‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 245 sur 336 · LA REINE, RUY BLAS · texte numérisé non relu

LA REINE, RUY BLAS

Ruj Blas fait quelques pas en chancelant vers la reine immobile et glacée, puis il tombe à deux genoux, l'œil fixé k terre, comme s*il n'osait lever les yeux jusqu'à elle.

RUY BLAS, d'une voix grave et basse.

Maintenant, madame, il faut que je vous dise.

— Je n'approcherai pas. — Je parle avec franchise. Je ne suis point coupable autant que vous croyez. Je sens, ma trahison, comme vous la voyez.

Doit vous paraître horrible. Oh ! ce n'est pas facile A raconter. Pourtant je n'ai pas l'âme vile. Je suis honnête au fond. — Cet amour m'a perdu. — Je ne me défends pasj je sais bien, j'aurais dû Trouver quelque moyen. La faute est consommée !

— C'est égal, voyez-vous, je vous ai bien aimée.

LA REINE

Monsieur. . .

RUY BLAS, toujours k genoux.

N'ayez pas peur. Je n'approcherai point. A votre majesté je vais de point en point Tout dire. Oh! croyez-moi, je n'ai pas l'âme vile! — Aujourd'hui tout le jour j'ai couru par la ville Comme un fou. Bien souvent même on m'a regardé. Auprès de l'hôpital que vous avez fondé. J'ai senti vaguement, à travers mon délire. Une femme du peuple essuyer sans rien dire Les gouttes de sueur qui tombaient de mon front. Ayez pitié de mçi, mon Dieu! mon cœur se rompt!

Que v<

Dulez-vous

LA REINE

RUY BLAS, joignant les mains.

Que vous me pardonniez.

madame !

Jamais

Jamais !

LA REINE

Il se l^e et marche lentement vers la table.

Bien sûr?

LA REINE

Non, jamais!

Il prend U fiole posée sur la uble, la porte k ses livres et la vide d'un trait.

Triste flamme, Eteins-toi !

LA REINE, se levant et courant à lui.

Que fait-il.^

RUY BLAS, posant la fiole.

Rien. Mes maux sont finis.

Rien. Vous me maudissez, et moi je vous bénis. Voilà tout.

LA REINE, éperdue.

Don César!

Quand je pense, pauvre ange, Que vous m'avez aimé!

LA REINE

Quel est ce philtre étrange ?

Qu'avez-vous fait.'* Dis-moi! réponds-moi! parle-moi! César! je te pardonne et t'aime, et je te croi !

Je m'appelle Ruy Blas.

LA REINE, Tcntourant de ses bras.

Ruy Blas, je vous pardonne!

Mais qu'avez-vous fait là.'* Parle, je te l'ordonne! Ce n'est pas du poison, cette affreuse liqueur.'* Dis.î^

Si ! c'est du poison. Mais j'ai la joie au cœur.

Tenant la reine embrassée et levant les yeux au ciel.

Permettez, ô mon Dieu, justice souveraine. Que ce pauvre laquais bénisse cette reine. Car elle a consolé mon cœur crucifié.

Vivant, par son amour, mourant, par sa pitié!

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