‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 156 sur 336 · HISTORIQUE DE LA ESMEKALDA · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA ESMEKALDA

« Le succès exceptionnel de Notre-Dame de Paris avait attiré à M. Victor Hugo de nombreuses demandes de musiciens , entre autres d'un musicien illustre, M. Meyerbeer, qui auraient voulu qu'il leur fît de son roman un opéra. Il s'y était toujours refusé. Mais M. Bertin lui demanda cela pour sa fîlle et il fît par amitié ce qu'il n'avait pas feiit par intérêt^''.»

C'était une touchante figure que celle de Louise Bertin, Mademoiselle Louise, comme l'appelaient les enfants et les familiers. Elle avait l'âme la plus haute , le cœur le plus doux , un esprit viril , une imagination d'artiste 5 — mais , avec tant de dons précieux, elle était infirme. Elle n'éuit pas seulement musicienne, elle éuit poète j on a d'elle deux volumes de vers. Glanes et Nouvelles Glanes, pleins de sentiment et de charme 5 ses talents , sa valeur morale , la grande situation et la grande fortune de son pcre la destinaient aux plus brillants succès dans le monde $ — elle ne quittait pas son fauteuil, ne sortait jamais et ne se laissait voir qu'aux intimes. A la maison du moins elle éuit adorée. Là, son père, sa mère, ses deux frères l'écoutaieht, l'admiraient, la choyaient de toute leur tendresse , la servaient de toute leur influence} ses amis, Victor Hugo en tcte, l'entouraient de respects et de soins délicats. On la consolait en l'aimant. Elle payait tout cet amour avec de la bonté.

'•^ Vi^r Hugo ramtépar un Témoin de sa vie.

C'est à la fin de 1831, l'année même ou parut Notre-Dame de Paris que Victor Hugo avait promis à sa chère et fidèle amie le libretto de la Esmeralda. Dès 1832 il se mit à l'œuvre et acte par acte apporta à M"* Louise Bertin les scénarios de son livret. Après quoi, cinq années durant, le poète des Feuilles éf automne s'assujettit sans sourciller i l'insipide besogne du librettiste, combinant duos, quatuors, ensembles, variant des phrases , changeant des mots , quelquefois des syllabes , pour les accommoder i des notes. La difficulté était qu'il voulait, les mains ou les ailes ainsi liées, mettre néanmoins un peu d'art dans ce métier, relever de quelques beaux vers cette trame grossière et ne pas laisser oublier le poète dans le parolier, La correspondance échangée entre le librettiste et le musicien témoigne de ce soin constant et de cette inlassable complaisance.

Le mérite était d'autant plus grand qu'au fond Victor Hugo ne se faisait pas beaucoup d'illusions sur le succès de l'œuvre commune. M"* Louise Bertin avait déjà &it représenter aux Italiens trois opéras , dont un Fault, et ces tenutives avaient démontré que sa science et son talent de compositeur, très distingués pour un amateur, n'allaient pourtant pas jusqu'à atteindre le grand public. Sans doute , avec un poème signé Victor Hugo, elle allait faire un plus grand effort et pouvait espérer une meilleure réussite. Y arriverait -elle? la question était douteuse. Victor Hugo n'en pour-

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