‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 164 sur 336 · ACTE I. — DON SALLUSTE · texte numérisé non relu

ACTE I. — DON SALLUSTE

La fontaine voisine a de Teau, j'y vais boire, Et puis je me promène avec un air de gloire. Mon palais, d'où jadis mon argent s'envola, Appartient à cette heure au nonce Espinola. C'est bien. Quand par hasard jusque-là je m'enfonce, Je donne des avis aux ouvriers du nonce Occupés à sculpter sur la porte un Bacchus. — Maintenant, pouvez-vous me prêter dix écus.^

DON SALLUSTE

Écoutez-moi. . .

DON césAR^ croisant les bras.

Voyons à présent votre style.

Je vous ai fait venir, c'est pour vous être utile. César, sans enfants, riche, et de plus votre aîné. Je vous vois à regret vers l'abîme entraîné j Je veux vous en tirer. Bravache que vous êtes, Vous êtes malheureux. Je veux payer vos dettes, Vous rendre vos palais, vous remettre à la cour, Et refaire de vous un beau seigneur d'amour. Que Zafari s'éteigne et que César renaisse. Je veux qu'à votre gré vous puisiez dans ma caisse, Sans crainte, à pleines mains, sans soin de l'avenir. Quand on a des parents il faut les soutenir. César, et pour les siens se montrer pitoyable. . .

Pendant que don Salluste parle, le visage de don César prend une expression de plus en plus étonnée, joyeuse et confiante; enfin il éclate.

DON CÉSAR

Vous avez toujours eu de l'esprit comme un diable. Et c'est fort éloquent ce que vous dites là. — Continuez.

DON SALLUSTE

César, je ne mets à cela Qu'une condition. — Dans l'instant je m'explique. Prenez d'abord ma bourse.

DON CESAR, empoignant la bourse, qui est pleine d'or.

Ah ça ! c'est magnifique !

Et je VOUS vais donner cinq cents ducats...

DON CÉSAR, ébloui.

Marquis!

DON SALLUSTE, continuant.

Des aujourd'hui.

DON CÉSAR

Pardieu, je vous suis tout acquis.

Quant aux conditions, ordonnez. Foi de brave, Mon cpce est à vous. Je deviens votre esclave. Et, si cela vous plaît, j*irai croiser le fer Avec don Spavento, capitan de Tenfer.

DON SALLUSTE

Non, je n'accepte pas, don César, et pour cause. Votre épce.

DON CÉSAR

Alors quoi ? je n'ai guère autre chose.

DON SALLUSTE, se rapprochant de lui et baissant la voix.

Vous connaissez, — et c'est en ce cas un bonheur, — Tous les gueux de Madrid ?

DON CÉSAR

Vous me faites honneur.

DON SALLUSTE

Vous en traînez toujours après vous une meute 5 Vous pourriez, au besoin, soulever une émeute. Je le sais. Tout cela peut-être servira.

DON CÉSAR, éclatant de rire.

D'honneur ! vous avez l'air de faire un opéra. Quelle part donnez-vous dans l'œuvre à mon génie. ^ Sera-ce le poème ou bien la symphonie ? Commandez. Je suis fort pour le charivari.

DON SALLUSTE, gravement.

Je parle à don César et non à Zafari.

Baisaftnt la voix de plus en plus.

Ecoute. J'ai besoin, pour un résultat sombre.

De quelqu'un qui travaille à mon côté dans l'ombre

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