THE IMPRESSIONISTS AND ÉDOUARD MANET
Une lettre du 24 août 1876 d’Arthur O’Shaughnessy à Mallarmé montre que c’est le poète anglais qui s’entremit pour faire publier cet article qui parut, en anglais, dans la revue londonienne The Art Monthly R eview, numéro du 30 septembre 1876.
Faute d’en posséder le texte français, nous ne le reproduisons pas ici, regrettablement, car c’est l’étude la plus importante que Mallarmé ait consacrée à la peinture, avant la préface du catalogue de l’Exposition des œuvres de Berthe Morisot, publiée vingt ans plus tard.
Cet article fut traduit par un M. Robinson (lettre de Mallarmé à Arthur O’Shaughnessy du 19 octobre 1876, collection Underwood).
Après une allusion au réalisme pictural de Courbet et aux effets décoratifs d’Henri Régnault, l’article nomme Manet l’apôtre de la nouvelle peinture et ajoute :
« Il y avait aussi à cette époque, et hélas ! il faut l’écrire au passé, un amateur éclairé qui aimait tous les arts et vivait pour l’un d’eux. Ces tableaux étranges conquirent immédiatement sa sympathie : une pénétration instinctive et poétique les lui faisait aimer : et cela avant que leur rapide succession et qu’un suffisant exposé des principes qu’ils inculquaient n’eussent révélé leur signification aux esprits réfléchis parmi un nombreux public. Mais cet amateur éclairé mourut trop tôt pour le voir et avant que son peintre favori se fût acquis un renom.
« Cet amateur était notre dernier grand poète : Charles Baudelaire. »
L’article rend hommage au sens critique de Zola, puis rappelle
que c’est en 1867 qu’une exposition particulière des œuvres de Manet donna à cette école de peinture l’apparence d’un parti.
11 rapporte un des aphorismes habituels de Manet, « qu’on ne doit pas peindre un paysage et une figure avec le même procédé, la même science, ni de la même manière : ni même, deux paysages ou deux figures. Chaque œuvre doit être une création nouvelle de l’esprit. »
Mallarmé rappelle ensuite ce que Manet, dans sa « première manière » a dû à Velasquez et aux maîtres flamands : puis les qualités montrées dans cette Olympia si discutée : les propos de ceux qui disent qu’autrefois Manet peignait la laideur, et, à présent, la vulgarité.
Suit un grand morceau sur le « plein air », et des considérations sur l’esprit de simplification chez Manet, sur l’influence amicale exercée entre autres sur Claude Monet, Sisley, Pissaro (que la revue anglaise orthographie Pizzaro).
Il souligne l’art que Monet déploie à rendre la fluidité de l’eau; celui de Sisley à saisir les moments passagers de la journée; le goût de Pissaro pour l’ombre épaisse des bois en été et la terre verdoyante. Il y ajoute des mots d’éloge pour Degas, Mlle Berthe Morisot, Renoir; cite, en passant. Whist! er et Cézanne.
L’article s’achève par un parallèle inattendu entre le mouvement impressionniste et « la participation du peuple jusqu’ici ignoré à la vie politique en France »; et une justification de l’Impressionnisme comme moyen de saisir l’Aspect passager.
(Septembre-décembre 1874.)
Depuis son installation à Paris en novembre 1871, Mallarmé, en veine d’activité, rêvait de participer à la direction d’une revue et même d’en fonder une. Le 7 avril 1872, il faisait part à José- Maria de Hérédia, alors absent de Paris, d’une intention qui semblait prendre corps :
« Je recueille, maintenant, dans les divers coins de Paris, la souscription qu’il faut pour commencer une belle et luxueuse revue dont la pensée me domine : l’ Art Décoratif, gazette mensuelle, Paris, 1872. »
Nous avons eu entre les mains un bulletin de fondateur à cette Galette mensuelle.
Mallarmé s’était même entendu avec Claudius Popelin pour en dessiner le frontispice.
Cette intention n’aboutit pas. On le voit, l’année suivante (lettre à Mistral, du Ier novembre 1873) occupé, avec Catulle Mendès, d’une association internationale des poètes : vaste projet né à la suite de la publication du Tombeau de Théophile Gautier (Paris, Lemerre, 1873) et qui ne réussit pas davantage.
NOTES ET VARIANTES
Le 1e1' mars 1874 parut le premier numéro de la Revue du Monde nouveau fondée par Charles Cros et subventionnée par Nina de Villard, amie de longue date de Mallarmé; mais celui-ci n’y prit d’autre part qu’une collaboration au premier numéro avec le Démon de l’analogie. Cette revue n’eut d’ailleurs qu’une existence éphémère : en mai paraissait son dernier numéro.
On ne sait par quelles accointances, Mallarmé fut mis à même de publier la Dernière Mode, galette du Monde et de la Famille, dont la première livraison parut le 6 septembre 1874.
De son aveu même, il en escomptait quelque profit matériel, car il a dit plus tard dans sa lettre à Verlaine ( Autobiographie ) :
« J’ai dû faire, dans des moments de gêne ou pour acheter de ruineux canots, des besognes propres et voilà tout (Dieux antiques , Mots anglais) dont il sied de ne pas parler; mais à part cela, des concessions aux nécessités comme aux plaisirs n’ont pas été fréquentes. Si, à un moment pourtant, désespérant du despotique bouquin lâché de moi-même, j’ai, après quelques articles colportés d’ici et de là, tenté de rédiger tout seul toilettes, bijoux, mobiliers et jusqu’aux théâtres et aux menus de diner, un journal, la Dernière Mode, dont les huit ou dix numéros parus servent encore quand je les dévêts de leur poussière, à me faire longtemps rêver. »
Il en parut, sous la direction de Mallarmé (dissimulé sous le pseudonyme plaisant de Marasquin) et rédigées par lui, sous des pseudonymes divers, huit livraisons : les dimanches 6 et 20 septembre; 4 et 18 octobre; Ier et 1 5 novembre; 6 et 20 décembre 1874. 11 en parut une neuvième, numérotée huit par erreur, où Mallarmé ne fut pour rien et qui portait les indications suivantes : Directrice : Baronne de Fomaria et l’adresse : 6g, rue d’ Amsterdam. La Dernière Mode, telle qu’elle nous intéresse, n’existait plus alors.
Tout d’abord remarquons que, dans cette revue dont il disposait, Mallarmé s’empressa de faire place aux écrivains qu’il estimait ou avec qui il était lié d’amitié. On voit figurer :
Dans la ire livraison : la Dernière pensée de Weber, poëme de Théodore de Banville; l’Aveu, nouvelle de François Coppée.
Dans la 2e livraison : Conseil, de Sully-Prudhomme; l'Aveu (fin) de François Coppée.
Dans la 3e livraison : Inquiétude, de Léon Valade; les Voies de fait, nouvelle d’Alphonse Daudet.
Dans la 4e livraison : Poëme, d’Ernest d’Hervilly; les Voies de fait (fin), d’Alphonse Daudet.
Dans la 5e livraison : le Veilleur de nuit, poëme d’Emmanuel des Essarts; la Petite servante, nouvelle de Catulle Mendès.
Dans la 6e livraison : Marguerite d’ Écosse (sonnet), de Théodore de Banville; l’Hercule, nouvelle de Léon Cladel.
Dans la 7e livraison : Menuet, poëme de François Coppée; l’Hercule, nouvelle (fin) de Léon Cladel.
Dans la 8e livraison : la Vierge à la crèche, d’Alphonse Daudet;
Ei/dose Cléaz, conte du jour de l’An de Théodore de Banville.
Ce conte demeura inachevé.
Dans la 6e livraison, en outre, une œuvre musicale : Chanson , d’Augusta Holmes, paroles de Catulle Mendès.
Ea Dernière Mode parut sur huit pages, format in-folio, sous une couverture bleu pâle, ornée de cinq vignettes et d’un titre, dessinés par Louis Morin, vignettes représentant le théâtre, l’équitation, la natation, la table et la couture.
Prix (de l’abonnement), en ville : 24 fr. Pour la France : 26 fr.
Avec la lithographie à V aquarelle : 1 fr. 25. Avec les gravures du texte seules : o fr. 50.
A la page 2 de la couverture, le Sommaire ; page 3 : Explication des accessoires et Correspondance avec les Abonnées encadrées par deux séries de six annonces avec le titre en haut de page : les Maisons de confiance.
Au dos de la couverture, suite des annonces et de la correspondance, et conditions d’abonnements.
Un titre orné, par Louis Morin également, figure au haut de la première page du journal.
Au-dessous du titre, cette indication : « Paraît le Ier et le 3 e dimanche du mois, avec le concours des Grandes Faiseuses, de Tapissiers-décorateurs, de Maîtres-queux, de Jardiniers, d’ Amateurs de Bibelots et du Sport. »
Du titre à la signature du gérant, les annonces, les analyses des toilettes, les menus, les recettes, la Dernière Mode tout entière était rédigée par Stéphane Mallarmé, dont la personne n’était révélée que par une petite note, à la fin du corps du journal : « Adressez tous LIVRES, ainsi que tout renseignement qui concerne le THÉÂTRE, les VOYAGES, le MONDE ou les BEAUX-ARTS, à M. Stéphane Mallarmé, 29, rue de Moscou. » Sa collaboration ne fut signée qu’à l’occasion de la traduction d’un poème de Tennyson : Mariana.
Chaque numéro contenait :
La reproduction d’une robe ; Un article sur la Mode, signé Marguerite de Ponty; la Galette de la Fashion, signée Miss Satin (à partir de la 4e livraison); Une chronique de Paris, signée Ix.; le Carnet d'or ; Nouvelles et Vers , par les collaborateurs que nous avons nommés ; les Galette et Programme de la Quinzaine ; Ea Correspondance avec les Abonnées ; les Annonces.
« A la fin de l’année 1874, la Dernière Mode, hélas ! a dit Remy de Gourmont, tombe aux mains d’une femme qui en fait la banale revue historiée de sottises dont il n’y a que trop d’échantillons... Quand la Dernière Mode lui échappa, Mallarmé fut très affecté. » Et il cite à l’appui de ce dire, une lettre adressée, le 29 janvier 1875, par Mallarmé à Albert Mérat :
« J’ai été volé dè toute la besogne faite par moi au journal de Modes où vous aviez été assez charmant pour me permettre de
NOTES ET VARIANTES
vous reproduire. Je ne sais au juste entre les mains de qui va tomber cette feuille, mais tout me fait croire qu’elle va servir à de vagues chantages, à des mariages et à d’autres combinaisons.
« Refusez donc à tout prix votre collaboration, gratuite du reste, si une personne inconnue vous demandait la faveur personnelle que vous m’avez faite : dépositaire de noms d’amis, j’ai naturellement, lors de la cession du journal, interdit qu’on s’en, servit sans moi et je vous prémunis contre toute entreprise mauvaise. Toutefois une ligne de réponse de vous me donnerait quelque force, en supposant qu’on veuille passer outre mes précautions.
« Au revoir, cher ami; passez ce mot qui n’est du reste qu’une circulaire, à Valade, afin de me dispenser de le recopier à son intention. »
C’était bien, en effet, une circulaire, car nous connaissons deux autres lettres rédigées en termes identiques, et quatre jours plus tôt, par Mallarmé : l’une à François Coppée, qui avait, à deux reprises, collaboré à cette revue de mode; l’autre à un écrivain qu’on ne se serait pas attendu à voir figurer parmi ces « féminités » : Emile Zola.
Son nom, à vrai dire, figurait, dès le premier numéro, et sur tous les suivants, parmi les collaborateurs du journal; ainsi que celui de Villiers de lTsle-Adam, qui n’y publia rien non plus, faute de temps.
C’est Remy de Gourmont qui, des premiers, attira l’attention sur la Dernière Mode, dans un article qu’il lui consacra et qui se trouve aujourd’hui dans la deuxième série des Promenades littéraires (pp. 33-48, Mercure de France, éd. 1913). Il en donna des extraits caractéristiques, et disait : « On ferait un bien joli petit volume avec les pages élégantes de la Dernière Mode... Qui nous donnera cette joie ? »
En 1933 a paru aux États-Unis un volume de 105 pages sous couverture bleue, portant ce titre : Stéphane Mallarmé : la Dernière Mode, with an introduction by S. A Rhodes. Publications of the Institute of French Studies. Inc. New York. »
Ce volume reproduit intégralement les articles sur la Mode, mais ne donne qu’une seule Galette de la Fashion et des extraits quelque peu arbitraires des autres rubriques.
Dans le Figaro du jeudi 9 février 1933, M. Jacques Crépet consacra à cette publication un article sous le titre : Stéphane Mallarmé, Chroniqueur de Modes.