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P. 67. LE VIERGE, LE VIVACE

Imprimé d’abord dans la Revue Indépendante de mars 1885, puis, sans variante aucune, dans les Poésies (1887), ce sonnet est peut-être né d’une image ancienne empruntée à Gautier dans les Émaux et Camées :

Un cygne s’est pris en nageant Dans le bassin des Tuileries.

Nous n’en connaissons aucun manuscrit autographe, ni référence d’aucune sorte qui permette de lui assigner une date plus précise que celle de sa publication.

Au sujet de ce sonnet, Albert Thibaudet a fait les remarques suivantes :

« Les quatorze rimes du sonnet sont en /, comme dans une

NOTES ET VARIANTES

laisse assonancée de chanson de geste. Elles développent sur la voyelle aiguë et contractée la monotonie d’un vaste espace solitaire, silencieux, tout blanc de glace dure... Les derniers vers des tercets reproduisent transversalement la même ligne d’assonances, en parallèles. Le dernier vers des quatrains étale d’un grand geste nu, sous le soleil froid qui l’éclaire, la congélation qu’il exprime. Dans le dernier vers du sonnet, le dernier mot, la longue du Cygne, soulignée visuellement par la majuscule (rare chez Mallarmé), isolée et mise en valeur entre trois syllabes demi-muettes, arrête avec sûreté et poids l’oiseau dans cet espace de consonances, blanc comme lui, et dbnt en lui se gonfle le cœur harmonieux, nostalgique, douloureusement. » (La Poésie de Stéphane Mallarmé, p. 250.) De Mme E. Noulet ces lignes : « Aucun poëme ne fut plus commenté ni plus paraphrasé; aucun ne fut plus inconnu. Personne qui n’ait vu en lui le contraire de ce qu’il dit, et qui n’ait tiré de lui la citation qui illustrât la thèse qu’il ne défend pas. Traduit à contresens, il était facile de lui trouver des antécédents. Trop influencé par le Cygne de Baudelaire ou V Albatros ou les Torts du Cygne de Banville, on a vu en lui le développement du thème romantique, devenu banal : le poëte prisonnier des contingences de la vie, exilé de sa pureté natale. C’est le Moïse de Vigny qu’isole son génie et qui est près de le maudire. Interpréter ainsi le sonnet de Mallarmé, c’est l’avoir mal lu; c’est en faire une réplique des Fenêtres, plutôt que de l'Azur... » (L'Œuvre poétique de Mallarmé, p. 263.)

On se rappelle que dans A la recherche du Temps perdu, de Marcel Proust, le narrateur, au cours de la lettre de rupture qu’il adresse à Albertine, cite le second quatrain de ce sonnet que, dit-il, il se propose de faire graver sur son yacht. (Albertine disparue, I, p. 66.)

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