‹ OEuvres complètesChapitre 610 sur 655 · P. 481. VILLIERS DE L’ISLE-ADAM · texte numérisé non relu

P. 481. VILLIERS DE L’ISLE-ADAM

(Paris, 1889-1890.)

C’est le texte d’une conférence faite en Belgique, à six reprises, dont deux fois à Bruxelles (l’une au Cercle Artistique, le 1 1 février 1890, l’autre au Groupe des XX, le 15), à Anvers le 12, Gand le 13, Liège le 14 et Bruges le 18. Stéphane Mallarmé avait quitté Paris le dimanche 9 février 1890 et avait été à Bruxelles l’hôte de l’avocat Edmond Picard. A son retour, il répéta cette conférence à Paris, dans le salon de Mme Eugène Manet (Berthe Morisot), 40, rue de Villejust, le jeudi 27 février 1890.

Dans l'Art Moderne de Bruxelles, le 16 février 1890, c’est-à-dire au lendemain même, il en avait paru un compte rendu des plus chaleureux dont l’auteur était Émile Verhaeren : la conférence

NOTES ET VARIANTES

elle-même fut publiée dans cette même revue (numéros des 23 fév. et 2 mars 1890), puis dans la Revue d'aujourd'hui du 15 mai suivant. Elle parut sous la forme d’une plaquette tirée à 50 exemplaires, la même année, à la Librairie de l'Art Indépendant et, de nouveau, en 1892, chez l’éditeur Paul Lacomblez, à Bruxelles. En 1893 le recueil Vers et Prose et en 1897 celui des Divagations n’en continrent que des fragments fort brefs.

Entre ces deux éditions de sa conférence, l’idée vint à Mallarmé de former une suite de cette sorte de publications et de consacrer d’autres conférences ou études à des hommes qu’il avait particulièrement connus et aimés : mettant au-dessus du nom de Villiers de ITsle-Adam, le titre les Miens et le numéro I, il prévit et annonça deux études du même genre qui seraient consacrées à Édouard Manet et à Théodore de Banville, études dont on ne regrettera jamais assez qu’elles ne parurent pas.

Le fragment de cette conférence donné dans Divagations comporte quelques modifications minimes apportées par l’auteur, touchant principalement la ponctuation : elles ont été introduites dans notre texte.

C’est en septembre 1864, à Choisy-le-Roi, où il était allé rendre visite à Catulle Mendès que Stéphane Mallarmé rencontra pour la première fois Villiers de ITsle-Adam; la sympathie fut immédiate et réciproque, l’admiration vive. Les rencontres furent rares, Mallarmé étant reparti peu après pour Tournon, Villiers partageant son temps entre Paris et Saint-Brieuc : mais de temps en temps des lettres animées et cordiales s’échangeaient. Mallarmé souhaite à Tournon la venue de Villiers que celui-ci promet mais ne peut réaliser. En 1867, devenu rédacteur en chef de la Revue des Lettres et des Arts, Villiers de l’Isle-Adam s’empresse de demander la collaboration de Mallarmé. En août 1870, il vient le voir à Avignon en compagnie de Catulle Mendès et de Judith Gautier.

A partir de 1871, Mallarmé établi à Paris voit Villiers assez souvent : l’intimité s’accroît en dépit de l’existence souvent mystérieuse de l’auteur d'Isis ; quelques lettres l’attestent par un tutoiement, rare dans la correspondance de Mallarmé, et la confidence faite par Villiers de ses avatars sentimentaux. Entre deux disparitions, Villiers surgissait volontiers rue de Rome et y déployait les trésors fantastiques d’une imagination princière.

Lorsque, vers 1888, la santé de Villiers commença à donner des inquiétudes, Mallarmé mit tout en œuvre pour qu’il pût se soigner, le recommandant à des médecins avec qui il était lié; et lorsque la maladie commença à immobiliser et à priver de ressources le grand écrivain, c’est Mallarmé qui, avec la plus délicate et efficace discrétion prit, en mars 1889, l’initiative de constituer parmi ses amis un fonds de secours pour le malade. 11 assista de sa présence fréquente Villiers de l’Isle-Adam pendant ses derniers jours aux Frères Saint-Jean de Dieu, fut l’un des témoins de son mariage in-extremis, et conduisit son deuil le 21 août 1889.

Avec Léon Dierx et J. -K. Huysmans, Mallarmé prit soin de la publication du recueil posthume Chez ^es Passants et plus tard concourut au choix des contes de Villiers de l’Isle-Adam, qui formèrent, chez l’éditeur Deman de Bruxelles, le recueil des Histoires Souveraines ; en même temps, Mallarmé s’inquiétait, parmi ses relations, d’assurer un sort moins lamentable à la veuve et au très jeune fils de l’auteur d ’ Axel.

Les séductions de l’esprit de Villiers s’exercèrent incontestablement sur Mallarmé; l’on peut invoquer à cet égard le témoignage de M. Paul Valéry :

« L’esprit de Mallarmé, pour solitaire et autonome qu’il se fût fait, avait reçu quelques impressions des prestigieuses et fantastiques improvisations de Villiers de ITsle-Adam, et ne s’était jamais tout à fait détaché d’une certaine métaphysique, sinon d’un certain mysticisme difficile à définir. » ( Variété II : « Lettre sur Mallarmé »).

Au sujet des rapports de Stéphane Mallarmé et de Villiers de ITsle-Adam, voir le volume de G. Jean- Aubry : Une amitié exemplaire : I/illiers de FIsle-Adam et Stéphane Mallarmé ( Mercure de France , 1941).

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