ACTE IV. — DON CÉSAR
Lucinda, qui jadis, blonde à Tœil indigo,
Chez le pape, le soir, dansait le fandango.
Compte-lui cent ducats en mon nom. — Dans un bouge
A côte, tu verras un gros diable au nez rouge.
Coiffé jusqu'aux sourcils d'un vieux feutre fené
Où pend tragiquement un plumeau consterne,
La rapière à Téchinc et la loque à l'épaule.
Donne de notre part six piastres à ce drôle. —
Plus loin, tu trouveras un trou noir comme un four.
Un cabaret qui chante au coin d'un carrefour.
Sur le seuil boit et fume un vivant qui le hante.
C'est un homme fort doux et de vie élégante,
Un seigneur dont jamais un juron ne tomba.
Et mon ami de cœur, nommé Goulatromba.
— Trente écus! — Et dis-lui, pour toutes patenôtres.
Qu'il les boive bien vite et qu'il en aura d'autres.
Donne à tous ces faquins ton argent le plus rond.
Et ne t'ébahis pas des yeux qu'ils ouvriront.
LE LAQUAIS
Apres .^
DON CÉSAR
Garde le reste. Et pour dernier chapitre. . .
LE LAQiJAIS.
Qu'ordonne monseigneur .^^
Va te soûler, bélître!
Casse beaucoup de pots et fais beaucoup de bruit. Et ne rentre chez toi que demain — dans la nuit.
LE LAQUAIS
Suffit, mon prince.
Il se dirige vers la porte en faisant des zigzags.
DON césAR, le regardant marcher.
A part.
Il est effroyablement ivre!
Le rappelant. L'autre se rapproche.
Ah!. . . — Quand tu sortiras, les oisifs vont te suivre. Fais par ta contenance honneur à la boisson. Sache te comporter d'une noble façon.
S'il tombe par hasard des ccus de tes chausses, Laisse tomber, — et si des essayeurs de sauces. Des clercs, des écoliers, des gueux qu'on voit passer, Les ramassent, — mon cher, laisse-les ramasser. Ne sois pas un mortel de trop farouche approche. Si même ils en prenaient quelques-uns dans ta poche, Sois indulgent. Ce sont des hommes comme nous. Et puis il faut, vois-tu, c'est une loi pour tous. Dans ce monde, rempli de sombres aventures. Donner parfois un peu de joie aux créatures.
Avec mélancolie.
Tous ces gens-là seront peut-être un jour pendus! Ayons donc les égards pour eux qui leur sont dus! — Va-t'en. .
Le laquais sort. Resté seul, don César se rassied, s*accoude sur la table, et^ parait plongé dans de profondes réflexions.
C'est le devoir du chrétien et du sage. Quand il a de l'argent, d'en faire un bon usage. J'ai de quoi vivre au moins huit jours! Je les vivrai. Et, s'il me reste un peu d'argent, je l'emploierai A des fondations pieuses. Mais je n'ose M'y fier, car on va me reprendre la chose. C'est méprise sans doute, et ce mal-adressé Aura mal entendu, j'aurai mal prononcé...
La porte du fond se rouvre. Entre une duègne, vieille, cheveux gris; basquine et mantille noires, éventail.