P. 74. SURGI DE LA CROUPE ET DU BOND
11 parut dans la Revue Indépendante, numéro de janvier 1887. Nous avons rétabli le point d’exclamation après le 4e vers, tel que dans l’édition originale.
Voici le commentaire donné par Teodor de Wyzewa dès la publication de ce sonnet :
« Sur la table, un vase, un mince vase où naguère des fleurs s’irradiaient. Le poète l’aperçoit : il considère la délicate forme contournée, la fragile coupe de verre qui semble bondir, et puis il en voit s’élever le col, mais sitôt s’interrompre. Tristement le poète songe que nulle fleur n’est à consoler son amère veillée. C’est le départ poétique : alors l’émotion survient. Pourquoi donc ne trouve-t-il pas en lui-même, le poète, cette fleur qu’il désire ? /
Ne peut-il l’évoquer, de par son vouloir souverain ? Ah ! sans doute / il est par sa naissance condamné à n’y pas parvenir : une héréditaire
NOTES ET VARIANTES
inertie lui incombe. Sans doute ses parents auront négligé de lui mander cette force d’évocation, négligé de boire à la source féconde de Chimère : et la source s’est tarie, inemployée. Hélas ! le vase ne revêt point sa chaude couronne : il agonise, inutile, veuf de tout autre breuvage que sa vacuité morne, et ne consent point à faire enfin surgir, sous le stérile vœu de l’artiste, surgir ce faite qui le devrait sacrer : une odorante floraison de roses. » (Revue Indépendante , février 1887.)
Persisterait-il dans ce sonnet comme une lointaine réminiscence de la Chimère de Théophile Gautier, que Mallarmé lut, en 1863, dans les Poésies diverses et dont la première strophe était :
Une jeune chimère , aux livres de ma coupe ,
Dans l'orgie , a donné le baiser le plus doux :
Hile avait les yeux verts , et jusque sur sa croupe Ondoyait en torrents l'or de ses cheveux roux.
En 1913, Maurice Ravel mit en musique ce poème de Mallarmé, pour chant, piano, quatuor, deux flûtes, deux clarinettes : l’ouvrage fut achevé à Saint-Jean-de-Luz le 27 août 1913, et parut peu apres chez l’éditeur Durand (Paris, 1913).