P. 510. VERLAINE
(Paris, 9 janvier 1896.)
Ce texte n’est autre que celui du discours que Stéphane Mallarmé prononça aux obsèques de Paul Verlaine qui eurent lieu le 10 janvier 1896 au cimetière des Batignolles, après un service à Saint- Etienne du Mont, où l’orgue fut tenu par Gabriel Fauré. Après François Coppée, Maurice Barrés et Catulle Mendès et avant Jean Moréas, Mallarmé prononça ces paroles qui furent publiées dans le n° 125 de la Revue encyclopédique (25 janvier 1896, p. 56) et dans la Plume, n° du Ier février.
Verlaine était mort à Paris, rue Descartes, le 8 janvier, à l’âge de 52 ans.
Leurs relations remontaient à cette lettre, à la fois admirative et gouailleuse, que le 22 novembre 1866, Verlaine avait adressée à Mallarmé qui venait de s’installer à Besançon, lettre qui accompagnait l’envoi des Poèmes Saturniens tout récemment parus et à laquelle Mallarmé avait répondu le 20 décembre suivant par une lettre déjà amicale, et d’un jugement déjà si profondément circonstancié.
Ce n’avait été qu’un échange de signaux de reconnaissance; puis cinq ans avaient passé sans que les poètes, l’un à Avignon, l’autre à Paris, se rencontrassent; à peine Mallarmé fut-il venu se fixer aux Batignolles que Verlaine souhaita le voir, un mercredi; mais presque aussitôt alors, c’est le début pour Verlaine de ses scènes de ménage, de son accointance avec Rimbaud, de ses fuites et de ses « malheurs » et il passera encore sept ou huit ans, vrai-
NOTES ET VARIANTES
semblablement, avant que l’ancien professeur improvisé de français en Angleterre écrive au professeur d’anglais en France, au sujet d’une édition bon marché des poésies d’Edgar Poe.
Ainsi, à partir de 1879, les relations, à tout le moins épistolaires, se multiplient : envois de livres réciproques; études de Verlaine sur Mallarmé dans les Poètes Maudits et dans les Hommes d’aujourd’hui ; visites de loin en loin de Verlaine rue de Rome, de Mallarmé cour Saint-François ou aux hôpitaux; cordialité et compassion de la part de Mallarmé, admiration nuancée de respect et d’un peu de timidité du côté de Verlaine. Il y eut encore comme lien entre eux le souci que Verlaine prit, vers 1886, de son fils qu’il n’avait vu depuis des années et qu’il apprit être élève dans le lycée où Mallarmé professait; et leur commune amitié pour Villiers de l’Isle-Adam, alors si près de sa mort.
En septembre 1889, à l’intention du recueil prochain Dédicaces , Verlaine compose — et adresse à Mallarmé quelques jours plus tard — un sonnet facile et gouailleur :
Des jeunes — c’est imprudent —
Ont, dit-on, fait une liste Où vous passer symboliste.
Symboliste ? — cependant
Que d’autres, dans leur ardent Dégoût naïf ou fumiste Pour cette pauvre rime iste M’ont bombardé décadent.
Soit ! chacun de nous en somme Se voit-il si bien nommé ?
Point ne suis tant enflatn?né
Que ça, vers les nymphes, cotnme Vous n’étes pas mal armé Plus que Sully n’est Prud’homme.
Prié en 1893, de présider le VIIe Banquet de la Plume et d’indiquer son successeur, Mallarmé désigne sur-le-champ Verlaine et demande qu’on donne bien à entendre qu’une circonstance fortuite seule l’a fait l’y précéder.
En octobre 1894, Verlaine avait été élu Prince des Poètes, Mallarmé, dix-huit mois plus tard, se vit appelé à le remplacer dans ces fonctions honorifiques et vagues : un peu avant, il saluait de ce noble discours le départ, hors de ce monde, de l’auteur de Sagesse.
Sur l’ensemble et les détails des relations de Mallarmé et de Verlaine, cf. Henri Mondor : /’ Amitié de Verlaine et Mallarmé (1 vol., Gallimard, Paris, 1939).
NOTES ET VARIANTES