‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 243 sur 336 · ACTE V. — LE TIGRE ET LE LION · texte numérisé non relu

ACTE V. — LE TIGRE ET LE LION

LA REINE 9 tremblante, a part.

Que fiiirc?

DON SALLUSTE, se penchant a son oreille et lui présenunt une plume.

Allons! qu'est-ce qu'une couronne?

Vous gagnez le bonheur, si vous perdez le trône. Tous mes gens sont restes dehors. On ne sait rien De ceci. Tout se passe entre nous trois.

Essayant de lui mettre la plume entre les doigts sans qu*elle la repousse ni la prenne.

Eh bien?

La reine 9 indécise et égarée, le regarde avec angoisse.

Si vous ne signez point, vous vous frappez vous-même. Le scandale et le cloître!

LA REINE, accablée.

O Dieu!

DON SALLUSTE, montrant Ruj Blas.

César vous aime.

11 est digne de vous. Il est, sur mon honneur. De fort grande maison. Presque un prince. Un seigneur Ayant donjon sur roche et nef dans la campagne. 11 est duc d'Olmedo, Bazan, et grand d'Espagne...

Il pousse sur le parchemin la main de la reine éperdue et tremblante, et qui semble prête k signer.

RUY BLAS, comme se réveillant tout k coup.

Je m'appelle Ruy Blas, et je suis un laquais!

Arrachant des mains de la reine la plume, et le parchemin «[u'il déchire.

Ne signez pas, madame! — Enfin! — Je suffoquais!

LA REINE

Que dit-il? don César!

RUY BLAS, laissant tomber sa robe et se montrant vêtu de la livrée; sans épée.

Je dis que je me nomme Ruy Blas, et que je suis le valet de cet homme!

Se retournant vers don Salluste.

Je dis que c'est assez de trahison ainsi. Et que je ne veux pas de mon bonheur! — Merci! — Ah! vous avez eu beau me parler à l'oreille! — Je dis qu'il est bien temps qu'enfin je me réveille,

Quoique tout garrotté dans vos complots hideux, Et que je n'irai pas plus loin, et qu*à nous deux. Monseigneur, nous faisons un assemblage infâme. J'ai l'habit d'un laquais, et vous en avez l'âme!

DON SALLUSTE, k la rcinc, froidement.

Cet homme est en effet mon valet.

A Kuy Blas avec autorité.

Plus un mot.

LA REINE ^ laissaot enfin échapper un cri de desespoir et se tordant les mains.

Juste ciel!

DON SALLUSTE, poursuivant.

Seulement il a parlé trop tôt.

Il croise les bras et se redresse, avec une voix tonnante.

Eh bien, oui! maintenant disons tout. Il n'importe! Ma vengeance est assez complète de la sorte.

A la reine.

Qu'en pensez- vous .^ — Madrid va rire, sur ma foi! Ah! vous m'avez cassé! je vous détrône, moi. Ah! vous m'avez banni! je vous chasse, et m'en vante! Ah! vous m'avez pour femme offert votre suivante!

Il éclate de rire.

Moi, je vous ai donné mon laquais pour amant.

Vous pourrez l'épouser aussi ! certainement.

Le roi s'en va! — Son cœur sera votre richesse,

Il rit.

Et vous l'aurez fait duc afin d'être duchesse!

Grinçant des dents.

Ah! VOUS m'avez brisé, flétri, mis sous vos pieds. Et vous dormiez en paix, folle que vous étiez!

Pendant qu'il a parlé, Ruy Blas est allé k la porte du fond et en a poussé le verrou, puis il s*est approché de lui sans qu'il s'en soit aperçu, par derrière, a pas lents. Au moment où don Salluste achève, fixant des yeux pleins de haine et de triomphe sur la reine anéantie, Ruy Blas saisit Tépée du marquis par la poignée et la tire vivement.

RUY BLAS, terrible, Fépée de don Salliiste a la main.

Je crois que vous venez d'insulter votre reine!

Don Salluste se précipite vers la port;. Ruy Blas la lui barre.

— Oh! n'allez point par là, ce n'en est pas la peine,

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