DE LÉON DIERX
Cet article, publié dans la Renaissance artistique et littéraire le 16 novembre 1872 (pp. 238-239), dut être écrit à la demande de son directeur Émile Blémont, à l’occasion de la publication chez Alphonse Lemerre d’un volume réunissant les Poèmes et Poésies, les Lèi’res closes et les Paroles du Vaincu.
Il a été reproduit dans l’appendice de l’ouvrage de Mme E. Noulet : l’Œuvre poétique de Stéphane Mallarmé, p. 493 (Paris, E. Droz, éd„ 1939).
NOTES ET VARIANTES
« C’est », dit cet auteur, bien informé pour avoir publié, en 1925, un ouvrage sur Léon Dierx ( les Presses Universitaires de France') « le premier article en date sur l’auteur des Lèvres closes et le plus important. »
Marie-Victor-Léon Dierx, né le 31 mars 1838 à Saint-Denis de la Réunion, où il fit ses études, vint à quin2e ans en France, voyagea en Angleterre, acheva ses études au lycée Henri IV. En 1858, il publie un recueil de vers, les Aspirations, chez Dentu. Il retourne à l’île Bourbon l’année suivante et y reste six mois. Il voyage en Allemagne, en Italie, fait au Vésuve une chute dont il restera boiteux. Il est reçu à l’École Centrale où il passe trois ans. Sa famille est ruinée en 1868 et il entre à la Compagnie des Chemins de fer Paris-Orléans.
En 1864 il avait publié chez Sausset Poèmes et Poésies ; en 1867, chez Lemerre, les Lèvres closes et en 1871, la plaquette intitulée les Paroles du Vaincu chez le même éditeur qui, l’année suivante, donnait au public en un volume l’ensemble de l’œuvre de Léon Dierx sous le titre : Poésies.
En 1878, à la demande de Catulle Mendès, Guy de Maupassant s’entremit pour le faire entrer au Ministère de l’Instruction Publique où il devait rester jusqu’en 1909. A partir de 1879, il ne publie plus rien. 11 est l’un des neuf poètes qui passèrent la nuit sous l’Arc de Triomphe lors de l’enterrement de Victor Hugo. En octobre 1898 il est nommé Prince des Poètes en remplacement de Stéphane Mallarmé. Il s’adonne à la peinture, prend sa retraite en 1909. Le dimanche 9 juin 1912, lors de la commémoration Stéphane Mallarmé, il lit son poème intitulé Va/vins. Il meurt le lendemain.
Mallarmé avait rencontré Léon Dierx chez Leconte de Lisle dès 1863 probablement, ou au plus tard l’été 1864 : la personnalité discrète de l’homme et la sensibilité du poète l’avaient séduit. Tout en ne partageant pas l’extrême dévotion de Léon Dierx à l’égard de Leconte de Lisle (le 14 mai 1867, à propos des Lèvres closes, il écrivait à Cazalis : « Le livre de Léon Dierx est un beau développement de Leconte de Lisle : s’en séparera-t-il comme moi de Baudelaire ? »), Mallarmé trouvait pourtant dans cette dévotion la marque d’un cœur généreux et d’une âme noble.
A son retour à Paris, en 1871, Mallarmé se lia plus intimement avec Dierx, intimité que facilitèrent le fait d’habiter tous les deux le quartier des Batignolles et les menus services que Dierx put rendre à Mallarmé au Ministère de l’Instruction Publique dont celui-ci dépendait.
Dès 1873, des lettres de Dierx nous le montrent allant toucher les appointements de Mallarmé et les lui faisant parvenir dans ses diverses villégiatures. Il partagea l’amitié de Mallarmé pour Villiers de lTsle-Adam et tous deux s’employèrent du même cœur à adoucir les dernières années de l’auteur d 'Axel.
Dierx fit près de Valvins de nombreux séjours d’été qui
resserrèrent encore cette amitié, l’une des plus affectueuses de l’âge mûr de Mallarmé.
En 1874, dans la Dernière Mode (7e livraison : 6 décembre 1874), Mallarmé signalait à ses lectrices la Rencontre de Léon Dierx, « ce lier duo, adorablement répété l’autre soir, chez Mme de Villard, devant un public d’artistes, par la maîtresse de la maison et M. Fraisier, de la Porte-Saint-Martin ».
Parmi les papiers du poëte figurait une coupure extraite de la Renaissance où cet article a été corrigé en un endroit, celui où sont cités les vers de Léon Dierx et où le texte était d’abord « qui n’a senti », remplacé par « tout homme a senti », correction que nous avons introduite dans notre édition.