‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 262 sur 336 · PREMIÈRE PARTIE. — UAÏEUL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — UAÏEUL

De plus, Tcnfant croissait pour une double guerre 5

Gibelin par son père et guelfe par sa mère,

Les deux partis pouvaient le réclamer un jour.

Le père Televa d'abord dans une tour.

Loin de tous les regards, et le tint invisible.

Comme pour le cacher au sort le plus possible.

Il chercha même encore un autre abri plus tard.

D'une fille très noble il avait un bâtard

Qui, né dans la montagne, ignorait que son père

Était duc de Souabe et comte chef de guerre.

Et ne le connaissait que sous le nom d'Othon.

Le bon duc se cachait de ce fils-là, dit-on.

De peur que le bâtard ne voulût être prince

Et d'un coin de duché se faire une province.

Le bâtard, par sa mère, avait, fort près du Rhin,

Un burg dont il était burgrave et suzerain.

Un château de bandit, un nid d'aigle, un repaire.

L'asile parut bon et sûr au pauvre père.

11 vint voir le burgrave, et, l'ayant embrassé.

Lui confia l'enfant sous un nom supposé.

Lui disant seulement : Mon fils, voici ton frère I

Puis il partit. — Au sort nul ne peut se soustraire.

Certes, le duc croyait son fils et son secret

Bien gardés, car l'enfant lui-même s'ignorait.

Le jeune Barberousse, ainsi, chez le burgrave.

Atteignit ses vingt ans. Or, — ceci devient grave, —

Un jour, dans un hallier, au pied d'un roc, au bord

D'un torrent qui baignait les murs du château-fort,

Des pâtres qui passaient trouvèrent à l'aurore

Deux corps sanglants et nus qui palpitaient encore.

Deux hommes poignardés dans le château sans bruit,

Puis jetés à l'abîme, au torrent, à la nuit.

Et qui n'éuient pas morts. Un miracle, vous dis-je!

Ces deux honmies, que Dieu sauvait par un prodige.

C'était le Barberousse avec son compagnon.

Ce même Sfrondati, qui seul savait son nom.

On les guérit tous deux. Puis, dans un grand mystère,

Sfrondati ramena le jeune homme à son père,

Qui pour paiement fit mettre au cachot Sfrondati.

Le duc garda son fils, c'était le bon parti,

Et n'eut plus qu'une idée, étouffer cette affaire.

Jamais il ne revit son bâtard. Quand ce père

Sentit sa mort prochaine, il appela son fils.

Et lui fit à genoux baiser un crucifix.

Barbcroussc, incliné sur ce lit funéraire,

Jura de ne se point révéler à son frère.

Et de ne s'en venger, s'il était encor temps,

Que le jour où ce frère atteindrait ses cent ans,

— C'est-à-dire jamais j quoique Dieu soit le maître! -

Si bien que le bâtard sera mort sans connaître

Que son père était duc, et son frère empereur.

Sfrondati pâlissait d'épouvante et d'horreur

Quand on voulait sonder ce secret de famille.

Les deux frères aimaient tous deux la même fille.

L'aîné se crut trahi, tua l'autre, et vendit

La fille à je ne sais quel horrible bandit.

Qui, la liant au joug sans pitié, comme un homme,

L'attelait aux bateaux qui vont d'Ostie à Rome.

Quel destin! — Sfrondati disait : C'est oublié!

Du reste en son esprit tout s'était délié.

Rien ne surnageait plus dans la nuit de son âme.

Ni le nom du bâtard, ni le nom de la femme.

Il ne savait comment. Il ne pouvait dire où. —

J'ai vu cet homme à Prague enfermé comme fou.

Il est mort maintenant.

HERMANN

Tu conclus.'*

TEUDON.

Je raisonne.

Si tous ces faits sont vrais, la prophétie est bonne. Car enfin, — cet espoir n'a rien de hasardeux, - — Accomplie une fois, elle peut l'être deux. Barberousse, déjà cru mort dans sa jeunesse. Pourrait renaître encor. . .

HERMANN, riant.

Bon! attends qu'il renaisse!

KUNZ, a Tcudon.

On m'a jadis conté ce conte. En ce château Frédéric Barberousse avait nom Donato.

Le bâtard s'appelait Fosco. Quant à la belle. Elle était corse, autant que je me le rappelle. Les amants se cachaient dans un caveau discret. Dont l'entrée inconnue était leur doux secret 5 C'est là qu'un soir Fosco, cœur jaloux, main hardie, Les surprit, et finit l'idylle en tragédie.

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