UN FAUNE
assis laisse de l’un et de l’autre de scs bras s’enfuir deux nymphes.
Il se lève.
J'avais îles Nymphes !
Est-ce un songe ?
Non : le clair
Rubis des seins, levé s embrase encore l'air Immobile
Respirant :
et je bois les soupirs.
Frappant du pied :
NOTES ET VARIANTES
Où sont-elles ?
Invoquant le décor :
O feuillage, si tu protiges ces mortelles,
Rends-le s-moi, par Avril qui gonfle tes rameaux Nubiles (je languis encore de tels maux)
Et par la nudité des roses, ô feuillage !
Rien.
A grands pas :
Je les veux !
S’arrêtant
Mais si ce beau couple au pillage N’était qu’ illusion de tes sens fabuleux ?
E’ illusion, Sylvain, a-t-elle les yeux bleus
Et verts, comme les fleurs des eaux, de la plus chaste ?
Et celle... qu’éprenait la douceur du contraste.
Fut le vent de Sicile allant par ta toison ?
Non, non : le vent des mers versant la pâmoison Aux livres pâlissant de soif vers les calices.
N’a, pour les rafraîchir, ni ces contours si lisses A toucher, ni ces creux mystères où tu bois Des fraîcheurs que pour toi jamais n'eurent les bois. Cependant !
Au décor :
O glaïeuls séchés d'un marécage Qu’à l’égal du soleil ma passion saccage.
Joncs tremblants avec des étincelles. Contez Que je venais casser les grands roseaux domptés Par ma livre : quand sur l’or glauque des lointaines Verdures inondant le marbre des fontaines Ondoie une blancheur éparse de troupeau :
Et qu’au bruit de ma flûte où j’ajuste un pipeau Ce vol... de cygnes? non, de naïades se sauve.
Je suis... Alais vous brûlez dans la lumière fauve.
Sans un murmure et sans dire que s’envola La troupe par ma flûte effarouchée...
Le front dans les mains :
Holà !
Tout ceci m’interdit : et je suis donc la proie De mon désir torride, et si trouble qu’il croie Aux ivresses de la Sève ? Serais-je pur ?
Je ne sais pas, moi ! Tout sur la terre est obscur :
Et ceci mieux que tout encore : car les preuves D'une femme, où faut-il, mon sein, que tu les treuves ? Si les baisers avaient leurs blessures, du moins
NOTES ET VARIANTES
On saurait ! Mais je sais! O Pan, vois les témoins De Pébat ! A. ces doigts admire une morsure Féminine, qui dit les dents et qui mesure Le bonheur de la bouche où fleurissent les dents.
Au décor
Donc, mes bois de lauriers remués, confidents Des fuites, et vous, lys, au pudique silence.
Vous conspiriez ? Merci. Ma main à ravir lance En l’éternel sommeil des jaunes nénuphars La pierre qui noiera leurs grands lambeaux épars.
Comme je sais aussi brouter sa verte pousse A la vigne alanguie et demain sur la mousse Vaine ! Mais dédaignons de vils traîtres. Serein,
Sur ce socle déchu je veux parler sans frein Des perfides, et par d’idolâtres peintures A leur ombre arracher encore des ceintures :
Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté.
Pour que mon regret soit par le rêve écarté.
Rieur, j’él'eve au ciel d’été la grappe vide.
Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.
Il s’assied
Naïades, regonflons des souvenirs divers :
Mes yeux, trouant les joncs, suivaient une encolure Immortelle, qui noie en l’onde la brûlure Avec un cri de rage au ciel de la forêt :
Et la troupe, du bain ruisselant disparait Dans les cygnes et les frissons, ô pierreries ! f’ allais, quand à mes pieds s’entremêlent, fleuries De la pudeur d’a'n/ier en ce lit hasardeux.
Deux dormeuses parmi l’extase d’être deux.
Je les saisis sans les désenlacer, et vole A des jardins, haïs par l’ombrage frivole.
De roses tisonnant d’impudeur au soleil.
Où notre amour à l’air consumé soit pareil !
Se levant
Je t’adore , fureur des femmes, ô délice Farouche de ce blanc fardeau nu qui se glisse Sous ma lèvre de feu buvant , dans un éclair De haines ! la frayeur secrète de la chair.
Des pieds de la mauvaise au dos de la timide.
Sur me peau cruelle et parfumée, humide Peut-être des marais aux splendides vapeurs.
Mon crime fut d’avoir, sans épuiser ces peurs Malignes, divisé la touffe échevelée
NOTES ET VARIANTES
De baisers que les dieux avaient si bien mêlée :
Car , à peine j'allais cacher un rire ardent Sous les replis heureux d’une seule , et gardant Par un doigt frêle afin que sa blancheur de plume Se teignit aux éclats d'une sœur qui s’allume,
La petite, candide et ne rougissant pas.
Que de mes bras défaits par de lascifs trépas.
Cette proie , à jamais ingrate se délivre.
Sans pitié des sanglots dont j'étais encore ivre !
Debout:
Oubtions-les ! Assez d’autres me vengeront Par leurs cheveux mêlés aux cornes de mon front !
Je suis content ! Tout s’offre ici : de la grenade Ouverte, à l'eau qui va nue en sa promenade.
Mon corps, que dans l’enfance Eros illumina.
Répand presque les feux rouges du vieil Etna !
Par ce bois qui, le soir, des cendres a la teinte,
La chair passe et s'allume en la feuillée éteinte.
On dit même tout bas que la grande Vénus Dessèche les torrents en allant les pieds nus.
Aux soirs ensanglantés, par sa bouche, de roses !
Si...
Les mains jointes en l’air :
Comme parant de ses mains disjointes une foudre imaginaire :
Mais ne suis-je pas foudroyé ?
Se laissant choir :
Non, ces closes
Paupières et mon corps de plaisir alourdi Succombent à la sieste antique de midi.
Dormons...
Etendu :
Dormons : je puis rêver à mon blasphème Sans crime, dans la mousse aride, et comme j'aime Ouvrir la bouche au grand soleil, pire des vins.
Avec un dernier geste :
Adieu, femmes ; duo de vierges quand je vins.
Au cours de l’hiver 1865-1866, Mallarmé, délaissant complète ment le Faune, reprit l’achèvement d’Hérodiade, « non plus tragédie, mais poëme ». Vers la fin du printemps 1866 il dut se remettre à son Faune. En mars, il écrivait à Henri Cazalis : « ... Je me remets le Ier mai à mon Faune, tel que je l’ai conçu, vrai travail estival... » et le 9 mai 1866, son ami Eugène Lefébure lui demandait :
NOTES ET VARIANTES
« Transfuge du noir château seigneurial d’Hérodiade, poursuivez-vous en battant le sol d’un sabot poilu Yanthe et Zanthé par les fontaines. »
En mai également, Emmanuel des Essarts lui donnait le conseil : « Si tu reprends le Vanne, tâche de te plier à quelques-unes des exigences scéniques; la pièce peut être merveilleuse, mais il faut qu’elle soit possible pour l’auditoire. Coquelin croit que tu peux en tirer un excellent parti », et le 2 novembre suivant, une lettre du même ami parle de sa venue prochaine à Tournon, et « du bonheur d’y voir grandir Hérodiade et le Faune, ces adorables jumeaux... »
Puis le silence tombe sur le Vanne : est-ce au cours de l’été 1866 que Mallarmé le mena au point et en l’état où nous le connaissons aujourd’hui ? On n’en peut décider faute de tout document. Dix ans s’écoulèrent avant que 1 ’Églogue parut : ces délais sont assez usuels dans l’histoire des ouvrages de Mallarmé : on n’en peut déduire qu’ils ne parurent qu’au moment où leur auteur s’en montrait enfin satisfait : le hasard seul a pu tout aussi bien les faire sortir du tiroir où l’insouciance d’un poète toujours insatisfait les maintenait, et dans l’état, peut-être, où ils finirent par paraître.
Bien des années plus tard, en 1891, Mallarmé, parlant du Vanne à Jules Huret qui menait une enquête sur l’état de la littérature, lui disait : « J’y essayais de mettre, à côté de l’alexandrin dans toute sa tenue, une sorte de feu courant pianoté autour, comme qui dirait d’un accompagnement musical fait par le poète lui-même et ne permettant au vers officiel de sortir que dans les grandes occasions. »
On peut de même épiloguer à loisir sur l’origine du thème du « faune » dans l’œuvre de Mallarmé. On a pu voir une apparition très fortuite de ce personnage mythologique
O faunes ivres dans la mousse !...
dès l’un des premiers poèmes de la jeunesse de Mallarmé, Soleil d’Hiver.
Albert Thibaudet, dans la Poésie de Stéphane Mallarmé , p. 394, a assuré que le motif de /’ Après-midi d'un Vanne avait été suggéré par un tableau de Boucher figurant à la National Gallery de Londres et représentant un Faune et des Nymphes : c’est une supposition gratuite et assez peu vraisemblable, étant donné les deux ou trois années qui s’écoulèrent entre le moment où le poète habita Londres et celui où il entreprit son « monologue ».
Mieux vaudrait invoquer, comme suggestion, ces vers de Musset dans R oüa que Mallarmé n’ignora pas.
Regrettez-vous le temps où les nymphes lascives Ondoyaient an soleil parmi les fleurs des eaux Et d’im éclat de rire agaçaient sur les rives Les Vannes indolents couchés dans les roseaux.
On a pu faire bien des suppositions et même évoquer le caractère faunesque qu’aurait révélé la forme pointue des oreilles du poète lui-même : on en est réduit aux conjectures, Mallarmé n’ayant, — pour autant qu’on le sache, — confié à aucun de ses amis la suite de pensées, de songes ou d’images, ou la rencontre, ou la lecture ou le rêve qui l’avait engagé dans cette voie.
Ce n’est que fin mars 1876 que l' Après-midi d’im Faune parut chez l’éditeur Derenne qui publiait depuis décembre précédent la revue dirigée par Catulle Mendès : la République des Lettres, à la fondation de laquelle Mallarmé avait pris part et dont il était le collaborateur depuis le premier numéro.
Cette édition de F Après-midi d'un Faune ne compta qu’à peine deux cents exemplaires et témoigna d’une recherche et d’un goût particuliers : le Hollande, le Japon et le Chine en furent les papiers choisis : une couverture de feutre blanc du Japon, frappé d’or sur des exemplaires fermés par des cordonnets de soie rose et noire, des illustrations d’Edouard Manet, tout concourut à faire, comme le dit, longtemps après, le poète dans sa Bibliographie des Poésies (Deman, 1899), « une des premières plaquettes coûteuses et sacs à bonbons mais de rêve et un peu orientaux... »
La raison, à ce moment précisément, de cette publication isolée de /’ Après-Midi d’un Faune, doit être cherchée dans le refus que Mallarmé avait essuyé d’Alphonse Lemerre d’inclure ce poème dans la troisième série projetée du Parnasse Contemporain.
On a sur ce point une curieuse lettre de Mallarmé à Mendès où l’on surprend presque en colère cet homme si courtois et si maître de soi :
Le vendredi 3 juillet [1875] Mallarmé avait écrit à Alphonse Lemerre : « Ci-joint les vers du Parnasse : je vous demanderai de vouloir bien m’en faire adresser les épreuves, parce que je n’ai eu le temps que de recopier ce morceau sans y faire quelques corrections nécessaires. » La décision dut être prompte, puisque la lettre du poète à Mendès est du mercredi 28 juillet 1875 :
« Mon bon ami, j’aurais voulu vous répondre avant l’heure de la poste : mais j’ai dû aller chez Lemerre, pour savoir si tout était arrangé. La volubilité de cet homme de bien m’a retenu quatre heures, passage Choiseul : il a honorablement et même amicalement terminé la chose... C’est moi qui ai essuyé la première colère de Lemerre, violente et simplement horrible : et j’armais véritablement dans les poches de mon habit des revolvers absents... Au fond du malentendu, il y avait la subtile maladresse de France, pour ne pas dire plus.
« Autre chose, mes vers sont refusés par le comité du Parnasse ; mais n’en parlez qu’en souriant et comme d’une probabilité ridicule, parce que c’est ainsi que j’ai recueilli moi-même l’énoncé de ce fait. Si j’avais pris autrement la chose et si elle se vérifiait, je me croirais obligé d’aller gifler les trois juges, quels qu’ils
NOTES ET VARIANTES
soient : et leur flanquer mon pied quelque part : et je suis bien fatigué, oh ! bien las, pour mettre quelque chose en train. »
De ces trois juges l’un, dit-on, se montra entièrement favorable, ce fut Théodore de Banville; un autre, Anatole France, absolument opposé à l’insertion dans le Parnasse des vers de Mallarmé : il est vrai que cet ostracisme frappait en même temps des vers envoyés par Verlaine : qui étaient, déclara France, « les plus mauvais que je connaisse ». C’était quelques-uns des poëmes du futur et admirable recueil Sagesse.
Dans le Figaro Littéraire , en 1948, nous avons pu faire connaître, grâce à un manuscrit de la collection L. Graux, un état, resté jusque-là inconnu, qui offre, avec les états publiés, assez de variantes, pour qu’il y ait intérêt à l’insérer ici intégralement. C’est pour le Troisième Parnasse Contemporain que Stéphane Mallarmé, en 1875, l’avait préparé. Tout de suite après notre publication, des éditeurs anonymes, et aussi privés de goût que de scrupule, se sont emparés de ce texte pour en faire une plaquette qui cherchait bien grossièrement à rappeler celle que Mallarmé et Manet avaient mise au point.
IMPROVISATION D’UN FAUNE Ces Nymphes, je les veux émerveiller !
Si clair.
Leur naïf incarnat qu’il flotte dans tout l’air Encombré de sommeil touffu.
Baisais-je un songe ?
Mon doute, loin ici de finir, se prolonge En de nouveaux rameaux ; qui, demeurés ces vrais Massifs noirs, font qu’hélas ! tout à l’heure j’ouvrais Tes yeux à la pudeur ordinaire de roses.
Réfléchissons.
Que si le couple dont tu gloses Atteste le souhait de tes sens fabuleux...
Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste ; Mais, l’autre au tiède aveu, dis-tu qu’elle contraste Comme brise du jour vaine dans ta toison ?
Oui-da ! sous l’anxieuse et lasse pâmoison Suffoquant de clarté le matin frais s’il lutte.
Ne vagabonde d’eau que ne verse la flûte Au bosquet rafraîchi de chant : et le seul vent Hors de mes tuyaux prompt à s’exhaler avant Qu’il disperse la voix dans une pluie aride.
C’est, à l’horizon pas remué d’une ride.
L’invisible et serein souffle artificiel De l’inspiration qui regagne le Ciel.
NOTES ET VARIANTES
O bords siciliens du sacré marécage Qu’à l’égal de l’été ma déraison saccage.
Tacites avec des étincelles, conte’, j « Que je cassais en deux l’un des roseaux domptés « Par le chanteur ; quand, sur l’or glauque de lointaines « Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
« Ondoie une blancheur animée au repos :
« Et que, dans le prélude où partent les pipeaux,
« Ce vol de cygne, non, de naïades se sauve « Et plonge...
Inerte, tout brûle dans le temps fauve Sans faire un salut ni dire que s’envola Tant d’hymen par mon art effarouché. Holà ! M’éveillerai-je donc de ma langueur première.
Droit et seul, sous un flot d’ironique lumière.
Lys ; et parmi vous tous, beau d’ingénuité ?
Autre que ce doux rien par leur moue ébruité Si les femmes ici n’ont point de trace sûre,
A défaut du baiser j’invoque ma morsure Mystérieuse, due à quelque auguste dent :
Mais non. Car son angoisse élut pour confident Le jonc vaste et jumeau dont vers l'azur on joue ;
Qui, détournant à soi le trouble de la joue.
Rêve avec un duo que nous amusions La splendeur d’alentour par des confusions Fausses entre lui-même et notre amour crédule :
Ou de faire, aussi haut que l’écho se module,
Évanouir de bras dénoués et du flanc
Et de seins vagues sons mes regards dos s'enflant.
Une pure, suave et monotone ligne.
Tâche, noble instrument des fuites, ô maligne Syrinx , de refleurir aux lacs où tu m’attends :
Moi, joyeux de mon bruit, je veux parler longtemps Des perfides, et, par d’idolâtres peintures,
A leur ombre enlever encore des ceintures ;
Ainsi, quand des raisins j'ai sucé la clarté.
Pour tromper un regret par la feinte écarté.
Rieur, j'élève au ciel d’été la grappe vide Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide D’ ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.
O Nymphes ! regonflons des souvenirs divers.
« Aies yeux, trouant les lys, dardaient chaque encolure « Immortelle, qui noie en Ponde la brûlure,
« Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
NOTES ET VARIANTES
« Ht le splendide bain de cheveux disparait « Dans les clartés et les frissons, 6 pierreries !
« J’y vais ; quand à mes pieds s’entrejoignent, meurtries « De la langueur goûtée à ce mal d’être deux,
« Des dormeuses parmi le rayon hasardeux :
« Je les ravis, sans les désenlacer, et vole « A ce torrent, haï par l’ombrage frivole,
« De roses tarissant leur parfum au soleil,
« Où notre amour à l’air consumé soit pareil !
« Je t’adore, courroux des vierges, ô délice « Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse « Sous ma lèvre de feu buvant , comme un éclair « Tressaille ! la fraîcheur profonde de la chair :
« Des pieds de l’inhumaine au dos de la timide « Que voile l’une et l’autre une peau pâle , humide « A la fois dit rivage et des mêmes vapeurs.
« Mon crime, c’est d’avoir, sans épuiser les peurs « Folâtres, séparé la touffe échevelée « De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée ;
« Car à peine j’allais cacher un rire ardent « Sous les replis heureux d’une seule, gardant « Far un doigt simple afin que sa candeur de plume « Se teignit à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
« La petite, paisible et ne rougissant pas,
« Que, de mes bras, défaits par de vagues trépas,
« Cette proie, à jamais ingrate, se délivre,
« Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre.
Dédaignons-les ! assez d’autres me capteront Par leur tresse passée aux cornes de mon front.
Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre.
Chaque grenade éclate et d’abeilles murmure ;
Ht notre sang jaloux de qui le vient saisir Altère tout le vol ancien du désir.
Par ce morne bois qui des cendres a la teinte Les soirs s’ exalteront dans la feuillée éteinte :
Etna ! c’est quand de toi cpte déserte Vénus,
Sentant régner ta fête en ses flancs ingénus,
Tonne la quiétude et soupire la flamme.
Si je la...
Suis-je pas châtié i
Leconte de Lisle avait, dit-on, protesté contre le refus opposé à un poète d’un talent reconnu et auquel on avait demandé sa collaboration; mais Catulle Mendès, Léon Dicrx et Léon Cladel
NOTES ET VARIAN TES
durent faire plus, en cette occasion, pour que Mallarmé ait tenu à faire figurer leurs trois noms dans une dédicace qui ne fut pas maintenue dans les éditions collectives et qui est rédigée ainsi :
Offrir à trois amis , ayant pour nom Cladel, Dierx et Mend'es, ce peu de vers ( qui leur plut ) y ajoute du relief ; mais autant vaut que mon Éditeur en saisisse le public rare des amateurs : l'Illustration faite par Manet l’ordonne.
Le 9 octobre 1X75, Mallarmé écrivait au poète anglais Arthur O’Shaughnessy : « Je vais bientôt publier un petit poème dans des conditions de luxe absolument folles et que m’impose un éditeur prodigue. Il me tarde de vous envoyer cela, que j’annoncerai du reste ici auparavant. »
Le 21 novembre, au même correspondant, il disait : « Le petit poëme, un rien, cent vers, un prétexte à édition de luxe, sera prêt, je l’espère, dans la première quinzaine de décembre, car c’est un livre de Jour de l’An. » Mais l’impression tarda, et le 16 janvier, au même O’Shaughnessy, Mallarmé écrivait : « La force des choses, jointe à celle d’inertie que montre Derenne fera paraître le Faune dans les derniers jours du mois. » Mais la fin du mois arrive, et ce jour-là, le poète écrit au même ami anglais : « Les éditeurs qui lambinent : le faune, dont l’après-midi menace d’aboutir en la nuit éternelle. »
Cependant la luxueuse plaquette ne tarda plus à voir le jour.
Dans une lettre datée Paris 10 avril tS/6, à Arthur O'Shaughnessy, le poète écrivait : « Le Faune , paru, vous attendra d’ici à quelques jours chez le correspondant à Londres de la maison } tachette. »
Qu’en dépit du tirage, volontairement restreint, de son églogue, Mallarmé se soit soucié qu’elle ne demeurât pas inaperçue, la preuve en est dans des placards tirés à l’intention de « MM. les Directeurs de journaux ou les Rédacteurs en cas qu’ils veuillent faire une citation de l’ouvrage »; ils « ont ici le texte entier sur placards, propre à être coupé et livré à l’imprimerie. »
Un article élogieux de Mendès devait paraître, le premier, dans la République des Lettres, dès le 20 avril 1876.
A l’intention de la revue anglaise The Atbeneum, Stéphane Mallarmé rédigea ce L iterary Gossip :
« M. Alphonse Derenne, le publisher de la République des Lettres , désireux de voir sortir de ses presses un chef-d’œuvre véritable de typographie française à cette époque, a choisi à ce propos, en homme de goût et lettré, un poème. L’ Après-Midi d’un Faune, tel est le titre de Téglogue d'une centaine de vers à peu près qui a été demandée à M. Stéphane Mallarmé, pour être imprimée à bras, en elzévirs fondus exprès, sur papier fait à la main et trié à la feuille : autant de raretés aujourd’hui. L’illustration de l’œuvre.
NOTES ET VARIANTES
petit in-40, un dessin hors-texte, un fleuron et un cul-de-lampe, dans le texte, sera de M. Édouard Manet, qui a déjà illustré cet été, une version donnée par le même poète du Raven d’E. Poe. Toutes ces gravures sur bois tirées à deux teintes, rose et noir : imitation des procédés japonais tentée pour la première fois en Europe. Cette plaquette qui demeurera rare, étant faite en très petit nombre, intéresse la littérature, moins peut-être à cause des détails techniques et spéciaux dits tout à l’heure que pour le fait que c’est la littérature et la plus haute, la poésie, qu’on a jugé l’appoint nécessaire de tout ce luxe : ce qui n’aurait pas eu lieu en France, il y a quelques années. »
A Swinburne, le 10 mai 1876, en lui envoyant le poëme, il écrivait : « Acceptez (je ne dis pas en échange, mais au moins, pour tout le luxe spécialement parisien dont il a plu à un éditeur de me demander de l’orner) un petit poëme, trop annoncé sur la couverture de la République des Let/res : P Après-Midi d’un Faune ; ce rien a le don d’exaspérer la presse française en ce moment, j’ignore pourquoi et le veux voir cependant dormir dans les bibliothèques amies. L’exemplaire à votre nom que je n’ose confier à la poste (tant il est rendu fragile par ces matériaux précieux) est entre les mains de mon ami John Payne, qui saura vous le faire parvenir prudemment. »
En 1884, dans A Rebours (p. 262) J. -K. Huysmans rappela « cet extraordinaire poëme » et « cette minuscule plaquette » d’un si parfait raffinement.
Cette même année, une édition in-32, qui ne parut jamais, en fut annoncée aux pages des Taches d’Encre. L’explication s’en trouve dans une lettre inédite de Léo d’Orfer à Stéphane Mallarmé, qui avait exprimé son étonnement d’une édition projetée à son insu.
« Mon cher Maître,
« M. Tréban, le nouveau directeur de la Librairie Européenne, me communique la lettre que vous avez bien voulu lui écrire.
« Voici l’explication de l’annonce que vous avez probablement trouvée dans les Taches d’Encre que nous éditons pour M. Barrés et que je vous ai adressées moi-même.
« Au temps où je portai l’uniforme des fantassins à l’ombre des drapeaux de la République, vous avez bien voulu me céder l’ Après-Midi d’un Faune pour la mettre en tête du Permesse que je croyais pouvoir publier en ce moment.
« Je vous ai même parlé d’un tirage à part et vous avez accédé à ce désir tout naturel de la part d’un épris de vos œuvres tel que moi. Je vous ai offert de vous donner un certain nombre d’exemplaires sur papier de luxe, — comme droits d’auteur, las ! — et vous avez bienveillamment accepté. Je me rappelle même que je vous ai parlé d’un dessin — celui de Manet — à remettre en tête et vous n’avez pas voulu y consentir.
NOTES ET VARIANTES
« Ce n’est donc pas la Librairie Européenne, mais bien moi qui ai l’intention d’éditer l' Après-Midi d’un Faune, et tout l’honneur n’est pas pour l’auteur, mais bien pour l’éditeur.
« D’un autre côté nombre d’amis m’ont manifesté l’intention de posséder votre poënte tiré à part. Quelqu’un l’a annoncé dans un journal, et j’ai reçu nombre de lettres me demandant des exemplaires à quelque prix que ce soit. Trouvant un moyen de couvrir une partie de mes frais de papier, je l’ai donné comme devant être mis en librairie.
« Voilà l’histoire.
« ... En attendant, dites-moi par un mot si on peut continuer le travail, à peu près terminé du reste. Cela formerait une petite plaquette in-32. Je publie dans le même format un recueil de poésies de Rimbaud, les Fêtes Galantes de Paul Verlaine, fort probablement des poèmes de Hérédia, à qui je les ai demandés, et une plaquette de moi. Je compte publier aussi à cette époque des poésies de Cladel.
« Laissez-vous donc éditer, mon cher Maître. Les faunes et les Dieux savent que le marchand qu’il y a en moi laisse en ce moment parler l’artiste. Et puis il y a des amateurs qui attendent, et des amis aussi, ceux-ci d’abord.
Léo d’ORFER. »
Mallarmé s’y opposa-t-il ? le projet, en tout cas, n’eut pas de suite : ni les Fêtes Galantes , à vrai dire, ni les poésies de Rimbaud ne parurent davantage dans cette édition : bien que Léo d’Orfer lui-même ne disparût pas, et figurât deux ans plus tard encore aux sommaires de la Vogue.
A ce moment il existait encore en vente quelques exemplaires de l’ Après-Midi d’un Faune : nous le savons par une lettre adressée, le 18 mars 1886, par le poète à un admirateur inconnu, M. T. Lefeuvre, de Nantes, qui s’en était enquis :
« Vous trouverez /’ Après-Midi d'un Faune, luxueuse plaquette, chez l’éditeur Léon Vanier qui en garde deux ou trois exemplaires pour les amis inconnus. Vous êtes de ce nombre et je vous indique cette cachette. »
En avril suivant, Mallarmé cède pour mille francs à Vanier le droit de publier mille exemplaires de /’ Après-Midi d’un Faune. En mai, Vanier demande de réduire ce tirage de moitié.
Le reste de l’année se passe sans que s’annonce la publication de l’édition Vanier. Sur le chapitre de /’ Après-Midi d’un Faune, Mallarmé semble décidément s’être montré plus impatient que pour ses autres œuvres car, las des atermoiements de Vanier, il autorise bientôt la Rente Indépendante en la personne d’Édouard Dujardin, à en publier une édition courante qui parut au cours de l’année même, 1887 (voir Bibliographie). Dans une lettre à Émile Verhaeren, du 15 janvier 1887, Mallarmé, à propos des Poèmes d’Edgar Poe qu’il souhaite publier chez Deman, dit : « Je tiens à
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sortir de cette impasse, comme Dujardin m’a aidé à le faire pour le Faune en prenant les devants... »
11 pensa même à inclure /’ Après-Midi d'un Faune « dans le petit volume populaire » qu’on lui demandait en Belgique; c’est-à-dire dans l'Album de Vers et de Prose, petite brochure de 16 pages, au prix de 1 5 centimes, éditée à Bruxelles par la Librairie Nouvelle.
« Cela peut-il porter, malgré la différence de lieu de vente, un préjudice quelconque à votre édition ? » demandait Mallarmé à M. Édouard Dujardin (lettre du 11 juillet 1887). La réponse fut affirmative, car le 17 juillet, Mallarmé lui écrivait : « Donc, pas le Faune à Bruxelles. »
L’édition de la R evue Indépendante parut, portant la mention (évidemment suggérée ou approuvée par l’auteur) « édition définitive ». La différence de texte se bornait à une correction faite au 46e vers de ce poëme qui était fautif, le vers n’ayant ainsi que onze pieds :
Rêve en un long solo que nous amusions...
Cette nouvelle édition montre, à sa place :
Rêve dans un solo long que nous amusions...
Cette édition, vendue au prix de deux francs, ne comportait pas les illustrations de Manet pour lesquelles Vanier avait dû obtenir une autorisation que Mallarmé ne put accorder à deux éditeurs à la fois : mais Mallarmé tint à ce que le nom de Manet ne fût pas absent de cette édition pour laquelle devait être rédigée une note bibliographique précise (cf. Bibliographie).
L’édition de Léon Vanier porte également la date de 1887 : mais l’indication y est seulement « nouvelle édition ». Elle reproduit, mais réduite, l’illustration dont Manet avait orné l’édition originale. La correction, au 46e vers, y figure.
Contrairement à ce que dit Mme Noulet dans son ouvrage l'Œuvre poétique de Stéphane Mallarmé (p. 225), ce n’est pas de l’édition de la Revue Indépendante, mais de celle de Vanier dont l’auteur se désintéressa. Mme Noulet elle-même cite, à la même page, une lettre de Mallarmé à Vanier, qui montre déjà le peu de satisfaction que lui donnent les épreuves de cette édition :
« Maintenant, j’arrive aux épreuves du Faune. A leur vue, je reste confondu, ou n’en veux croire mes simples yeux. Avions-nous assez dit sur tous les tons, qu’à défaut de l’elzévir dix-huitième siècle de Vathek, le seul à sa place ici (je vous expliquerai pourquoi), il fallait tout chercher au monde, fût-ce les caractères modernes du journal, pour faire de cette plaquette quelque chose de tout différent de l’ancienne et qui ne lui ressemblât en rien... Or que m’envoie-t-on : exactement la mise en page du grand Faune, avec les mêmes caractères moins bien composés, voilà tout. Je n’en reviens pas. Ce ne serait alors qu’une contrefaçon bâtarde et économique que nous ferions; au lieu d’un nouveau
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petit ouvrage, sans un seul rapport avec l’autre que le texte et l’illustration. »
Dans cette édition, le renvoi placé, dans la Dédicace, après les mots « cher éditeur » dit : Préface de la ire édition (1876) : ce qui n’a aucun sens ou demeure ambigu, au lieu de désigner, nommément, cet éditeur, comme le fait l’édition de la Revue Indépendante.
Il vaut de remarquer que, dans les listes Du même auteur qui figurèrent, suivies de cette note : « Les éditions ci-dessus désignées de ses œuvres, sont seules conformes à la volonté de l’auteur et faites par ses soins », dans Pages (1891), dans Vers et Prose (1893), dans Poésies (1899), Mallarmé n’a inclus aucune de ces deux éditions « définitive » ou « nouvelle » de F Après-Midi d’un Faune.
Dans la liste de ses œuvres qui parut dans Pages en 1891, on peut lire cette indication :
F’ Après-Midi d'un Faune , édition nouvelle définitive pour h lecture et pour la scène, avec notes , indications, etc... ( sous presse).
Cette annonce n’est plus portée, dès 1893, dans Vers et Prose, ni à plus forte raison dans Poésies, l’édition de Deman (1899). La correspondance avec Deman, autour de 1891, ne contient aucune allusion à cette édition « nouvelle et définitive ». La précision « sous presse » semblerait indiquer un commencement d’exécution ou, à tout le moins, des pourparlers avec un autre éditeur : peut-être le poète ne faisait-il là qu’indiquer un vœu et montrer que les éditions récentes ne le satisfaisaient pas : en tout cas, on voit que bien longtemps après cette année 1865 où il écrivait le Faune pour la scène, il n’avait pas renoncé à une interprétation scénique de son poème.
On trouvera au sujet du Monologue du Faune et de Y Après-Midi d’un Faune une étude comparative très savante, dans l’ouvrage de Mme Noulet : l’Œuvre poétique de Stéphane Mallarmé, pp. 228- 247. On y verra notés les progrès de l’un à l’autre textes, les passages maintenus, la personnalité mieux dégagée, l’influence de Banville éludée.
On peut lire également avec profit le petit ouvrage intitulé « Une tentative d’initiation à la poésie mallarméenne | et valéryenne. | L’après-Midi d’un Faune \ de \ Stéphane Mallarmé | (Paraphrase et Commentaires ) ] Ne se vend pas | Imprimé pour quelques fervents de la poésie française | aux frais de Frédéric Lachèvre | tiré à cent exemplaires; s. d. [1935] et qui contient un Historique du poème Paraphrase et Commentaire et Exégèse, par M. Bjertrand] Gfuégan],
Albert Thibaudet a dit : « Dans l’œuvre de Mallarmé, F Après- Midi d’un Faune est le morceau des connaisseurs, ce morceau forme le point central, parfait à la fois simple et raffiné, où viennent converger toutes les directions flexibles, toutes les époques de son talent. » (La Poésie de Stéphane Mallarmé, p. 393.) Thibaudet
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concluait : « Rien n’est peut-être allé si loin que l’ Aprcs-Mtdi d’un Faune dans cette voie de la poésie pure. L’émanation de musique et de ballet que le poëte projeta d’en dégager, notre lecture, du projet seul, suffit à l’exhaler. Les visions et les ombres qui fuient de la flûte, de la plainte et de l’extase du faune réalisent autour de l’œuvre ces nuées renouvelées d’air limpide et d’or vivant... »
Rappelons l’opinion d’un poëte, celle de Francis Jammes.
« La clarté de ce poëme est aveuglante. La syntaxe des vingtdeux premiers vers est la plus pure et la plus exacte qu’un écrivain ait jamais édifiée. Mais on ne distingue rien à première vue, et, si l’on analyse ensuite, la masse à nouveau se perd dans le détail, qu’il faudra encore dégager.
« Cependant cela veut dire que des roses se balancent, que leur incarnat se reflète dans l’eau bleue des fontaines dont la fraîcheur, mêlée à celle de la brise, lutte avec la chaleur, et le murmure rivalise avec les modulations de la flûte. L’ensemble de ces sensations, reçues par le faune assoupi, lui donne l’illusion qu’il étreint les nymphes en fleur, contrastant entre elles comme le froid avec le chaud, l’azur avec l’ombre, le passionné sanglot avec le chaste soupir.
« Tout cela est transparent, dis-je. Mais nul mortel, à moins qu’il ne soit, à ses moments perdus, un dormeur éveillé, c’est-à-dire lui-même poëte, ne saurait apercevoir une seule molécule de cette vibration solaire. » (Francis Jammes : Lefons Poétiques, p. m; 1 vol. Mercure de France, 1930.)
Dans le numéro de janvier 1888 de la R evue Indépendante, p. 166, on pouvait lire ceci : Glose à l’ Après-Midi d’un Faune, par V.-Emm. C. Lombard!, « dix pages de musique pour le piano : inexpérience candide et charme épars ». Ce fut la première manifestation d’une suggestion musicale inspirée par l’églogue de Mallarmé. Elle devait, quatre ans plus tard, en inspirer une d’une plus rare qualité. C’est en 1892 que Claude Debussy entreprit le Prélude à l’après- Midi d’un Faune qu’il acheva en septembre 1894 et qui fut donné en première audition à la Société Nationale le 22 décembre 1894 et publié chez Fromont en 1895.
Dès 1887, Debussy avait témoigné de son goût pour le poëme de Mallarmé en en donnant un exemplaire à Paul Dukas, avec cette dédicace :
« Amitiés, Esthétique... Toute la Lyre. — A Debussy. 25. 5. 87. »
Il semble bien que Debussy avait conçu d’abord une œuvre plus étendue, car, dans la partition originale de la Damoi selle Élue (Librairie de l’Art Indépendant, 1893) on lit : « En préparation : Prélude, Interludes et paraphrase finale pour « /’ Après-Midi d’un Faune ».
Le compositeur, dans une lettre à G. Jean- Aubry, du 25 mars 1910, a rapporté l’impression qu’eut Mallarmé de l’audition, au piano, du Prélude. « Mallarmé vint chez moi, fatidique et
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orné d’un plaid écossais. Après avoir écouté, il resta silencieux pendant un long moment, et me dit : « Je ne m’attendais pas à « quelque chose de pareil ! cette musique prolonge l’émotion « de mon poëme et en situe le décor plus passionnément que la « couleur. »
Mallarmé dut assister à la première audition, où l’œuvre fut, d’ailleurs, très favorablement accueillie et il adressa, alors probablement, au compositeur, une lettre dont nous ne connaissons que ce passage :
« Votre illustration de P Après-Midi d'un Faune , qui ne présenterait de dissonance avec mon texte, sinon qu’aller plus loin, vraiment, dans la nostalgie et dans la lumière, avec finesse, avec malaise, avec richesse. »
C’est assez tardivement que Mallarmé envoya à Debussy un exemplaire de P Après-Midi d'un Faune , orné du quatrain qu’on trouvera parmi les Vers de Circonstance. Une carte de visite, peu avant, disait : « Je n’ai pas mis de coté le Faune que, bien sûr, vous avez envoyé chercher : et soudain hier, en regardant l’eau couler, j’y songeai, pourquoi ?... « (Catalogue de la vente de la collection Claude Debussy, 30 novembre 1933. Georges Andrieux, Paris.)
Dans le Mercure de France d’avril 1895, paraissait un Petit Vapereatt des Musiciens avec cette note : « Debussy (C. A.), aspire à l’ héritage de Mallarmé. »
En 1912 le danseur Nijinski tira du poëme de Mallarmé et de la musique de Claude Debussy un argument chorégraphique et l’ouvrage fut représenté cette année-là à Paris, au cours de la saison des « Ballets Russes ».
Monsieur Henry Charpentier a donné, dans Empreintes, en janvier 1949, ce fragment inédit du Réveil du Faune, qui devait terminer le poëme scénique composé de la première version de P Après-Midi, d’un dialogue des deux nymphes, et d’un monologue qnal d’où ces dix-huit vers ont été extraits :
Par les sables, calme’. faunes, avec des airs Ee doux frémissement des aurores marines Élevant sur la vague humide les narines.
Si mon jeune roseau parmi la Grèce plut,
Vous encore, tritons illuminés, salut
Des conques au quadrige effréné, de la brume
Vainqueur, et recouvrant les perles et P écume.
Prélude ruisselant, plages, dauphins, lever.
Je veux, dans la clarté transparente, innover Une âme de cristal pur que jette la flûte Et je fuis immortel, vainqueur en cette lutte.
Les femmes qui pour charme ont aussi de beaux pleurs.
N’est-ce pas moi qui veux, seul, sans que tes douleurs Me forcent, idéal limpide ?
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A la piscine
Des sonnes , à l’horreur lustrale qui fascine Ua^ur, je vais déjà tremper l’être furtif Qui de leur glace va renaître , primitif.
Faut-il ajouter qu’il s’agit d’un brouillon ?...