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P. 883. SUR L’IDÉAL A VINGT ANS

(Valvins, 17 août 1898.)

Cette réponse à une enquête menée par Jean Bernard pour le Figaro sur « l’Idéal à 20 ans » et dont la date précède de peu celle de la mort de Stéphane Mallarmé, ne fut peut-être pas envoyée; nous en avons trouvé le texte autographe sous la forme d’un brouillon de lettre, visiblement destiné à être recopié.

Nous croyons bon de le publier, tel que nous l’avons trouvé, comme un juste regard jeté par ce noble esprit, sur son passé, au moment où, à son insu, sa vie touchait à ses derniers jours.

LES MOTS ANGLAIS

(Paris, 1877.)

Pour justifier de ne pas faire figurer, dans notre édition, les Mots anglais, ce travail scolaire du poète, nous n’avions qu’à suivre l’avertissement qu’il donnait à Verlaine dans sa lettre du 16 novembre 1885 ( Autobiographie ).

« J’ai dû faire, dans des moments de gêne ou pour acheter de ruineux canots, des besognes propres, et voilà tout ( Dieux antiques. Mots anglais) dont il sied de ne pas parler. »

Si curieuse que soit cette Petite Philologie à l'usage des Classes et du Monde, il y a peut-être une exagération à dire, comme l’ont fait MM. Montel et Monda « que la source de toute la poésie de Mallarmé s’y trouve en quelque sorte enfermée ».

On trouvera dans notre Bibliographie une préface, que l’auteur avait écrite pour cet ouvrage, préface qui était restée inédite et dont une épreuve s’est retrouvée parmi les papiers du poète.

Ce n’est aucunement un travail hâtif, bâclé en vue d’un profit matériel, immédiat; mais le résultat d’une étude longuement poursuivie par l’auteur au cours de ses quatorze premières années d’enseignement de l’anglais, concurremment avec son oeuvre poétique. Le style mallarméen s’y marque en maint endroit et, dès la première phrase :

« Qu’est-ce que l’anglais ? Sérieuse et haute question : la trancher dans le sens où elle est faite ici, c’est-à-dire absolument, on ne le pourra qu’à la dernière de ces pages et tout analysé. »

Ou plus loin :

« Les mots, dans le dictionnaire, gisent, pareils ou de dates diverses, comme des stratifications : vite je parlerai de couches. »

Ou encore :

« Parenthèse vaste, je le veux; et de grand intérêt peut-être, que ce chapitre... »

En tête de ce volume était annoncé : E« préparation : Petite philologie anglaise, à l’usage des Classes et du Monde. Étude des règles : une Mythologie nouvelle , d'après l'anglais.

A la tin du volume (p. 3 5 3), figurait sous le titre : Réimpression l’indication de l’édiüon de « Vathek... et Préface » avec des extraits, donnés en anglais, des comptes rendus parus dans le Morning Post (6 juin 1876), le Sunday Times (25 juin 1876) et dans The Athenaeum (3 juin 1876).

THÈMES ANGLAIS

Nous avons pu examiner un cahier de quelque 200 pages couvert de notes au crayon de la main de Mallarmé, et portant, sur la première page, et de la même main : M. Mallarmé. Professeur au lycée F ont ânes. Thèmes. Ce cahier porte au recto de chaque page une suite de proverbes ou de locutions en anglais, et au verso qui lui fait face, la traduction en français, traduction parfois incomplète.

Ces exemples sont distribués pour illustrer l’emploi divers de l’article défini ou indéfini, ou partitif; le pluriel particulier de certains substantifs; les formes du comparatif et du superlatif des adjectifs; les nombres cardinaux; les pronoms; les verbes auxiliaires, actifs, irréguliers; l’emploi des prépositions, conjonctions.

Sur presque chacune des pages est collé un feuillet plus petit portant en tête, un titre au crayon bleu ; ce titre : Rappel de la Règle, suivi de l’énoncé de chaque règle et surmonté d’un numéro reporté en tête de chaque exemple.

Travail considérable et qui, d’après l’inscription de la première page, dut occuper Mallarmé durant les premiers temps de son établissement à Paris, en 1872.

LES DIEUX ANTIOUES

(Paris, 1880.)

L’idée de cette nouvelle mythologie à l’usage des classes, paraît être venue à la pensée de Mallarmé bien avant qu’elle pût prendre corps. En effet, nous avons trouvé une lettre de Théodore de Banville à Mallarmé, datée du 25 décembre 1871, où il lui dit: « Comme à quelque chose malheur est bon, mon ami Alphonse Pagès, directeur de l’Écho de la Sorbonne, ayant su que j’étais indisposé, est venu me voir et vous pensez bien que mon premier soin a été de lui parler du livre de mythologie. En principe, il est absolument décidé à faire affaire avec vous... L’ouvrage est-il tel dans sa forme qu’il puisse être, sans aucun inconvénient, présenté à des jeunes filles ? »

S’agissait-il déjà de l’ouvrage de George W. Cox ? ou de quel autre ouvrage anglais ? Banville, dans cette même lettre disait à Mallarmé : « Quand vous verrez Pagès, vous ferez bien d’apporter avec vous le texte anglais pour le rassurer... »

NOTES ET VARIANTES

En 1867 avait paru de George Cox en français l’ouvrage suivant: les Dieux et les héros | conte s mythologique s | traduits de l’anglais | par F. Baudry et E. Delerot | de la Bibliothèque de l’Arsenal | avec | une préface et des notes par F. Baudry | et 20 gravures sur bois | Paris | Librairie de L. Hachette et Cie | Bd. Saint-Germain, n° 77 | 1867.

En tout cas, l’entremise toujours agissante de Banville à l’égard de Mallarmé ne fut pas, cette fois, efficace, ou ne le fut que longtemps après, puisque neuf années s’écoulèrent entre cette lettre et l’apparition des Dieux Antiques ; mais ne serait-ce pas une forme discrète et délicate de remerciement, le soin pris par Mallarmé de faire figurer, au début de cet ouvrage, l’extrait d’un poëme de Théodore de Banville, la Cithare et, à la fin, quatre autres extraits des Exilés.

En tête des A lots anglais publiés par Stéphane Mallarmé en 1877, figure l’annonce : « En préparation : une Mythologie nouvelle, d’après l’anglais. » L’ouvrage parut d’abord en 1880 avec des illustrations chez J. Rothschild, éditeur, Paris (voir Bibliographie) et fut réédité, sans illustrations, en 1925, à la librairie Gallimard (voir Bibliographie) sous le titre : les Dieux antiques , nouvelle mythologie, d’après George W. Cox.

Il est dédié : A M. Charles Seignobos, député de l’Ardèche. Son ami de vieille date, Stéphane A lallarmé.

L’ Avant-propos qui précéda l’édition de 1880 et fut reproduit dans celle de 1925 est indiqué comme étant « de l’Éditeur ». Il ne nous semble pas tout entier de la main de Mallarmé : en quelques passages, du moins, la marque de cette main y est visible : en d’autres l’intrusion du libraire; à moins que le poète, par jeu, ne se soit plu à en parodier le style !

L'ÉTOILE DES FÉES

(Paris, octobre-novembre 1880.)

C’est par l’amicale entremise de Théodore de Banville que l’éditeur Charpentier confia à Mallarmé le soin de traduire cet ouvrage anglais. Une lettre inédite du 16 octobre 1880 (à un destinataire inconnu, qui pourrait être Charpentier lui-même) contient ce passage :

« Vous êtes vraiment bien bon de m’avoir envoyé ce conte et je dois vous remercier autant que notre cher ami Théodore de Banville. Considérez l’offre de le traduire comme acceptée... Pour plus de précaution, je m’y mets dès aujourd’hui, laissant de côté tout autre travail. »

Ce n’était pas là simple façon de parler, Mallarmé dut même exécuter ce travail assez rapidement, car une autre lettre, datée du 16 novembre 1880 (adressée vraisemblablement à Charpentier), donne à entendre clairement que le travail est terminé, à quelques retouches et coupures près.

NOTES ET VARIANTES

Une lettre de Banville à Mallarmé, du jeudi 9 décembre 1880, montre que l’auteur des Cariatides s’était entremis également pour le règlement de cette commande, qui s’éleva à quatre cents francs.

Depuis longtemps, on l’a vu, Théodore de Banville ne cherchait qu’à être agréable et utile à Mallarmé à qui il portait une très vive affection. Édité alors chez Charpentier et celui-ci ayant besoin d’un traducteur pour ce manuscrit anglais, Banville avait recommandé aussitôt Mallarmé.

L’ouvrage ne présente guère de valeur littéraire et Mallarmé lui a rendu plus que justice en le traduisant. On peut s’en rendre compte d’après l’original qui parut en même temps chez Charpentier :

The Star | of the Fairies | by | Mrs. C. W. Elphinstone Hope illustrated by [ John Laurent | Paris | G. Charpentier publisher 13, rue de Grenelle-Saint-Germain | London | at ail booksellers | 1881.

Les illustrations de l’ouvrage seraient, en outre, d’une assez remarquable médiocrité si l’on n’y découvrait un surréalisme imprévu.

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