‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 258 sur 336 · PREMIÈRE PARTIE. — L'AÏEUL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — L'AÏEUL

HAQyiN.

Ces trois hommes, Lépreux, ensorcelés, avec lesquels nous sommes. M'importunent.

KUNZ.

C'était près du Caveau Perdu.

Vous savez ?

HERMANN

Ces lépreux servent, et c'est bien dû.

Celle qui les guérit. Rien de plus simple, en somme.

SWAN

Mais, au lieu des lépreux, de Hatto, méchant homme, Kunz, celle qu'il faudrait guérir dans ce château. C'est cette douce enfant, fiancée à Hatto, La nièce du vieux Job.

KUNZ.

Régina! Dieu l'assiste!

Celle-là, c'est un ange!

HERMANN

Elle se meurt.

KUNZ.

C'est triste.

Oui, l'horreur pour Hatto, l'ennui, poids étouffant, La tue. Elle s'en va chaque jour.

TEUDON.

Pauvre enfant!

Guanhumara reparaU au fond du théâtre, qu'elle traverse. HAQyiN.

Voici la vieille encor. — Vraiment, elle m'effraie. Tout en elle, son air, sa tristesse d'orfraie. Son regard profond, clair et terrible parfois. Sa science sans fond, à laquelle je crois, Me fait peur.

GONDICARIUS.

Maudit soit ce burgi

TEUDON.

Paix! je te prie.

GONDICARIUS.

Mais jamais on ne vient dans cette galerie.

Nos maîtres sont en fête, et nous sommes loin d'eux j

On ne peut nous entendre.

TEUDON, baissant la voix et indiquant la porte du donjon.

Ils sont là tous les deux!

GONDICARIUS.

Qui.?

TEUDON.

Les vieillards. Le père et le fils. Paix, vous dis-je! Excepte, — je le tiens de la nourrice Edwige, — Madame Rcgina qui vient près d'eux prier j Excepte cet Otbert, ce jeune aventurier Arrive Tan passé, bien qu'encor fort novice. Au château d'Heppcnheff pour y prendre service. Et que l'aïeul, puni dans sa postérité. Aime pour sa jeunesse et pour sa loyauté, — Nul n'ouvre cette porte et personne ici n'entre. Le vieil homme de proie est là seul dans son antre. Naguère au monde entier il jetait ses défis. Vingt comtes et vingt ducs, ses fils, ses petits-fils, Cinq générations dont sa montagne est l'arche. Entouraient comme un roi ce bandit patriarche. Mais l'âge enfin le brise. Il se tient à l'écart. Il est là, seul, assis sous un dais de brocart. Son fils, le vieux Magnus, debout, lui tient sa lance. Durant des mois entiers il garde le silence j Et la nuit on le voit entrer, pâle, accablé. Dans un couloir secret dont seul il a la clé. Oùva-t-il.?

SWAN

Ce vieillard a des peines étranges.

HAQUIN.

Ses fils pèsent sur lui comme les mauvais anges.

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