ACTE II. — LA REINE D'ESPAGNE
LA DUCHESSE, lisant.
« Madame, il fait grand vent et j*ai tue six loups. » Signe : « Carlos. »
LA REINE, k part.
Hclas!
DON GURITAN, k la duchesse.
C'est tout?
LA DUCHESSE
Oui, seigneur comte.
CASILDA, k part.
Il a tue six loups I comme cela vous monte L'imagination! Votre cœur est jaloux.
Tendre, ennuyé, malade.»^ — Il a tue six loups!
LA DUCHESSE, k la reine, en lui présenunt la lettre.
Si sa majesté veut ?,,.
LA REINE, la repoussant.
Non.
CASILDA, k la duchesse.
C'est bien tout ?
LA DUCHESSE
Sans doute.
Que faut-il donc de plus? Notre roi chasse 5 en route Il écrit ce qu'il tue avec le temps qu'il feit. C'est fort bien.
Examinant de nouveau la lettre.
Il écrit .^ non, il dicte.
LA REINE, lui arrachant la lettre et l'examinant a son tour.
En effet.
Ce n'est pas de sa main. Rien que sa signature!
Elle Texamine avec plus d'attention et parait frappée de stupeur. A part.
Est-ce une illusion ? c'est la même écriture
Que celle de la lettre!
Elle désigne de la main la lettre qu'elle vient de cacher sur son cicur.
Oh! qu'est-ce que cela?
A la duchesse.
OÙ donc est le porteur du message ?
LA DUCHESSE, montrant Ruy Blas.
U est là.
LA REINE, se tournant k demi vers Kuy Bl.is.
Ce jeune homme .^
LA DUCHESSE
C'est lui qui l'apporte en personne.
— Un nouvel ccuyçr que sa majesté donne A la reine. Un seigneur que, de la part du roi. Monsieur de Santa-Cruz me recommande, à moi.
LA REINE
Son nom ?
LA DUCHESSE
C'est le seigneur César de Bazan, comte De Garofa. S'il faut croire ce qu'on raconte. C'est le plus accompli gentilhomme qui soit.
LA REINE
Bien. Je veux lui parler.
A Ruy Blas.
Monsieur. . .
RUY BLAS, k part, tressaillant.
Elle me voit!
Elle me parle! Dieu! je tremble.
LA DUCHESSE, k Ruy Blas.
Approchez, comte.
DON GURITAN, regardant Ruy Blas de travers, k part.
Ce jeune homme! écuyer! ce n'est pas là mon compte.
Ruy Blas, pile et troublé, approche k pas Icncs.