‹ OEuvres complètesChapitre 546 sur 655 · P. 65. BILLET A WHISTLER · texte numérisé non relu

P. 65. BILLET A WHISTLER

(Paris, novembre 1890.)

En publiant ce sonnet dans son numéro de novembre 1890, p. 353, la revue belge la Wallonie le faisait précéder de cette note : « Ce sonnet de Stéphane Mallarmé parut à Londres, en novembre 1890, dans The Whirhvind [le Tourbillon ], journal qui représente un ton spécial de plaisanterie anglaise et dont certains numéros

N O T F. S ET VARIANTES

sont rendus précieux par d’admirables lithographies qu'v publie parfois M. Whistler. » Le nom du journal anglais a inspiré le poëte.

Variante : str. 2, vers 1 : Pour tout ensuite rebattu.

L’ouvrage de Théodore Durer : Histoire de J. Aie. N. Whistler et de son œuvre (p. 126, Floury, éd., Paris, 1904) nous apprend que The Whirlrvind fut fondé, cette année-là, à Londres, par deux jeunes gens désireux à la fois de ranimer la cause des Stuarts, de répandre la connaissance des œuvres de Stéphane Mallarmé, et de célébrer les mérites de Whistler : rien, sur ces deux derniers points, ne pouvait donc être mieux approprié à leur revue que le charmant salut poétique de Mallarmé à Whistler. Cette revue mourut presque dès sa naissance et Mallarmé n’y put collaborer que cette unique fois.

Des lettres inédites de Whistler, extrayons ce qui a trait à ce sonnet. Les lettres, non datées, ont pu l’être par les timbres de la poste.

[Londres, 29 octobre 1890.] « ... Oh ! le sonnet ! Si vous saviez comme je me fais d’avance une joie de le lire. Ah ! ah ! ah ! »

[Londres, 19 novembre 1890.] « ... Vous devez bien savoir, mon cher ami, que j’ai été ravi en lisant le joli sonnet !

... la rue

Sujette an unir vol de chapeaux !

« Splendide ! !

« Tout le monde est enchanté et nous sommes bien fiers, — surtout moi !...

... puisse l’air De sa jupe éventer Whistler.

est-ce assez superbe et dandy en même temps ?

« Eh bien, nous avons osé tout en tremblant, entreprendre la correction des épreuves ! 11 s’agissait de faire paraître le sonnet et les lithographies ensemble, j’y tenais. Donc il fallait de l’audace ! Enfin Duret arrive au bon moment, je l’envoie chercher, nous avons consulté ensemble et...

« Mon cher Mallarmé, je viens de recevoir votre charmante lettre, tout est bien alors ! Hurrah ! Vous approuvez donc ! »

P. 65. PETIT AIR I

(Paris, 1894.)

Deux documents éclairent les circonstances de la naissance et de la publication de ce poème.

Parmi les papiers du poëte fut trouvée une lettre sur du papier à en-tête du journal , datée du 12 novembre 1894 et signée Schwartz, adressée à Mallarmé, elle était ainsi rédigée :

NOTES ET VARIANTES

« Mon cher Maître,

« Permettez-moi de venir vous soumettre une petite remarque au sujet du sonnet que vous avez bien voulu m’envoyer et qui est destiné à prendre place dans les Cantiques d’ Amour. Si vous vous le rappelez, je vous avais communiqué un dessin qui avait pour titre et sujet : les Baisers ; le sonnet remis par vous ayant pour titre : Bain, nous dûmes faire traiter les Baisers par un autre poëte, décidant néanmoins, par respect pour votre talent, de publier en supplément votre poésie. Or, c’est ici que je prends la liberté d’élever deux objections qui sont les suivantes : i° Le titre et le sujet de Bain s’éloignent, nous semble-t-il, du caractère même du recueil qui, son titre l’indique, est exclusivement consacré à l’Amour. — 20 Votre sonnet, par suite des raisons précitées, n’étant pas accompagné d’une illustration, devrait être, pour ainsi dire, une sorte de conclusion des douze chants en question, qui tous, comme je vous le disais, ont pour objet l’idylle éternelle.

« Permettez-moi donc de venir vous demander. Monsieur et cher Maître, si vous voudriez bien prendre la peine de nous favoriser d’un nouveau sonnet conçu dans l’esprit que je viens de vous faire connaître, et ce, aussitôt qu’il vous serait possible, l’impression de l’album n’étant plus retardée que par cette circonstance. Dans cet espoir, je vous prie d’agréer, etc... »

A cette lettre se trouvait joint le brouillon, au crayon et de la main de Mallarmé, de la lettre suivante :

« Monsieur,

« Je me rappelle avoir jeté les yeux sur l’image que vous me remîtes, où le jeune calicot qui apparaît, devant un étang, me semble, tout autant qu’à lui prodiguer des baisers, inviter sa collègue de rayon à risquer un bain; en outre, votre interprétation si spéciale et un peu directe pourrait n’être pas conforme à mes habitudes ni à mon âge.

« Je profite, à l’instant, du malentendu pour adresser ces quatorze vers à une publication d’art qui me sollicitait, et je n’ai qu’à gagner.

« Je retire donc le sonnet et décline votre flatteuse proposition de paraître, en treizième, pour résumer l’envoi de mes confrères : aussi je sais peu faire, principalement refaire, sur commande.

« Ce n’est qu’un très petit accident où, croyez-le, je le dis pour vous rassurer, ma susceptibilité n’est pas en jeu : je n’en conserve pas moins précieusement votre lettre.

« Agréez mes sentiments. S. M. »

Cette lettre, d’une insidieuse ironie, fut-elle envoyée par le poëte, nous ne le savons pas : mais tout porte à croire que cette demande émanant du journal avait dû être faite à l’instigation de Catulle Mendès; et il est hors de doute que ce sonnet intitulé Bain est celui qui, en novembre 1^94, c’est-à-dire immédiatement après

NOTES ET VARIANTES

cette lettre, parut dans la publication l'Épreuve , sous le titre : Petit Air.

Il y fut reproduit, en fac-similé; le texte y apparaît sans aucune ponctuation, de même que dans un autre manuscrit (collection Bonniot).

M. Charles Mauron, dans ses Commentaires, note que le poëte, en compagnie d’une maîtresse se trouve, au coucher du soleil, assis au bord d’une rivière. La jeune femme va se baigner. Le regard du poëte ne découvre rien de ce qui a été le charme du paysage d’autres fois. Soudain un oiseau blanc s’envole. La courbe de la rivière semble suivre son vol. La baigneuse plonge. Les deux événements sont en relation : le poëte en introduit une entre le vol blanc et glissant de l’oiseau et le glissement furtif de la chemise de la baigneuse.

Albert Thibaudet note : « Voici sans doute ce qu’a voulu faire Mallarmé. Une baigneuse nue, à la campagne, lui rend l’impression de lignes qu’en telle ville (Bruges peut-être ou quelque coin de Paris), lui donnèrent, le long de l’eau, un quai fusant de pierre et la gracilité d’un cygne. Et les six derniers vers ont pour objet de faire recomposer au lecteur, en une sorte, à la fois, d’idée de la blancheur et d’impression de- blancheur, ces trois groupes confondus de lignes, métaphores chacun à chacun, du quai, du cygne, de la baigneuse. » (La Poésie de Stéphane Mallarmé , p. 52.)

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