‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 165 sur 336 · ACTE I. — DON SALLUSTE · texte numérisé non relu

ACTE I. — DON SALLUSTE

Et qui m'aide à bâtir un grand événement.

Je ne suis pas méchant, mais il est tel moment

Où le plus délicat, quittant toute vergogne,

Doit retrousser sa manche et faire la besogne.

Tu seras riche, mais il faut m'aider sans bruit

A dresser, comme font les oiseleurs la nuit.

Un bon filet caché sous un miroir qui brille,

Un piège d'alouette ou bien de jeune fille.

Il faut, par quelque plan terrible et merveilleux,

— Tu n'es pas, que je pense, un homme scrupuleux, —

Me venger !

DON césAR.

Vous venger?

DON SALLUSTE

Oui.

DON CÉSAR

De qui ?

DON SALLUSTE

D'une femme.

DON césAR.

Il se redresse et regarde fièrement don Silluste.

Ne m'en dites pas plus. Halte-là! — Sur mon âme,

Mon cousin, en ceci voilà mon sentiment.

Celui qui, bassement et tortueusement^

Se venge, ayant le droit de porter une lame,

Noble, par une intrigue, homme, sur une femme,

Et qui, né gentilhomme, agit en alguazil.

Celui-là, — fût-il grand de Castille, fût-il

Suivi de cent clairons sonnant des tintamarres.

Fût-il tout harnaché d'ordres et de chamarres.

Et marquis, et vicomte, et fils des anciens preux, --

N'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux

Que je voudrais, pour prix de sa lâcheté vile.

Voir pendre à quatre clous au gibet de la ville !

DON SALLUSTE

César ! . . .

DON césAR.

N'ajoutez pas un mot, c'est outrageant.

Il jette la bourse aux pieds de don Salluste.

Gardez votre secret, et gardez votre argent.

Oh! je comprends qu'on vole, et qu'on tue, et qu'on pille.

Que par une nuit noire on force une bastille.

D'assaut, la hache au poing, avec cent flibustiers^

Qu'on égorge estafiers, geôliers et guichetiers.

Tous, taillant et hurlant, en bandits que nous sommes.

Œil pour œil, dent pour dent, c'est bien! hommes contre hommes!

Mais doucement détruire une femme ! et creuser

Sous ses pieds une trappe ! et contre elle abuser,

Qui sait ? de son humeur peut-être hasardeuse !

Prendre ce pauvre oiseau dans quelque glu hideuse !

Oh ! plutôt qu'arriver jusqu'à ce déshonneur.

Plutôt qu'être, à ce prix, un riche et haut seigneur,

— Et je le dis ici pour Dieu qui voit mon âme, — J'aimerais mieux, plutôt qu'être à ce point infâme, Vil, odieux, pervers, misérable et flétri.

Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori !

DON SALLUSTE

Cousin...

DON césAR.

De vos bienfaits je n'aurai nulle envie. Tant que je trouverai, vivant ma libre vie. Aux fontaines de l'eau, dans les champs le grand air, A la ville un voleur qui m'habille l'hiver, Dans mon âme l'oubli des prospérités mortes, Et devant vos palais, monsieur, de larges portes Où je puis, à midi, sans souci du réveil, Dormir, la tête à l'ombre et les pieds au soleil !

— Adieu donc. — De nous deux Dieu sait quel est le juste. Avec les gens de cour, vos pareils, don Salluste,

Je vous laisse, et je reste avec mes chenapans. Je vis avec les loups, non avec les serpents.

DON SALLUSTE

Un instant. . .

DON CÉSAR

Tenez, maître, abrégeons la visite.

Si c'est pour m'envoyer en prison, faites vite.

DON SALLUSTE

Allons, je vous croyais. César, plus endurci.

L'épreuve vous est bonne et vous a réussi j

Je suis content de vous. Votre main, je vous prie. -

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