‹ Œuvres complètes. Texte de 1578 publié avec compléments, tables et glossaireChapitre 67 sur 68 · ELEGIE A MURET · texte numérisé non relu

ELEGIE A MURET

Non Muret, non, ce n'est pas du jour d'huy, Que l'Archerot, qui cause nostre ennuy, Cause l'erreur qui retrompe les hommes : Non Muret, non, les premiers nous ne sommes, A qui son arc, d'un petit trait veinqueur,

Ronsard. — Les Amours, t. I. 16

Si grande playe a caché sous le cœur : Tous animaux, ou soient ceux des campagnes, Soient ceux des bois, et tous ceux des montagnes Sentent sa force, et son feu doux-amer Brusle sous l'eau les Monstres de la mer.

Hé ! qu'est-il rien que ce garçon ne brûle ? Ce porte-ciel, ce tu'-geant Hercule Le sentit bien : je dy ce fort Thebain Qui le sangler estrangla de sa main, Qui tua Nesse, et qui de sa massue Morts abbatit les enfans de la Nue :

Qui de son arc toute Lerne estonna, Qui des enfers le Chien emprisonna, Qui sur le bord de l'eau Thermodontée Prit le baudrier de la vierge dontée : Qui tua l'Ourque, et qui par plusieurs fois Se remocqua des feintes d'Achelois :

Qui fit mourir la pucelle de Phorce, Qui le Lion desmachoira par force, Qui dans ses bras Anthée acravanta, Qui deux grands monts pour ses marques planta.

Bref, cest Herôs correcteur de la terre, Ce cœur sans peur, ce foudre de la guerre, Sentit ce Dieu, et l'amoureuse ardeur Le matta plus que son Roy commandeur.

Non pas espris, comme on nous voit esprendre, Toy de ta Janne, ou moy de ma Cassandre : Mais de tel Tan amour l'aiguillonnoit, Que tout son cœur, sans raison, bouillonnoit Au souffre ardent, qui luy cuisoit les veines : Du feu d'amour elles furent si pleines, Si pleins ses os, ses muscles et ses ners,

Que dans Hercul', qui purgea l'univers,

Ne resta rien sinon une amour foie,

Que luy versoient les deux beaux yeux d'Iole.

Tousjours d'Iole il aimoit les beaux yeux, Fust que le char qui donne jour aux cieux Sortist de l'eau, ou fust que dévalée Tournast sa roue en la plaine salée, De tous humains accoisant les travaux, Mais non d'Hercul' les misérables maux.

Tant seulement il n'avoit de sa dame Les }^eux colez au plus profond de l'ame : Mais son parler, sa grâce, et sa douceur Tousjours colez s'attachoient à son cœur.

D'autre que d'elle en son ame ne pense : Tousjours absente il la voit en présence. Et de fortune, Alcid', si tu la vois, Dans ton gosier bègue reste ta voix, Glacé de peur voyant la face aimée :

Ore une fièvre ardemment allumée Ronge ton ame, et ores un glaçon Te fait trembler d'amoureuse frisson.

Bas à tes pieds ta meurdriere massue Gist sans honneur, et bas la peau velue, Qui sur ton doz roide se herissoit, Quand ta grand main les Monstres punissoit. Plus ton sourcil contre eux ne se renfrongne, 0 vertu vaine, ô bastarde vergongne, O vilain blasme, Hercule estant donté (Apres avoir le monde surmonté) Non d'Eurysthée, ou de Junon cruelle, Mais de la main d'une simple pucelle.

Voyez pour Dieu, quelle force a l'Amour,

244 l- LIVRE DES AMOURS

Quand une fois elle a gaigné la tour

De la raison, el' ne laisse partie

Qui ne soit toute en fureur convertie.

Ce n'est pas tout : seulement pour aimer, Il n'oublia la façon de s'armer, Ou d'empongner sa masse hazardeuse, Ou d'achever quelque emprinse douteuse : Mais lent et vain, anonchalant son cœur, Qui des humains l'avoit rendu veinqueur, Terreur du monde (ô plus lasche diffame) Il s'habilla des habits d'une femme, Et d'un Herôs devenu damoiseau, Guidoit l'esguille, et tournoit le fuseau, Et vers le soir, comme une chambrière, Rendoit sa tasche à sa douce joliere, Qui le tenoit en ses lacs plus serré Qu'un prisonnier dans un cep enserré.

Grande Junon, tu es assez vengée De voir ainsi sa vie estre changée, De voir ainsi devenu filandier Ce grand Alcid' de tant de Rois meurdricr, Sans adjouster à ton ire indomtée Les mandemens de son frère Eurysthée.

Que veux-tu plus ? Iôle le contraint D'estre une femme : il la doute, il la craint, Il craint ses mains, plus qu'un valet esclave Ne craint les coups de quelque maistre brave.

Et ce-pendant qu'il ne fait que penser A s'atiffer, à s'oindre, à s'agencer, A dorloter sa barbe bien rongnée, A mignotter sa teste bien peignée, Impuniment les Monstres ont loisir

D'assujettir la terre à leur plaisir,

Sans plus cuider qu'Hercule soit au monde :

Aussi n'est-il : car la poison profonde,

Qui dans son cœur s'alloit trop dérivant,

L'avoit tué dedans un corps vivant.

Nous doncq, Muret, à qui la mesme rage Peu cautement affole le courage, S'il est possible, évitons le lien Que nous ourdist l'enfant Cytherien :

Et rabaissons le vouloir qui domine, Dessous le joug de la raison divine, Raison, qui deust au vray bien nous guider, Et de nos sens, maistresse, présider.

Mais si l'amour en effect misérable A desja fait nostre playe incurable, Tant que le mal peu subject au conseil De la raison, desdaigne l'appareil, Vaincuz par luy, faisons place à l'envie, Et sur Alcid' desguisons nostre vie, En ce-pendant que les rides ne font Cresper encore le champ de nostre front, Et que la neige en vieillesse venue Ne fait encor nostre teste chenue, Qu'un jour ne coule entre nous pour néant. Suivons Amour, il n'est pas mal séant, Mais grand honneur au simple populaire, Des grands seigneurs imiter l'exemplaire.

MURET

Non Muret, non.) Si les autheurs, comme j'ay dit au Prologue de ce livre, se fussent rendus familiers de ceux qui les ont commentez, nous n'eussions esté en la peine,

où depuis nous sommes tombez, pour les entendre : car facilement ils eussent sceu leurs conceptions. Or le Poëte, comme l'un de mes meilleurs amis, m'a rescrit ceste Elégie, en laquelle il s'efforce de prouver que ce n'est point vice d'aimer, par l'exemple des plus grands personnages de ce monde, lesquels ont vivement senti la puissance d'Amour, inévitable à tout homme de bon cœur. Il preuve si doctement son dire par le tesmoignage du magnanime Hercule, qui aima la pucelle Iole, que cela ne nous sçauroit estre tourné à vice, d'aimer noz maistresses, puis qu'un si grand personnage devant nous est tombé en pareille erreur. Je ferois icy un discours particulier des faits et labeurs d'Hercule : mais pourcc qu'ils sont cognus à tout le monde, je m'en deporteray. Si grande playe a caché sous le cœur.) C'est ce que ditTheocrite 'j-oxâpotov 'éXxoç. Que son Roy commandeur.) Eurysthée qui commandoit à Hercule. Alcid'.) Alcide, Hercule.

CHANSON

D'un gosier masche-laurier

J'oy crier Dans Lycofron ma Cassandre, Qui prophetize aux Troyens

Les moyens Qui les réduiront en cendre.

Mais ces pauvres obstinez

Destinez Pour ne croire à leur Sibylle, Virent, bien que tard, après

Les feux Grecs Forcencr parmy leur ville.

Ayant la mort dans le sein,

De leur main Plomboient leur poitrine nue, Et tordant leurs cheveux gris,

De longs cris Pleuroient, qu'ils ne l'avoient creuë.

Mais leurs cris n'eurent pouvoir

D'esmouvoir Les Grecs si chargez de proye, Qu'ils ne laissèrent sinon

Que le nom De ce qui fut jadis Troye.

Ainsi pour ne croire pas, Quand tu m'as Prédit ma peine future :

Et que je n'aurois en don,

Pour guerdon De t'aimer, que la mort dure :

Un grand brasier sans repos, Et mes os, Et mes nerfs, et mon cœur brûle :

Et pour t'amour j'ay receu

Plus de feu, Que ne fit Troye incrédule.

MURET

D'un gosier masche-laurier.) Il parle en ceste chanson à sa dame, comme si elle estoit celle Cassandre, qui fut fille à Priam : ce que j'ay desja noté en d'autres lieux.

Il dit donc, que comme les Troyens se trouvèrent tresmal, pour n'avoir voulu croire les prédictions de leur Cassandre, ainsi l'Autheur s'est mal trouvé, par faute de n'avoir pas creu ce que la sienne luy predisoit. Pour mieux entendre cecy, voy ce que j'ay desja dit sur deux Sonets, desquels l'un se commence [XIX], Avant le temps ; l'autre [XXXIII], D'un abusé. D'un gosier masche-laurier.) D'un gosier prophétique. Les Prestres et les Prestresses anciennement, lors qu'ils vouloient prophétiser, et chanter les oracles, mangeoient du laurier, et s'en couronnoient aussi, afin qu'Apollon, qui aime cest arbre, prenant plaisir à leur haleine et à leur regard, leur envoyast plus aisément l'esprit prophétique. Lycofron parlant de Cassandre,

A).).' àcTTOTOV /ÉO'jja -aj-iaiyr, [W,v,

AacpvTjÇaywv ^oî6a£ev èx Aaïuuov o~a.

Tibulle, [II, v, 63-64]

Vcra cano : sic usque sacras innoxia lauros

Vescar, et œternum sit mihi virginitas.

Dans Lycofron.) Lycofron, natif de Chalcide, fut un des sept Poètes, qui florirent du temps de Ptolemée Philadelphe Roy d'Egypte, et furent nommez la Pléiade. Ce Lycofron, entre autres œuvres, a fait un poëme intitulé Cassandre, qui seul nous est demeuré : auquel il la feint prédire les maux qui dévoient arriver à la ville de Troye. A leur Sybille.) Sybilles se nommoient femmes, qui predisoient les choses à venir. Stooç, Dieu : SouXf,, vouloir, ou conseil. Plomboient.) Meurdrissoient : par ce que la chair meurdrie devient de couleur plombée.

SONET [CCXXX]

Mon des Autels, qui avez des enfance Puisé de l'eau qui coule sur le mont, Où les neufs Sœurs dedans un antre font Seules à part leur saincte demeurance :

Si autrefois l'amoureuse puissance Vous a planté le myrte sur le front, Enamouré de ces beaux yeux, qui sont Par voz escrits l'honneur de nostre France :

Ayez pitié de ma pauvre langueur, Et de voz sons adoucissez le cœur D'une qui tient ma franchise en contrainte.

Si quelquefois en Bourgongne je suis, Je flechiray par mes vers, si je puis, La cruauté de vostre belle Saincte.

MURET

Mon des Autels.) Ce Sonet s'adresse à Guillaume des Autels, gentilhomme Charolois, tres-docte en la langue Grecque, Latine et Françoise, comme assez ses escrits (qui n'ont gueres de pareils en science et en perfection de bien dire) le tesmoignent de tous costez. Outre la cognoissance des lettres humaines, esquelles il a dés sa jeunesse esté soigneusement institué, il a diligemment estudié en la loy, jusques à en faire profession. Toutefois il n'a point pour telle estude fascheuse tant oublié les Muses, qu'aux heures superflues il n'escrive tousjours quelque belle poésie en Latin ou en François. Et pour ce qu'il a fort célébré une sienne maistresse, qu'il appelle sa Saincte : le mien autheur le prie, que ce pendant qu'il est en ce pays icy, il fléchisse sa Cassandre par la douceur de ses vers, et qu'il luy rendra la pareille, s'essayant d'adoucir sa Saincte, si de fortune il va jamais au pays où elle demeure.

CHANSON

Du jour que je fus amoureux, Nul past, tant soit-il savoureux,

Ne vin tant soit il délectable,

Au cœur ne m'est point agréable :

Car depuis l'heure je ne sceu

Manger ou boire qui m'ait pieu.

Une tristesse en l'ame close

Me nourrist, et non autre chose.

Tous les plaisirs que j'estimois Alors que libre je n'aimois, Maintenant, je les desestime :

Plus ne m'est plaisante l'escrime, La paume, la chasse, et le bal, Mais comme un sauvage animal Je me pers, pour celer ma rage, Dans un bois, ou près d'un rivage.

L'amour fut bien forte poison Qui m'ensorcela la raison, Et qui me desroba l'audace Que je portoy dessus la face, Me faisant aller pas à pas, Triste et pensif, le front à bas, En homme qui craint et qui n'ose Se fier plus en nulle chose.

Le forment qu'on feint dTxion, N'approche pas de ma passion, Et mieux j'aimerois de Tantale Endurer la peine fatale Un an, qu'estrc un jour amoureux, Pour languir autant malheureux Que j'ay fait, depuis que Cassandre Tient mon cœur, et ne le veut rendre.

MURET

Du jour que je fus amoureux.) Il dit que depuis le jour qu'il devint amoureux, il n'a prins plaisir à boire ny à manger : et qu'il s'est seulement entretenu d'une tristesse enclose dedans son cœur. Dit outre, qu'il ne prend plus de plaisir au passetemps, qu'il avoit accoustumé d'exercer, ains se retirant de toute compaignie humaine, ne s'esjouyt qu'à songer en son mal, lequel surpasse (comme il dit) la peine de Tantale et d'Ixion. Du jour.) Depuis le jour.

ELEGIE A JANET Peintre du Roy.

Pein moy, Janet, pein moy je te supplie, Sur ce tableau les beautez de m'amie De la façon que je te les diray.

Comme importun je ne te suppliray D'un art menteur quelque faveur luy faire. Il suffit bien si tu la sçais portraire Ainsi qu'elle est, sans vouloir desguiser Son naturel pour la favoriser :

Car la faveur n'est bonne que pour celles Qui se font peindre, et qui ne sont pas belles.

Fay luy premier les cheveux ondelez, Serrez, retors, recrespez, annelez, Qui de couleur le cèdre représentent :

Ou les allonge, et que libres ils sentent Dans le tableau, si par art tu le peux, La mesme odeur de ses propres cheveux.

Car ses cheveux comme fleurettes sentent, Quand les Zéphyrs au printemps les esventent.

Que son beau front ne soit entre-fendu De nul sillon en profond estendu, Mais qu'il soit tel qu'est l'eau de la marine, Quand tant soit peu le vent ne la mutine, Et que gisante en son lict elle dort, Calmant ses flots sillez d'un somne mort.

Tout au milieu par la grève descende Un beau ruby, de qui l'esclat s'espandc Par le tableau, ainsi qu'on voit de nuit Briller les rais de la Lune, qui luit Dessus la neige au fond d'un val coulée, De trace d'homme encore non foulée.

Apres fay luy son beau sourcy voutis D'Ebene noir, et que son ply tortis Semble un Croissant, qui monstre par la nue Au premier mois sa vouture cornue :

Ou si jamais tu as veu l'arc d'Amour, Pren le portrait dessus le demy tour De sa courbure à demy cercle close :

Car l'arc d'Amour et luy n'est qu'une chose.

Mais las ! Janet, helas, je ne sçay pas Par quel moyen, ny comment, tu peindras (Voire eusses tu l'artifice d'Apelle) De ses beaux yeux la grâce naturelle, Qui font vergongne aux estoilles des cieux. Que l'un soit doux, l'autre soit furieux, Que l'un de Mars, l'autre de Venus tienne : Que du bénin toute espérance vienne, Et du cruel vienne tout desespoir :

L'un soit piteux et larmoyant à voir, Comme celuy d'Ariadne laissée Aux hors de Die, alors que l'insensée

Voyant la mer, de pleurs se consomment,

Et son Thésée en vain elle nommoit :

L'autre soit gay, comme il est bien croyable

Que l'eut jadis Pénélope louable,

Quand elle vit son mary retourné,

Ayant vingt ans loing d'elle séjourné.

Apres fay luy sa rondelette oreille Petite, unie, entre blanche et vermeille, Qui sous le voile apparaisse à l'égal Que fait un lis enclos dans un crystal, Ou tout ainsi qu'apparoist une rose Tout fraischement dedans un verre enclose.

Mais pour néant tu aurois fait si beau Tout l'ornement de ton riche tableau, Si tu n'avois de la lineature De son beau nez bien portrait la peinture. Pein le moy donc gresle, long, aquilin, Poly, traitis, où l'envieux malin Quand il voudroit n'y sçauroit que reprendre, Tant proprement tu le feras descendre Parmy la face, ainsi comme descend Dans une plaine un petit mont qui pend.

Apres au vif pein moy sa belle joue Pareille au teint de la rose qui noue Dessus du laict, ou au teint blanchissant Du lis qui baise un œillet rougissant.

Dans le milieu portrais une fossette, Fossette, non, mais d'amour la cachette, D'où ce garçon de sa petite main Lasche cent traits, et jamais un en vain, Que par les yeux droit au cœur il ne touche.

Helas ! Janet, pour bien peindre sa bouche,

254 ï- LIVRE DES AMOURS

A peine Homère en ses vers te diroit

Quel vermillon égaler la pourrait :

Car pour la peindre ainsi qu'elle mérite,

Peindre il faudrait celle d'une Charité.

Pein la moy doncq, qu'elle semble parler,

Ores sourrire, ores embasmer l'air

De ne sçay quelle ambrosienne haleine.

Mais par sur tout fay qu'elle semble pleine

De la douceur de persuasion.

Tout à l'entour attache un milion

De ris, d'attraits, de jeux, de courtoisies,

Et que deux rangs de perlettcs choisies

D'un ordre égal, en la place des dents

Bien poliment soient arrangez dedans.

Pein tout autour une lèvre bessonne, Qui d'elle mesme, en s'eslevant, semonne D'estre baisée, ayant le teint pareil Ou de la rose, ou du coural vermeil, Elle flambante au printemps sur l'espine, Luy rougissant au fond de la marine.

Pein son menton au milieu fosselu, Et que le bout en rondeur pommelu Soit tout ainsi que Ion voit apparoistre Le b[o]ut d'un coin qui ja commence à croistre.

Plus blanc que laict caillé dessus le jonc Pein luy le col, mais pein-le un petit long, Gresle et charnu : et sa gorge douillette Comme le col soit un petit longuette.

Apres fay luy par un juste compas, Et de Junon les coudes et les bras, Et les beaux doigts de Minerve, et encore La main égale à celle de l'Aurore.

Je ne sçay plus, mon Janet, où j'en suis : Je suis confus, et muet : je ne puis Comme j'ay fait, te déclarer le reste De ses beautez qui ne m'est manifeste : Las ! car jamais tant de faveurs je n'u, Que d'avoir veu ses beaux tetins à nu. Mais si l'on peut juger par conjecture, Persuadé de raisons, je m'asseure Que la beauté qui ne s'apparoit, doit Estre semblable à celle que l'on voit.

Donque pein la, et qu'elle me soit faite Parfaite autant, comme l'autre est parfaite.

Ainsi qu'en bosse esleve moy son sein Net, blanc, poly, large, entre-ouvert, et plein, Dedans lequel mille rameuses veines De rouge sang tressaillent toutes pleines.

Puis quand au vif tu auras descouvers Dessous la peau les muscles et les ners : Enfle au dessus deux pommes nouvelettes, Comme l'on voit deux pommes verdelettes D'un orenger, qui encores du tout Ne font qu'à l'heure à se rougir au bout.

Tout au plus haut des espaules marbrines, Pein le séjour des Charités divines, Et que l'Amour sans cesse voletant Tousjours les couve, et les aille esventant, Pensant voler avec le Jeu son frère De branche en branche es vergers de Cythere.

Un peu plus bas en miroir arrondy, Tout potelé, grasselet, rebondy, Comme celuy de Venus, pein son ventre : Pein son nombril ainsi qu'un petit centre,

Le fond duquel paroisse plus vermeil Qu'un bel œillet favoris du Soleil.

Qu'attens tu plus ? portray moy l'autre chose Oui est si belle, et que dire je n'ose, Et dont l'espoir impatient me point :

Mais je te pry, ne me l'ombrage point, Si ce n'estoit d'un voile fait de soye Clair et subtil, afin qu'on l'entre-voye.

Ses cuisses soient comme faites au tour A pleine chair, rondes tout à l'entour, Ainsi qu'un Terme arrondy d'artifice, Qui soustient ferme un royal édifice.

Comme deux monts enlevé ses genous, Douillets, charnus, ronds, délicats, et mous, Dessous lesquels fay luy la grève plene, Telle que l'ont les vierges de Lacene, Quand près d'Eurote en s'accrochant des bras Luttent ensemble, et se gettent à bas : Ou bien chassant à meutes découplées Quelque grand cerf es forests Amyclées.

Puis pour la fin portray luy de Thetis Les pieds estioits, et les talons petis.

Ha, je la voy ! elle est presque portraitc : Encore un trait, encore un, elle est faite. Levé tes mains, ha mon Dieu, je la voy ! Bien peu s'en faut qu'elle ne parle à moy.

MURET

Pein moy Janet.) Il prie en ceste Elégie Janet Peintre très excellent (qui pour représenter vivement la nature a passé tous ceux de nostre aage en son art) de pourtraire les beautez de s'amie dedans un tableau. Je pense

qu'il aura bien à faire de la pourtraire aussi bien par couleurs, comme le Poète par la seule couleur de l'ancre l'a icy pourtraite. Au reste ce ne sont que belles descriptions, vives représentations, et douces mignardises d'amour, prises des beautez de la mesme Venus. Il a expressément imité en ceste Elégie deux Odes d'Anacreon, esquelles en l'une il fait peindre s'amie, et en l'autre son mignon. Au bord de Die.) Die est une petite isle, où Ariadne (du nom de laquelle est venu le nom d'Adrienne) fut délaissée par son traistre amoureux Thésée. Theocrite, [Id. II, 45 46]

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Iv \'.z XaaOfjfxev eùirXujxâfi.OD 'AoîaSvaç.

Es forests Amyclees.) Les filles de Lacedemone et de Lacene, avoient une coustume de se despouiller toutes nues au bord du fleuve Eurote, et de luitter les unes contre les autres, mesmement contre les garçons, ou d'aller à la chasse par les forests Amyclees, c'est à dire d'aller à la chasse par quelques forests de ce pays là ainsi nommées, en monstrant leur belle grève, chaussées d'un brodequin à la façon de leur pays.

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