‹ OEuvres complètesChapitre 530 sur 655 · LE JOUR · texte numérisé non relu

LE JOUR

je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée 1 Pâle, à l’aile saignante et noire, déplumée.

Par le verre enrichi de grands parfums et d’or,

Par les carreaux battus, hélas ! mornes encor L’aurore s’acharna sur ma lampe angélique L’aurore se jeta sur ma lampe angélique (Poème Noct.) Palmes ! et quand elle a délaissé sa relique.

A ce père essayant un sourire ennemi,

A ce père rêvant un sourire ennemi, (Poème Noct.)

La solitude bleue et stérile a gémi. (Poème Noct.)

O la berceuse avec sa fille et l’innocence De vos pieds froids, endors une triste naissance,

De vos pieds froids, accueille une triste naissance (Poème Noct.)

Et ta voix rappelant viole et clavecin

Selon le doigt fané presseras-tu le sein (Poème Noct.)

Par où coule en blancheur sybilline la femme Pour des lèvres que l’air de vierge azur affame ?

Parmi les matériaux réunis par l’auteur en vue de l’édition Deman des Poésies, figure une copie manuscrite de ce poème

avec, comme titre, Dédicace au Poème Nocturne , titre barré et remplacé par Don du Poème.

On a fait remarquer, de divers côtés, le rapprochement des mots ldumée et Palmes dans ce poëme comme dans le vers des Géorgiques (VIII, 12)

Primas Idumœas référant tibi , MantUa, palrnas.

Rappelons aussi ces vers de la Satire IX où, invoquant Malherbe, Boileau dit :

Et passant du Jourdain les ondes alarmées

Cueillir , mal à propos , les palmes idumées ?

L’Idumée est le pays de l’Édom, pays d’Ésaü, l’ainé déshérité en faveur du cadet Jacob, l’ainé hirsute et monstrueux. « Pour la cabale juive, continue Denis Saurat, Dieu avait créé d’abord une humanité monstrueuse. Il la remplaça par l’humanité actuelle. Jacob remplaça Esaü : hommes pré-adamiques, rois d’Iduméc. C’étaient êtres sans sexe, se reproduisant sans femmes, et non hermaphrodites à l’image de Dieu... Le pocte fait son poëme seul, sans femme, comme un roi d’idumée, monstrueuse naissance. Ce monstre sera humanisé si la femme l’accueille, le nourrit de son lait... »

« La présence du mot ldumée ne tient-elle qu’à ce souvenir classique ? ou, plus organique au poëme, à son sens biblique ? L’Idumée, haïe du peuple élu et des prophètes, nom de malheur ? L’enfant-poëme d’une nuit d’Idumée, d’avance détesté, peut-être destiné à la destruction, ne trouve en tout cas l’accueil que d’un « sourire ennemi ». (E. Noulet, l'Œuvre poétique de Stéphane Mallarmé, Droz, Paris, p. 397.)

Dans ses Commentaires, M. Charles Mauron voit dans « l’enfant d’une nuit d’Idumée » Hérodiade, le poëme auquel toute la nuit a travaillé le Songeur, et rapproche de

Par le verre brûlé d'aromates et d'or le vers d 'Hérodiade :

Mais de l'or , à jamais vierge des aromates.

Comparant les deux versions adressées à Aubanel, André Thérive a écrit : « On remarquera sans doute que les variantes apportées ne sont point du tout dans le sens de la clarté telle que l’entendait Aubanel. Elles marquent au moins le goût magistral et une délicatesse impondérable. » (La Revue universelle, Ier novembre 1923.)

NOTES ET VARIANTES

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