‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 237 sur 336 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

RUY BLAS, seul

C'est fini. Rêve éteint! Visions disparues!

Jusqu'au soir au hasard j'ai m^ché dans les rues.

J'espère en ce moment. Je suis calme. La nuit.

On pense mieux, la tête est moins pleine de bruit.

Rien de trop efiFrayant sur ces murailles noires j

Les meubles sont ranges $ les clefs sont aux armoires 5

Les muets sont là-haut qui dorment 5 la maison

Est vraiment bien tranquille. Oh! oui, pas de raison

D'alarme. Tout va bien. Mon page est très fidèle.

Don Guritan est sûr alors qu'il s'agît d'elle.

O mon Dieu! n'est-ce pas que je puis vous bénir.

Que vous avez laissé l'avis lui parvenir.

Que vous m'avez aidé, vous. Dieu bon, vous, Dieu juste,

A protéger cet ange, à déjouer Salluste,

Qu'elle n'a rien à craindre, hélas, rien à soufFrir,

Et qu'elle est bien sauvée, — et que je puis mourir.'*

Il tire de sa poitrine une fiole qu'il pose sur la table.

Oui, meurs maintenant, lâche! et tombe dans l'abîme! Meurs comme on doit mourir quand on expie un crime! Meurs dans cette maison, vil, misérable et seul!

Il écarte sa robe noire, sous laquelle on entrevoit la livrée qu'il portait au premier acte.

Meurs avec ta livrée enfin sous ton linceul !

— Dieu! si ce démon vient voir sa victime morte,

Il pousse un meuble de façon k barricader la porte secrète.

Qu'il n'entre pas du moins par cette horrible porte!

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