‹ OEuvres complètesChapitre 624 sur 655 · P. 703. MARIANA · texte numérisé non relu

P. 703. MARIANA

(Paris, 1874.)

C’est la traduction d’un des Early Poems d’Alfred Tcnnyson, dont le titre est emprunté à Mesure pour Mesure de Shakespeare, ou plus exactement de six des sept strophes qui composent ce poëme : la troisième n’y figurant pas.

Cette traduction parut d’abord dans le numéro du 18 octobre 1874 de la Dernière Mode et fut réimprimée, plus tard, dans le Mercure de France (numéro de juin 1890) avec cette note de Rémy de Gourmont ;

NOTES ET VARIANTES

« La traduction de ce poëme fut jadis imprimée dans le légendaire journal la Dernière Mode (n° du 18 octobre 1874) que M. Mallarmé rédigeait seul, typographiait presque matériellement seul. Le maître, en nous la laissant reproduire, a voulu, toujours si soigneux artiste, revoir et retoucher son travail d’alors. Attrait même pour qui connaîtrait ces strophes, — mais hormis une, la dernière, citée en un récent article de la Revue Indépendante (février), c’est bien vraiment de la littérature inédite. — R. G. »

Cette traduction qui suivit de peu celles que Stéphane Mallarmé donna des poèmes d’Edgar Poe, le montre comme un traducteur assez incertain, même après la révision de 1890. Il est probable que cette publication dans la Dernière Mode répondit à la pressante obligation de remplir une lacune dans un numéro et fut le résultat d’un travail hâtif.

L’attention de Mallarmé fut attirée de longue date sur Tennyson, ne fût-ce que par cette remarque de son ami Eugène Lefébure dans une lettre du 25 juin 1862 :

« J’ai remarqué une ressemblance curieuse entre votre portrait et celui de Tennyson, le doux Tennyson, dont la poésie, je crois, est un peu le contraire de la vôtre. Seulement il est beaucoup plus frisé que vous. »

Ce n’est pas le seul des poèmes de Tennyson que traduisit Mallarmé, encore que ce soit le seul dont il publia la traduction. Une correspondance en témoigne, échangée en 1884, avec le beaufils de Théodore de Banville, Georges Rochegrosse.

Line lettre de celui-ci, alors tout jeune homme, à la date du 10 juin 1884 et adressée à Mallarmé contient ce passage :

« Attendu par le train, je me décide tout à coup à venir vous ennuyer. C’est toujours au sujet de la douce lady Godiva. Malgré mes efforts, je sens de jour en jour s’effacer de ma mémoire la délicieuse traduction orale, hélas ! du poëme de Tennyson. Oserais-je vous demander de consacrer un moment de loisir à m’en écrire une nouvelle ? Si ma demande est indiscrète, considérez-la, je vous en supplie, comme non avenue... »

Loin de trouver indiscrète cette demande, Mallarmé s’empressa d’y répondre en envoyant la traduction du poëme de Tennyson, à la villa Banville, près Lucenay-les-Aix (Nièvre) où, en l’absence de son beau-fils et selon ses instructions, Théodore de Banville ouvrit la lettre et y répondait le dimanche 15 juin 1884 :

« Votre traduction de Godiva est un véritable chef-d’œuvre et cette fois je puis en juger, car j’ai lu tant de fois ce poëme avec mon regretté ami Philoxène [Boyer] que tous les mots, pour ainsi dire, m’en sont familiers. C’est Tennyson lui-même dans sa pensée et dans sa moelle. »

À cette époque, Rochegrosse eut peut-être la pensée de peindre l’épisode célèbre de la vie de la comtesse de Chester, mais c’est son maître, Jules Lefebvre, qui en fit six ans plus tard, le sujet

NOTES ET VARIANTES 1623

d’un tableau. Était-ce à l’intention de celui-ci que Rochegrosse adressait à Mallarmé cette demande ?

Godiva , le poëme de Tennyson, qui se trouve dans le groupe des Idylles anglaises et autres poèmes n’est pas une pièce courte : il ne compte pas moins de 79 vers et il devait être assez familier à Mallarmé pour qu’il ait pu en envoyer la traduction, en quelque sorte par retour du courrier; ou bien avait-il traduit cette pièce, jadis, au temps où il publiait celle de Mariana.

En 1892, lors de la mort de Tennyson, Mallarmé fut interviewé par un rédacteur de l’Écho de Paris (n° du 8 octobre 1892) et en décembre de cette même année il publiait dans la Revue Planche des pages intitulées Tennyson vu d’ici qui avaient déjà paru, le 29 octobre, dans The National Observer de Londres. (Cf. ici, pp. 527 et Notes, p. 1590.)

Page 1