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P. 695. LE JURY DE PEINTURE

ET M. MANET (Paris, 1874.)

Publié le 12 avril 1874 dans la Renaissance artistique et littéraire, cet article a été reproduit par Mme E. Noulet, p. 500 de son livre : l’Œuvre poétique de Stéphane Mallarmé.

Nous en avons trouvé un exemplaire portant quelques corrections manuscrites que nous avons reportées ici :

« une » clairvoyance au lieu de « leur ».

« leurs mains » au lieu de « ces mains ».

« par un regard » au lieu de « par son regard ».

« avec une égale... » au lieu de « avec la même... »

« quelque chose même de vague... » au lieu de « le produitplus tranquille ».

« tout à elles-mêmes » au lieu de « absorbées ».

« conversation » au lieu de « contemplation ». Avant-dernier : « sa manière » au lieu de « son talent ».

Par.

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Par.

On ne sait exactement quand Mallarmé fit la connaissance d’Édouard Manet ni en quelle circonstance. On pourrait penser que ce fût été à l’occasion de cet article-ci ; mais Mallarmé, répugnant assez à écrire des articles et le faisant d’ordinaire sous l’injonction d’un mouvement amical, on est porté à croire que lorsqu’il écrivit cet article, il devait connaître Manet personnellement, peut-être depuis assez peu de temps.

La preuve doit s’en trouver dans ce billet, non daté, du peintre, découvert parmi les papiers de Mallarmé, et qui paraît bien répondre à l’article publié dans la Renaissance.

« Mon cher Ami,

« Merci. Si j’avais quelques défenseurs comme vous, je me f... absolument du jury. — Tout à vous. — Ed. Manet. »

Ce billet sur un papier à lettre portant la devise « Tout arrive » se trouvait dans une enveloppe non timbrée adressée : « Monsieur Stéphane Mallarmé, 29, rue de Moscou », adresse qui ne fut la sienne que jusqu’au début de 1875.

La suscription « Mon cher Ami » et non « Cher Monsieur », indique des relations antérieures à l’article.

Un billet timbré du 30 juin 1874, celui-là d’Eugène Manet, atteste qu’à cette date Mallarmé était aussi en relations avec le frère du peintre.

Moins d’une année après le billet d’Edouard Manet, la collaboration des deux artistes autour du Corbeau d’Edgar Poe était en cours : l’ouvrage était prêt à paraître dans les derniers jours de mai.

Dans son ouvrage sur Manet , p. 90 (Floury, éd., Paris), Théodore Duret dit : « Manet vit venir vers lui en 1873 le poète Stéphane Mallarmé » et ce doit bien être, en effet, cette année-là que les deux hommes se connurent, mais nul n’a rapporté comment.

Peu curieux de peinture, en général, comme l’a noté très justement Henri de Régnier, l’un des disciples les plus intimes du maître, dans son article intitulé Mallarmé et les Peintres ( Nos Rencontres, p. 195, Mercure de France, 1931), on peut s’étonner qu’il se soit, presque dès son retour à Paris, entiché de l’art d’un peintre encore alors fort discuté et vilipendé, si cette situation de réprouvé combinée avec un statut de bonne bourgeoisie n’eut été pour ne pas déplaire à Mallarmé, et si l’on pense, en outre, que Manet formait une part importante de ce qu’on pourrait appeler Y héritage Baudelaire.

Coïncidence peut-être, mais singulière, que Mallarmé ait compté parmi ses meilleurs amis Banville, Manet, Léon Cladel et Whistler, tous anciens amis de Baudelaire qui en compta si peu de véritables.

En 1874, peu avant la publication de cet article, le premier numéro de la Revue du Monde nouveau, fondée par Charles Cros, contenait à la fois la reproduction d’un bois de Manet, la Parisienne, et le Phénomène futur de Mallarmé. Fa Parisienne n’était autre que Nina de Villard, amie de longue date de Mallarmé : peut-être fut-ce par elle que les deux hommes se connurent.

Dans la vie artistique de Manet, 1874, c’est l’année où il expose au Salon le Chemin de fer et le Polichinelle. Deux ans plus tard, au même Salon on lui refusera P Artiste et le Finge qu’il prendra le parti d’exposer quasi publiquement dans son atelier, 4, rue de Saint-Pétersbourg, du 15 avril au ier mai 1876.

NOTES ET VARIANTES

Les relations de Manet et de Mallarmé furent immédiatement fréquentes : la proximité des ateliers successifs du peintre facilitait au poëte des visites qui devinrent quotidiennes, au retour du lycée Condorcet vers la rue de Rome; et en 1885, deux ans après la mort de Manet, il écrivait à Verlaine : « J’ai, dix ans, vu tous les jours mon cher Manet, dont l’absence aujourd’hui me paraît invraisemblable. » Ce qui, aussi, daterait bien de 1873 leur première rencontre. Méry Laurent fut au centre de cette amitié.

P. 700. ERECHTHEUS

(Paris, janvier 1875.)

Cet article a paru sous le titre : Les Livres : Erechtheus, tragédie par Swinburne (pp. 104-105 du 3e numéro de la République des Lettres en date du 20 février 1876).

A la fin de décembre 1875, Mallarmé qui, en juillet précédent, avait reçu une lettre de Swinburne pour le remercier de l’envoi de sa traduction du Corbeau d’Edgar Poe, écrivit au grand poëte anglais pour lui demander de vouloir bien collaborer à une revue qui venait de se fonder sous le titre de la République des Lettres et sous la direction de Catulle Mendès. Swinburne s’empressa de répondre à cette demande en envoyant un poème en français, une sextine intitulée Nocturne. En même temps, il adressait à Mallarmé un exemplaire de son dernier ouvrage qui venait tout justement de paraître.

« Quelle merveille qu ’ Erechtheus ! » écrivait Mallarmé à Arthur O’Shaughnessy le 9 janvier 1876, « Swinburne a eu la bonté de me le faire envoyer par Chato : si j’en parlais, ce serait pendant des pages. »

Au mois de juillet précédent, Swinburne, interrompant un volume d’études sur Shakespeare, commença chez son ami Jowett, à West Malvern, une tragédie sur le sujet d’Erechtée, roi d’Athènes des temps légendaires, et le sacrifice de sa fille Chthonia. En novembre suivant, l’œuvre était terminée, et, envoyée aussitôt à l’impression, elle paraissait dans les premiers jours de 1876.

C’est l’un des ouvrages les mieux composés du grand poëte anglais et celui où il s’est approché le plus du style eschylien. Les personnages d’Erechtheus, de la reine Praxithea et de Chthonia y sont dessinés avec une émouvante puissance et les chœurs des Vieillards athéniens sont parmi les plus heureuses inspirations du poëte.

Le 27 janvier 1876, Mallarmé remerciait Swinburne de son envoi en ces termes :

« Le grand remerciement que je voulais vous adresser à la fin de ma lettre n’est pas encore pour Erechtheus , car véritablement, bien que ce soit exquis à vous d’avoir songé à me le faire envoyer, l’enthousiasme après quelques pages s’est substitué à la gratitude, et il a fini par régner exclusivement et souverainement sur toutes

NOTES ET VARIANTES

mes réminiscences d’évocation de l’art antique, dont c’est à coup sûr le chef-d’œuvre.

« Êtres vivants dans un tel état poétique et délicieusement humains à la fois n’existent pas autre part; non plus que cette suave et puissante conception tragique qui dispose, selon sa beauté seule, de leur présence ou de leur mort avec tant d’extase et de sérénité. Ce livre qu’il sera temps, à la première étude générale faite ici sur votre œuvre de raconter tout au long et de classer au rang qu’il tient dans la poésie moderne, je vous demande humblement pardon d’en avoir défloré l’intérêt à venir près du public français par un court et banal paragraphe que la République des Retires, trop volumineuse à son second numéro, a été obligée de remettre au troisième : belle occasion de le refaire ? non, parce que votre Nocturne paraissant dans ce même troisième numéro, mieux a valu garder le grand article d’ensemble projeté, pour quelque temps après. »

Dans une lettre en français, le 5 février 1876, Svinburne disait à Mallarmé : « J’attends avec une reconnaissante impatience la lecture de votre « paragraphe », à propos de mon Erecbtbeus, poëme assez bien accueilli en Angleterre et que je crois un de mes meilleurs. »

Nous n’avons pas de lettre qui nous ait révélé l’impression que put ressentir Swinburne à la lecture de ce compte rendu, quoique nous possédions deux lettres de surplus de Swinburne à Mallarmé, mais un peu postérieures, des ier et 9 juin; peut-être le poète anglais en remercia-t-il son confrère français par l’entremise d’un tiers, peut-être Mendès.

Cet article fut reproduit, du vivant de Mallarmé, dans le Mercure de France (octobre 1891) sous le titre de Page retrouvée : /’Ercchtheus de Swinburne, par les soins de Rémy de Gourmont.

Faut-il rappeler que ce nom d’Ercchtée figure dans un chefd’œuvre de la scène française : Phèdre (acte II, sc. 1) où Racine fait dire à Aricie :

... et la terre humectée But à regret le sang des neveux d’Erecb/ée.

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