‹ Œuvres complètes. Texte de 1578 publié avec compléments, tables et glossaireChapitre 68 sur 68 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Cherche, maistresse, un Poëte nouveau, Qui après moy se rompe le cerveau A te chanter : il aura bien affaire, Et fust-ce un Dieu, s'il peut aussi bien faire. Si nostre Empire avoir jadis esté Par noz François aussi avant planté Que le Romain, tu serois autant leuë, Que si Tibull' t'avoit pour sienne esleuë : Et neantmoins tu te dois contenter De voir ton nom par la France chanter, Autant que Laure en Tuscan anoblie

Se voit chanter par la belle Italie.

Or pour t'avoir consacré mes escris, Je n'ay gaigné sinon des cheveux gris, La ride au front, la tristesse en la face, Sans mériter un seul bien de ta grâce : Bien que mon nom, mes vers, ma loyauté, Eussent d'un tigre esmeu la cruauté.

Et toutefois, je m'asseure, quand l'âge Aura donté l'orgueil de ton courage, Que de mon mal tu te repentiras, Et qu'à la fin tu te convertiras :

Et ce-pendant je souffriray la peine, Toy le plaisir, comme dame inhumaine, De trop me voir languir en ton amour, Dont Nemesis te doit punir un jour.

Ceux qui amour cognoissent par espreuve, Lisant le mal où perdu je me treuve, Ne pardon'ront à ma simple amitié Tant seulement, mais en auront pitié.

Or quant à moi, je pense avoir perdue, En te servant, ma jeunesse espandue Deçà delà dedans ce livre icy.

Je voy ma faute et la prens à mercy, Comme celuy qui sçait que nostre vie N'est rien que vent, que songe, et que folie.

MURET [?] Cherche maistrcsse.) Cette Elégie est assez aisée de soy.

J'alloy roulant ces larmes de mes yeux, Or'plein de doute, ore plein d'espérance, Lors que Henry loing des bornes de France Vengeoit l'honneur de ses premiers ayeux :

Lors qu'il trenchoit d'un bras victorieux Au bord du Rhin l'Espagnole vaillance, Ja se traçant de l'aigu de sa lance Un beau sentier pour s'en aller aux cieux.

Vous sainct troupeau, mon soustien et ma gloire, Dont le beau vol m'a l'esprit enlevé, Si autrefois m'avez permis de boire

Les eaux qui ont Hésiode abreuvé, Soit pour jamais ce souspir engravé Au plus sainct lieu du temple de Mémoire.

MURET

J'alloy roulant.) Il descrit le temps, auquel ce livre fut composé, entremeslant une louange du treschrestien, et tresvictorieux Roy Henry [deuxiesme 1604]. A la fin il prie les Muses, qu'elles luy facent ce bien d'immortaliser son livre. Un semblable lieu est à la fin des Georgiques de Virgile.

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