LES ESCLAVES
KUNZ, TEUDON, HAQUIN, GONDICARIUS, bourgeois et marchands, barbes
grises; JOSSIUS, vieux soldat; HERMANN, CYNULFÛS, KARL, étudiants
de l'université de Bologne et de Fécole de Mayence; S^fAN (ou Suénon), marchand de
Lubeck.
Les prisonniers s'avancent lentement par groupes séparés, les étudiants avec les étudiants, bourgeois et marchands ensemble, le soldat seul. Les vieux semblent accablés de fatigue et de douleur. Pendant toute cette scène et les deux qui suivent, on continue d'entendre par moments les fanftires et les chants de la salle voisine.
TEUDON, jetant l'outil qu'il rient et s'asscyant sur le degré de pierre en avant de la double porte du donjon.
C'est rhcurc du repos, — enfin! — Oh! je suis las!
» KUN2:, agitant sa chaîne.
Quoi! j'étais libre et riche! et maintenant!
GONDICARIUS, adossé \ un pilier.
Hélas!
CYNULFUS, suivant de l'œil Guanhumara, qui traverse k pas lents le promenoir.
Je voudrais bien savoir qui cette femme épie.
SWAN, bas, k Cynulfus.
L'autre mois, par les gens du burg, engeance impie. Elle fut prise avec des marchands de Saint-Gall. Je ne sais rien de plus.
CYNULFUS.
Oh! cela m'est égal.
Mais, tandis qu'on nous lie, on la laisse libre, elle!
SWAN
Elle a guéri Hatto d'une fièvre mortelle. L'aîné des petits-fils.
HACUJIN.
Le burgrave Rollon, L'autre jour, fut mordu d'un serpent au talon 5 Elle l'a guéri.
CYNULFUS.
Vrai?
HAQUIN.
Je crois, sur ma parole, Que c'est une sorcière.
HERMANN
Ah bah! c'est une folle.
SWAN
Elle a mille secrets. Elle a guéri, ma foi, Non seulement Rollon et Hatto, mais Éloi, Knûd, Azzo, ces lépreux que fuyait tout le monde.
TEUDON.
Cette femme travaille à quelque œuvre profonde. Elle a, soyez-en sûrs, de noirs projets noués Avec ces trois lépreux qui lui sont dévoués. Partout, dans tous les coins, ensemble on les retrouve. Ce sont comme trois chiens qui suivent cette louve.
HAQJJIN.
Hier, au cimetière, au logis des lépreux,
Ils étaient tous les quatre et travaillaient entre eux.
Eux, faisaient un cercueil et clouaient sur des planches j
Elle, agitait un vase en relevant ses manches,
Chantait bas, comme on chante aux enfants qu'on endort.
Et composait un philtre avec des os de mort.
SWAN
Cette nuit, ils erraient. La nuit bien étoilée. Ces trois lépreux masqués, cette femme voilée, Kunz, c'était effrayant. Moi, je ne dormais pas. Et je voyais cela.
KUNZ.
Je crois, dans tous les cas.
Qu'ici dans les caveaux ils ont quelque cachette. L'autre jour, les lépreux et la vieille sachctte Passaient sous un grand mur d'un air morne et bourru. Je détournai les yeux, ils avaient disparu! Ils s'étaient enfoncés dans le mur.