DEUXIÈME PARTIE. — LE MENDIANT
Leur dire : Vétérans, camarades! — Fort bien!
Pas un n'a bougé, vois. C'est qu'ici tu n*es rien.
C'est mon père qu'on craint, c'est mon père qu'on aime.
Ils sont au comte Job avant d'être à Dieu même!
L'hôte seul est sacré. César, pour le bandit.
Or, tu n'es plus notre hôte, et toi-même l'as dit.
Montrant Job.
Ecoute, ce vieillard que tu vois, c'est mon père.
C'est lui qui t'a flétri du fer triangulaire,
Et l'on te reconnaît aux marques de l'afiront
Mieux qu'à l'huile sacrée efiacée à ton front!
La haine entre vous deux est comme vous ancienne.
Tu mis à prix sa tête, il mit à prix la tienne j
Il la tient. Te voilà seul et nu parmi nous.
Fritz de Hohenstaufen ! regarde-nous bien tous!
Plutôt que d'être entré, car vraiment tu me touches,
Dans ce cercle muet de chevaliers farouches,
Darius, Cadwalla, Gorlois, Hatto, Magnus,
Chez le grand comte Job, burgrave du Taunus,
Il vaudrait mieux pour toi, — roi de Bourgogne et d'Arles,
Empereur qui ne sais pas même à qui tu parles.
Que rien qu'à sa folie on aurait reconnu, —
Il vaudrait mieux, plutôt que d'être ici venu,
Etre entré, quand la nuit tend ses voiles funèbres,
Dans quelque antre d'Afrique, et, parmi les ténèbres.
Voir soudain des lions et des tigres, ô roi!
Sortir de toutes parts de l'ombre autour de toi.
Pendant que Magnus a parlé, le cercle des burgraves s'est resserré lentement autour de Tempereur. Derrière les burgraves est venue se ranger silencieusement une triple ligne de soldats armés jusqu'aux dents, au-dessus desquels s'élcvc la grande bannière du burg, mi-partie rouge et noire, avec une hache d'argent brodée dans le champ en gueules, et cette légende sous la hache : Monti COMAM , viRO CAPUT. L'cmpcrcur, sans reculer d'un pas , tient cette foule en respect. Tout k coup, quand Magnus a fini, l'un des burgraves tire son épée.
CADWALLA, tirant son épcc.
César! César! César! rends-nous nos citadelles!
DARIUS, tirant son cpéc.
Nos burgs, qui ne sont plus que des nids d'hirondelles!
HATTO, tirant son cpéc.
Rends-nous nos amis morts, qui hantent nos donjons Quand l'âpre vent des nuits pleure à travers les joncs!
Jj8 LES BURGRAVES.
MAGNUS, saisissant sa hache.
Ah! tu sors du sépulcre! ch bien, je t'y repousse,
Afin qu'au même instant, — tu comprends, Barberoussc, —
Où le monde entendra cent voix avec transport
Crier : Il est vivant! Tccho dise : Il est mort!
— Tremble donc, insensé qui menaçais nos têtes!
Les burgravcs, Vépéc haute, pressent Barberoussc avec des cris Formidables. Job sort de la foule et l^e la main. Tous se taisent.
JOB, a Tcmpcrcur.
Sire, mon fils Magnus vous a dit vrai. Vous êtes
Mon ennemi. C'est moi qui, soldat irrité,
Jadis portai la main sur votre majesté.
Je vous hais. — Mais je veux une Allemagne au monde.
Mon pays plie et penche en une ombre profonde.
Sauvez-le! Moi je tombe à genoux en ce lieu
Devant mon empereur que ramène mon Dieu !
Il s'agenouille devant Barberoussc, puis se tourne k demi vers les princes et les burgravcs.
A genoux tous! — Jetez à terre vos épées!
Tous jettent leurs épées et se prosternent, excepté Magnus. Job, k genoux, parle k Tempereur.
Vous êtes nécessaire aux nations frappées 5
Vous seul! Sans vous Tétat touche aux derniers moments.
11 est en Allemagne encor deux Allemands j
Vous et moi. — Vous et moi, cela suffira, sire.
Régnez.
Désignant du geste les assistants.
Quant à ceux-ci, je les ai laissés dire. Excusez-lesj ce sont des jeunes gens.
A Magnus, qui est resté debout.
Magnus!
Magnus, en proie a une sombre irrésolution, semble hésiter. Son pcrc • fait un geste. Il tombe k genoux. Job poursuit.
Toujours barons et serfs, fronts casqués et pieds nus. Chasseurs et laboureurs, ont échangé des haines j Les montagnes toujours ont fait la guerre aux plaines j Vous le savez. Pourtant, j'en conviens sans effort. Les barons ont mal fait, les montagnes ont tort! Se relevant. Aux soldats.
Qu'on mette en liberté les captifs.
Les soldats obéissent en silence et déuchcnt les chaînes des prisonniers, qui, pendant cette scène, sont venus se grouper dans la galerie, au fond.
GooQle