasse contemporain de Catulle Mendès en 1884, puis en tête du IIIe Cahier des Poésies (Rerue Indépendante, 1887), dans l’ Album de Vers et Prose (Bruxelles, Librairie Nouvelle, 1887), dans Vers et Prose (1 vol., Perrin éd., Paris, 1893); enfin, en 1899, dans Les Poésies de Stéphane Mallarmé (Deman, Bruxelles) avec trois corrections de l’auteur : 2e, 3e et 7e strophes : la maigre figure...; Et la bouche... ; Est-il moyen, ô Moi qui connais...
Du quatrain : Ainsi pris du dégoût..., M. F.scoube dit : « Comme toute la bestialité humaine est châtiée dans ces mots ! »
Nous devons à M. Yves-Gérard Le Dantec l’indication d’un rapprochement assez frappant, réminiscence ou coïncidence? Dans les Notes et Sonnets de Sainte-Beuve, on trouve sous le titre
NOTES ET VARIANTES
Sonnet, imité de Boivles , ce départ, dont le sujet, le mouvement et le rejet rappellent singulièrement celui des Fenêtres :
Comme après une nuit de veille bien cruelle.
Un malade en langueur, affaibli d'un long mal.
Que n'a pas réjoui le doux chant matinal Et sa vitre égayée où frappe F hirondelle.
Se lève enfin, et seul, où le rayon l'appelle.
Se traîne...
Voici le texte original de W. Bowles ( Poetical Works , I, 46, London, Cassel) que nous devons également à la perspicacité de M. Yves-Gérard Le Dantec :
A.s one who long by wasting sickness ivorn,
Weary bas watched the lingering night and heard,
Unmoved, the carol of the matin bird Sainte bis lonely porch ; nom first at mont Goes forth, leaving bis melancholy bed ;
He the green slops and level meadoiv views,
Delightful bathed ivitb slow-ascending deivs.
Or marks the clouds that o’er the mountain s head In varying forms fantastic ivander white ;
Or turns his ear to every randon song Heard the green river’ s winding marge along,
The whilst each setise is steeped in still delight ;
S 0 o’er my breast young summer’s breath I feel,
Siveet hope ! thy fragrance pure and healing incense steal !