‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 168 sur 336 · ACTE I. — DON SALLUSTE · texte numérisé non relu

ACTE I. — DON SALLUSTE

Devant quelque palais regorgeant de richesses,

A regarder entrer et sortir des duchesses. —

Si bien qu un jour, mourant de faim sur le pavé.

J'ai ramasse du pain, frère, où j'en ai trouve :

Dans la fainéantise et dans l'ignominie.

Oh! quand j'avais vingt ans, crédule à mon génie,

Je me perdais, marchant pieds nus dans les chemins.

En méditations sur le sort des humains j

J'avais bâti des plans sur tout, — une montagne

De projets j — je plaignais le malheur de l'Espagne j

Je croyais, pauvre esprit, qu'au monde je manquais... —

Ami, le résultat, tu le vois : — un laquais!

DON CÉSAR

Oui, je le sais, la faim est une porte basse : Et, par nécessité lorsqu'il faut qu'il y passe, Le plus grand est celui qui se courbe le plus. Mais le sort a toujours son flux et son reflux. Espère.

RU Y BLAS, secouant la tête.

Le marquis de Finlas est mon maître.

DON CÉSAR

Je le connais. — Tu vis dans ce palais, peut-être?

Non, avant ce matin et jusqu'à ce moment Je n'en avais jamais passé le seuil.

Vraiment.'^ Ton maître cependant pour sa charge y demeure.

Oui, car la cour le fait demander à toute heure.

Mais il a quelque part un logis inconnu.

Où jamais en plein jour peut-être il n'est venu.

A cent pas du palais. Une maison discrète.

Frère, j'habite là. Par la porte secrète

Dont il a seul ia clef, quelquefois, à la nuit.

Le marquis vient, suivi d'hommes qu'il introduit.

Ces hommes sont masqués et parlent à voix basse.

Ils s'enferment, et nul ne sait ce qui se passe.

Là, de deux noirs muets je suis le compagnon. Je suis pour eux le maître. Ils ignorent mon nom.

DON CÉSAR

Oui, c'est là qu'il reçoit, comme chef des alcades,

Ses espions, c'est là qu'il tend ses embuscades.

C'est un homme profond qui tient tout dans sa main.

Hier, il m'a dit : — Il faut être au palais demain. Avant l'aurore. Entrez par la grille dorée. — En arrivant il m'a fait mettre la livrée, Car l'habit odieux sous lequel tu me vois, Je le porte aujourd'hui pour la première fois.

DON césAR, lui serrant la main.

Espère !

Espérer! Mais tu ne sais rien encore.

Vivre sous cet habit qui souille et déshonore, Avoir perdu la joie et l'orgueil, ce n'est rien. Etre esclave, être vil, qu'importe! — Écoute bien. Frère! je ne sens pas cette livrée infâme. Car j'ai dans ma poitrine une hydre aux dents de flamme Qui me serre le cœur dans ses replis ardents. Le dehors te fait peur? si tu voyais dedans!

DON CÉSAR

Que veux-tu dire?

Invente, imagine, sjuppose.

Fouille dans ton esprit. Cherches-y quelque chose D'étrange, d'insensé, d'horrible et d'inouï. Une fatalité dont on soit ébloui !

Oui, compose un poison affreux, creuse un abîme Plus sourd que la folie et plus noir que le crime. Tu n'approcheras pas encor de mon secret. — Tu ne devines pas? — Hé! qui devinerait? — Zafari ! dans le gouffre où mon destin m'entraîne Plonge les yeux! — je suis amoureux de la reine!

DON césAR.

Ciel!

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