P. 249. LES POÉSIES PARISIENNES
(Sens, décembre 1861.)
L’article consacré à ce recueil de vers d’Emmanuel des Essarts annoncé pour 1862 chez Poulet-Malassis, parut dans la revue parisienne le Papillon, le 10 janvier 1862, et constitue sans doute la première publication de Mallarmé.
Emmanuel des Essarts, nommé en octobre 1861 professeur de seconde au lycée de Sens, au sortir de l’École Normale, avait fait, presque dès son arrivée dans cette ville, la connaissance de Stéphane Mallarmé, qui était son cadet de trois ans. Fils d’Alfred des Essarts conservateur de la Bibliothèque Sainte- Geneviève, qui s’était acquis quelque notoriété comme poète d’un genre élégant et facile, Emmanuel des Essarts avait, dans le salon de son père, rencontré Musset, Victor Hugo, Théophile Gautier et autres : ces fréquentations avaient aiguillonné son ardeur poétique, et durant ses années de Normale où il avait été l’élève de Sainte-Beuve, il avait composé la plupart des poèmes qu’il se hâta de faire paraître au début de 1 862. L’ouvrage n’était pas même encore publié que son auteur s’était assuré la complaisance admirative de son nouvel ami provincial.
NOTES ET VARIANTES
et non content de faire chanter ses louanges par Mallarmé à Paris, il ne s’opposa pas à ce que celui-ci récidivât dans la presse locale et un nouvel article également élogieux parut sur le même sujet dans le Sénonais du 22 mars 1862.
Ce recueil poétique trahissait quelque peu l’influence de Gautier et de Théodore de Banville, et, plus fortement, celle d’Alfred de Musset et de Victor de Laprade.
On trouvera, sur la carrière de l’auteur des Poésies parisiennes tous les détails essentiels dans l’ouvrage de Melva Lind : Un Parnassien universitaire : Emmanuel des Essarts ( /S3y-/yoy ) (les Presses Universitaires, Paris, 1928).
Tour à tour professeur de rhétorique à Avignon (janvier 1864juillet 1865), à Moulins (octobre 1865-décembre 1867), à Orléans (janvier 1868-juillet 1869), à Nancy (octobre 1869-mai 1871), à Nîmes (mai 1871-novembre 1872), professeur suppléant à la Faculté des Lettres de Dijon (novembre 1872), chargé de cours de littérature étrangère à la Faculté de Clermont-Ferrand en 1873 et pourvu de la chaire de littérature française à la même faculté à partir de 1874, il en était doyen lorsqu’il mourut, le 17 octobre 1909. Il entretint, de 1862 à 1874, avec Stéphane Mallarmé une correspondance suivie dont nous n’avons malheureusement que les lettres de des Essarts. La Vie de Mallarmé de M. Henri Mondor (N. R. F., Paris, 1941) éclaire les circonstances et le caractère des relations qu’entretinrent alors ces deux jeunes gens au début de leurs carrières, qui devaient par la suite prendre des voies et des aspects fort opposés.
D’après M. Auriant, dans Sur des vers retrouvés de Stéphane Mallarmé ( Nouvelle Revue française, Ier mai 1933), le dernier paragraphe de l’article de Stéphane Mallarmé où l’auteur prend la défense des blondes, serait un hommage galant à l’adresse d’Olympe Audouard, la blonde directrice du Papillon, revue dont le premier numéro avait paru exactement un an auparavant et qui avait compté comme collaborateurs Théophile Gautier, Arsène Houssaye, Charles Monselet, etc...
P. 252. LA MILANAISE ET L’AUTRICHIEN (Sens, mars 1862.)
Cet article parut dans le n° du 19 mars 1862 du Sénonais, journal de l’Yonne, qui paraissait à Sens les mercredi et samedi.
L’acteur-auteur dramatique qu’était alors Léon Marc, et qui montrait pour la poésie un goût dont il devait donner des témoignages renouvelés par la suite, avait dû intéresser des jeunes gens férus de poésie comme l’étaient des Essarts et Mallarmé, dans une petite ville où ils trouvaient peu à partager leurs enthousiasmes. Des Essarts, qui nourrissait alors des ambitions théâtrales et Mallarmé qui montra toujours pour le théâtre un goût diffici-
NOTES ET VARIANTES
lement satisfait, entrevirent peut-être quelque appui, de la part de Léon Marc, pour leurs projets littéraires.
Il est probable que Léon Marc ne fit à Sens qu’un séjour de courte durée et que les hasards de tournées théâtrales l’entraînèrent bientôt ailleurs : la correspondance de Mallarmé ni celle de ses amis, durant les mois suivants, ne contient d’allusion à ce comédien-auteur; mais les relations de celui-ci avec Mallarmé ne cessèrent pas aussi brusquement. Nous avons trouvé, parmi les papiers du poète, des lettres de Léon Marc datant de quelques années plus tard. L’une, de Paris, iz avril 1865, témoigne que Léon Marc et Mallarmé s’étaient revus dans cette ville pendant les vacances de 1864. Léon Marc semble avoir été alors employé à l’état-civil d’une mairie parisienne; il disait préparer un volume de poèmes : la Fille de Saturne. En 1872 il publia un recueil de vers intitulé : Oiseaux des Tempêtes (Rêves du Nord, Broussailles, Louise, Vespérales) portant comme indication d’éditeurs : Bruxelles : Librairie Universelle; Paris : Galerie d’Orléans; Cambrai (Nord) : Em. Flanneau, libraire, rue Neuve, u, 1871. Ce volume de poèmes débute par une préface de neuf pages, dédiée à Al. Stéphane Mallarmé , littérateur , < professeur de langues étrangères (sic) au lycée d'Avignon.
Dans cette préface, on pouvait lire, entre autres choses : « Ne pouvant croire à un public de lecteurs, je dois néanmoins demander pardon des imperfections de ce livre au cercle d’amis auquel il est destiné. Permettez-moi donc de personnifier en vous ce cercle restreint... Depuis longtemps, d’ailleurs, j’attendais l’occasion de m’acquitter d’une dette de reconnaissance, d’abord envers vous, cher critique... Vous avez écrit quelque part, dans un journal, en rendant compte d’une pièce de moi, jouée en province, une phrase se terminant ainsi : « Cette victoire remportée sur le temps et « toutes les fatalités... » Vous ne pensiez peut-être pas avoir si bien deviné ni dire si juste... Que de choses envolées depuis l’époque où vous écriviez votre article ! »
Et cette préface-dédicace se termine par « Tout à vous de cœur et de souvenir ».
Ce recueil renferme des poèmes d’un style facile mais non dépourvu de tenue et qui portent l’empreinte des influences de Banville et de Musset. 11 n’est pas sans intérêt, étant donné l’époque de la publication de ce recueil (1871), de noter que l'une des parties du recueil : Louise , poème symphonique est dédiée à Richard Wagner.
Au dos de ce recueil est annoncé : « Pour paraître : les Drames de l'Impasse : N° 1. Un mariage milanais; N° 2. Le Cavalier; N° 3. André Vesale. »
La première de ces pièces est évidemment celle dont, dix ans plus tôt, Mallarmé avait rendu compte.
La phrase : « Cette victoire remportée sur le temps et toutes les fatalités... » que rappelle cette dédicace, ne figure pas dans l’article du Sénonais au sujet de la Milanaise et T Autrichien. La mémoire de
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Léon Marc ne devait pourtant pas être en défaut, puisque, dans sa lettre du 12 avril 1865, à Stéphane Mallarmé, il disait déjà : « Je me répète les paroles que vous avez dites dans le temps au sujet d’une de mes productions dans un bienveillant article de journal : « C’est une victoire remportée sur le temps et toutes » fatalités. » Il faut donc qu’il ait paru, vers la même époque (1862), un autre article de Mallarmé dont nous n’avons pu trouver trace, en tout cas, dans le Sénonais, sur un autre ouvrage ou sur le même, de Léon Marc.
A cette époque, ou peu après, Léon Marc rentra à Cambrai, sa ville natale, et y fit du journalisme. En 1876, il y était rédacteur au journal le Libéral , et nous avons, du 28 juin de cette année-là, une lettre où il remercie Mallarmé de l’envoi de la Préface à Vathek et déplore, au sujet du Patine , le parti pris par Mallarmé des éditions limitées et coûteuses : « Pardonnez-moi, mon cher Stéphane, si j’ai le défaut d’être resté jeune et de conserver quelques-unes des illusions de la jeunesse; je crois que vous entrez, vous, trop jeune, dans les illusions des vieux. Pourquoi n’écrivez- vous que pour les bibliomanes ? »
Dans cette même lettre, il dit être allé à Paris en avril 1875, pour trois jours, et avoir eu le grand désir de le voir, mais il avait totalement oublié à quelle institution Mallarmé appartenait comme professeur.
Nous n’avons pas d’autre document sur les relations de Mallarmé et de Léon Marc après cette date.
Dans l’article de Mallarmé, les allusions à Glatigny (qui durant l’hiver 1861-62 joua, en effet, la comédie à Rennes) et à Auguste Vacquerie, étaient inspirées, selon toute vraisemblance, par les relations d’Emmanuel des Essarts avec ces deux poètes.
Quelques mois plus tard, alors que Mallarmé était encore à Sens, commença entre lui et Albert Glatigny une correspondance qui devait se poursuivre jusqu’à la mort de l’auteur des Vignes folles. Les lettres seules de Glatigny nous sont parvenues : elles attestent la vive amitié réciproque des deux poètes, amitié entretenue non seulement par cette correspondance, mais encore par les séjours que fit Glatigny chez les Mallarmé, à Tournon, puis à Avignon, au cours de sa carrière agitée et famélique de comédien ambulant.
Pour ce qui est de Vacquerie, on sait qu’il existe (coll. H. Monder) un manuscrit du poème de Mallarmé, les Fenêtres, datant de l’année suivante, qui porte une dédicace : «AM. Auguste Vacquerie », dédicace qui ne fut pas maintenue lors de la publication de ce poème dans le Parnasse contemporain.