‹ OEuvres complètesChapitre 559 sur 655 · P. 74. UNE DENTELLE S’ABOLIT · texte numérisé non relu

P. 74. UNE DENTELLE S’ABOLIT

Parut, avec les deux précédents sonnets, dans la Revue Indépendante, janvier 1887. Nous rétablissons la virgule après Mais, au 9e vers, telle qu'elle figure dans le texte de cette revue.

Citons le commentaire qu’en donna jadis Teodor de Wyzewa :

« Un rideau de dentelles : par lui s’insinue au poète l’idée d’une couche nuptiale. Il aperçoit que nul lit n’est, sous cette dentelle; elle lui paraît un blasphème, ainsi entr’ouverte sur le vide de la fenêtre pâle. Ce blanc conflit monotone, qui sans fin répète les lignes vagues, sur la vitre où il semble fuir, il flotte, mais ne recouvre point la couche nuptiale qui lui sied. Mais voici que le Rêve survient et que s’efface, par lui, la triste songerie : car dans l’âme de celui qui se dore du rêve, sommeille une harmonieuse mandore éternelle; dans l’abîme de l’âme d’où naît toute musique, sommeille la mandore magique de la fantaisie. Et qu’importe désormais l’absence d’un lit sous cette dentelle ? Volontairement le poète se conçoit enfanté du rêve, fils de cet éternel pouvoir qui gît au fond de son âme. Le contour bombé de la mandore, n’est-cc pas le royal ventre, où germe, supérieure aux duperies des temporelles existences, l’intime vie de fiction; et cette dentelle qui tantôt s’effaçait, voyez comme elle est un somptueux décor au lit vraiment réel où le poète se veut naître ! » ( Revue Indépendante, fév. 1887.)

M. Charles Mauron, dans son commentaire de ce poème, remarque qu’on retrouve dans ce sonnet les mêmes associations que dans Don du Poème : la même fenêtre qui pâlit, la femme endormie.

i 5 oo

NOTES ET VARIANTES

la tendresse de la maternité, et même cette vague douceur musicale qui rappelle des instruments anciens; et il ajoute : « C’est la lin du triptyque. Le premier sonnet Tout orgueil... a l’atmosphère du crépuscule après le coucher du soleil, la torche éteinte, la fumée qui monte, l’ombre et la solitude qui descendent. Le second est le milieu de la nuit, « une rose dans les ténèbres ». Dans le troisième la fenêtre pâlit et la série tout entière se relie, par maintes évocations, avec les propres veilles du poète, avec leur froide solitude, leurs efforts souvent stériles... c’est le poème de l’aube. »

Albert Thibaudet a dit ( la Poésie de Stéphane Mallarmé, p. 195) :

« Voici un sonnet où une chambre blanche et les rêves qui l’habitent ne s’expriment que par des signes de mouvement... Tout ce frémissement de mouvements enchevêtrés et esquissés vient, comme à son émissaire naturel, confluer à une musique ou à une absence évocatrice de musique. »

Page 1