‹ Œuvres complètes. ThéatreChapitre 286 sur 336 · DEUXIÈME PARTIE. — LE MENDIANT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — LE MENDIANT

Georges, mon doux enfant, envole pour jamais.

Et ma dernière femme, et tout ce que j'aimais!

C'est la peine imposée à ceux qui longtemps vivent.

De voir sans cesse, ainsi que les mois qui se suivent.

Les deuils se succéder de saison en saison.

Et les vêtements noirs entrer dans la maison !

— Toi, du moins, sois heureuse! — Enfants, je vous marie!

Hatto te briserait, ma pauvre fleur chérie!

Quand ta mère mourut, je lui dis : Meurs en paixj

Ta fille est mon enfant 5 et, s'il le faut jamais.

Je donnerai mon sang pour elle!

RteiNA.

O mon bon père!

JOB

Je l'ai juré!

A Otbcrt.

Toi, fils, va, grandis, fais la guerre. Tu n'as rienj mais pour dot je te donne mon fief De Kammerberg, mouvant de ma tour d'Heppenheff. Marche comme ont marché Nemrod, César, Pompée! J'ai deux mères, vois-tu, ma mère et mon épée. Je suis bâtard d'un comte, et légitime fils De mes exploits. Il faut faire comme je fis.

A part.

Hélas! au crime près!

Haut.

Mon enfant, sois honnête Et brave. Dès longtemps j'arrange dans ma tcte Ce mariage-là. Certe, on peut allier Le franc-archer Otbert à Job, franc-chevalier! Tu t'étais dit : — Toujours je serai, quelle honte! Le chien du vieux lion, le page du vieux comte. Captif, tant qu'il vivra, près de lui! — Sur ma foi! Je t'aime, mon enfant, mais pour toi, non pour moi. Oh! les vieux ne sont pas si méchants qu'on le pense! Voyons, arrangeons tout. Je crains Hatto. Silence! Pas de rupture ici. L'on jouerait du couteau.

Baissant la voix.

Mon donjon communique aux fossés du château. J'en ai les clefs. Otbert, ce soir, sous bonne garde, Vous partirez tous deux. Le reste te regarde.

OTBERT.

Mais. . .

JOB, souriaat.

Tu refuses?

OTBERT.

Comte! ah! c'est le paradis Que vous m'ouvrez!

JOB

Alors fais ce que je te dis.

Plus un mot. Le soleil couche, vous fuirez vite. J'empêcherai Hatto d'aller à ta poursuite j Et vous vous marierez à Caub.

Guanhumara, qui a tout entendu, sort. Il prend leurs bras a tous deux sous les siens et les regarde avec tendresse.

Mes amoureux, Dites-moi seulement que vous êtes heureux. Moi, je vais rester seul.

RÉGINA

Mon père!

JOB

Il faut me dire Un dernier mot d'amour dans un dernier sourire. Que deviendrai-je, hélas! quand vous serez partis.^ Quand mon passé, mes maux, toujours appesantis. Vont retomber sur moi ?

A R^gina.

Car, vois-tu, ma colombe.

Je soulève un moment ce poids, puis il retombe!

A Otbert.

Gunther, mon chapelain, vous suivra. J'ai l'espoir

Que tout ira bien. Puis vous reviendrez me voir

Un jour. — Ne pleurez pas! laissez-moi mon courage.

Vous êtes heureux, vous! Quand on s'aime à votre âge,

Qu'importe un vieux qui pleure.^ — Ah! vous avez vingt ans!

Moi, Dieu ne peut vouloir que je souffre longtemps.

Il s'arrache de leurs bras.

Attendez-moi céans.

A Otbert.

Tu connais bien la porte.

J'en vais chercher les clefs, et je te les rapporte.

Il sort par la porte de gauche.

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